lundi 18 juin 2007

"Wall-Martisation de la société" ou "Pourquoi limiter le phénomène Low-Cost"

A qui la faute?

Il ne passe pas une semaine sans que je lise dans l’un ou l’autre journal les hurlements, cris, pleurs et surprises suite à l’annonce de l’un ou l’autre délocalisation… J’ai juste envie de leur répondre: “Et alors? Ne l’avons nous pas cherchée? Ne l’avons-nous pas provoquée ? ».

Si un certain nombre de délocalisations répondent à des critères purement financiers, la grande majorité réponde à un besoin économique que nous, consommateurs, avons-nous même créé.

C’est le phénomène que j’ai appelé la « wall-martisation » de notre modèle économique et social. Ceci se reflète dans le phénomène « low-cost » que tout le monde adule… mais se devrait de rejeter pour les perspectives long terme qu’il nous offre. Ce phénomène devrait rester, non pas un « accident » dans l’histoire mais un outil qui sert le consommateur de manière ponctuelle ; en aucun cas il ne faut l’accepter comme modèle économique viable ou souhaitable sur le long terme.

En effet, nos demandes répétées pour des produits toujours plus accessibles et toujours moins chers, poussent les entreprises à mettre une pression presque intenable sur leurs fournisseurs locaux, puis à se fournir ailleurs pour autant que ce soit moins chers. Qu’importe alors la charge écologique ou sociale de la démarche, seul compte le prix que l’on peut offrir aux consommateurs. Conséquence logique, pour conserver un marché, on finit par délocaliser ou créer des emplois précaires.

Pourquoi ai-je appelé ce modèle « Wall-Martisation »…

Quand la société Wall Mart ouvre une de ses grandes surfaces dans une ville, grande est la joie des consommateurs locaux. Il serait d’ailleurs incohérent de ne pas les comprendre ! Un panier de la ménagère comportant de substantielles économies est toujours bon à prendre. Notre pouvoir d’achat s’en trouve augmenté. L’économie ainsi réalisée permet alors de se fournir des biens supplémentaires fournissant aux consommateurs l’agréable impression « d’être ». On remarquera au passage l’évolution de la notion d’être qui confine au paraître, l’importance de pouvoir consommer la même chose que son voisin, d’exister parce que l’on peut acheter…

De corollaire en corollaire

Le corollaire des bas prix de notre Wall Mart est qu’il doit rogner dans tous les coûts possibles et imaginables, érigeant le « low cost » en modèle suprême. Ainsi, il pressurera ses fournisseurs et comprimera les salaires.

Le deuxième corollaire de cette politique est qu’il se crée lui-même ainsi un nouveau marché et finit par devenir le fournisseur « exclusif » des consommateurs. Bien vu les salaires bas… le seul magasin où vous pourrez dès lors trouver de quoi consommer et vivre sera… votre Wall-Mart local…
Bien vus les bas prix… les commerces locaux finissent par fermer boutique… et les rares clients qui leur restaient sont drainer vers le Wall Mart local…

Quant aux anciens employés, au chômage ils ont le choix entre consommer Wall Mart et … bosser chez Wall Mart pour consommer Wall Mart…

Encore bien vu … les fournisseurs locaux ne peuvent plus fournir les (ex-) échoppes locales et en sont réduites à fournir… je sais, c’est lassant, Wall Mart… qui comprime les marges… met nue pression telle sur les fournisseurs que ceux-ci sont obligés de réduire leurs coûts, donc de licencier ou réduire les salaires… et la boucle est bouclée.

Wall-Mart fonctionne du tonnerre parce que le consommateur moyen veut toujours consommer plus pour toujours moins cher.

...et conséquences

Les conséquences à court terme peuvent effectivement être une augmentation temporaire du pouvoir d’achat.

A moyen terme, on passe à la dégradation locale des conditions sociales de la population…

A long terme, on obtient une clientèle captive et dépendante du système. Une diminution de l’offre locale, un risque toujours plus grand de délocalisation vers des pays à bas salaire. Le tout se parachevant par une mise en place d’un monopole de fait.

Evénement Ponctuel...

Au début de cet article, je vous avais signalé que, oui, ce phénomène n’est pas accident mais n’en doit pas moins rester ponctuel.

Ce n’est pas un accident car il répond à une déficience du marché : les entreprises en place finissent par maintenir artificiellement des prix plus élevés que ce qu’ils devraient être. Il s’agit là d’une sorte d’entente tacite sur les prix : tu ne m’agresses pas et je ne t’ennuie pas…

Il est donc normal que de nouveaux entrants ne participant pas à ce système, proche du cartel ou d’un oligopole, traquent les déficiences et profitent pour jouer sur les prix.

Court terme actionarial

De même, les "sauts technologiques" doivent permettre cette réduction de prix, ou la mise en place d'une politique d'innovation, les profits générés servant alors à financer l'évolution. Hélas, la politique "court-termiste" d'un certains nombre d'actionnaires les poussent souvent à se lancer dans le low cost pour générer rapidemment des revenus pour l'actionnaire (ici plutôt un spéculateur) plutôt que de voir la viabilité à long terme d'une entreprise... Certains actionnaires agissant aussi par effet de mode, le low-cost étant à la mode, le mélange est explosif!

Il doit rester ponctuel car, érigé en système permanent, il mène à une paupérisation, à un nivellement par le bas des salaires et conditions sociales et donc nuisent à la société en générale. Par contre, l’action ponctuelle permet de profiter des efficiences dégagées par les « best practices » et les nouvelles technologies.

Ce faisant on accroît la concurrence, on en fait bénéficier la population et cela pousse les sociétés ayant engrangés des bénéfices de « rentes » à se remettre en question, à ré-innover et à proposer de nouveaux produits, plus performants ou offrant de nouveaux services (désirés ou provoqués, peu importe).

Ne pas le rejeter mais savoir le contrôler

Il ne faut donc pas rejeter tout le phénomène low-cost mais tenter d’en limiter la portée à des biens où l’efficience peut être traquée et où les entreprises en place peuvent innover.

La chose à éviter à tout prix est que les entreprises en place soient aussi tentées par le low-cost, cela signifierait que l’innovation serait en panne, que le consommateur-salarié va devenir « victime » de la tendance et que l’ensemble de la société va être pénalisée car, inévitablement, il y aura délocallisation.

2 commentaires:

  1. Merci Chaos pour ce post.
    Je partage tout à fait l'analyse.
    Je poserai juste une question concernant l'effet à très long terme. N'y-a-t-il pas à très long terme (siècles) le risque de ne plus trouver de population disponible pour produire les marchandises à très bas salaires (les chinois aujourd'hui)?
    Quand tout le monde fera partie de la classe (très) moyenne, qui va jouer le rôle de petite main? Ou s'agit-il un phénomène asymptotique? Ou bien les consommateurs d'aujourd'hui sont les ouvriers sous-payés de demain (et vice-versa), sorte de dynamique à contre-balancements?

    Al__Khwarizmi.

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    1. Les effets ne se feront pas sentir en terme de siècles mais en une ou deux décennies, à peine !

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