lundi 16 juillet 2007

La Sabam se trompe de cible...

En mettant sous pression les fournisseurs d’accès de Belgique, dans la foulée de sa victoire contre Scarlet, la Sabam ravive la controverse entre défenseurs acharnés et ennemis jurés du peer-to-peer.

Que la société des auteurs compositeurs ait parfaitement le droit de protéger son répertoire musical ne souffre pas de discussion : c’est la loi qui le lui permet explicitement. Et l’on ne peut nier que, même dans un monde où la musique se fait de plus en plus numérique, les auteurs aussi doivent payer leur loyer au début du mois.

Pourtant, malgré d’indéniables abus, l’amalgame fait entre les utilisateurs du peer-to-peer et le vol à l’étalage est irritant.

Qui niera que ces réseaux constituent un formidable outil de découverte musicale, que les supermarchés du disque ont cessé depuis longtemps de jouer et que les plates-formes de téléchargement commercial sont encore loin de remplacer ?

D’autant que, pas plus que le prêt de disques par la médiathèque, le peer-to-peer n’empêche des dizaines de milliers d’internautes belges d’acheter aussi des CD. Quelle étrange technique marketing qui consiste à systématiquement criminaliser ses clients, dont certains n’ont pas encore quitté les bancs de l’école primaire et n’imaginent pas une seconde qu’ils jouent parfois aux Arsène Lupin sur le Net.

Mais il y a plus grave. En montrant du doigt les fournisseurs d’accès et en leur imposant un rôle de douanier virtuel, on met en place les conditions d’une dangereuse dérive. Certes, ces opérateurs de réseaux font preuve d’une bonne dose d’hypocrisie en se retranchant derrière la sacro-sainte vie privée de leurs clients pour s’exonérer de toute responsabilité.

Mais est-ce à eux de jouer ce rôle de station d’épuration – parfois bien nécessaire – aux portes de l’internet ?
Qui aurait l’idée saugrenue de demander à Belgacom d’écouter tous les appels de ses abonnés pour être sûr qu’aucun malfrat ne se sert du téléphone pour préparer un mauvais coup ?
Et tiendra-t-on rigueur à la Régie des routes d’avoir laissé une voiture volée emprunter une bretelle d’autoroute ?

Voilà pourtant le rôle intrusif dont on veut charger les fournisseurs d’accès.
En faisant voler en éclats la neutralité des opérateurs de réseaux, on ouvre la porte à n’importe quelle mission pour Belgacom et ses concurrents. Que leur demandera-t-on de filtrer demain ? Et pour le compte de qui ?

Copyright Alain Jenotte, Le Soir.

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