dimanche 1 juillet 2007

Préjugés tenaces et concepts incompris

Excellent texte d'Alain Siaens, économiste.


Les politiciens, socialistes plutôt que sociaux démocrates, n'aiment pas les fonds de pension, parce que la répartition évoque la solidarité tandis que la capitalisation évoque le capitalisme.


Après la spéculation (Voir La Libre Entreprise du 16 juin), voici d'autres concepts ou arrangements que la plupart des hommes politiques pas seulement dits de gauche, n'arrivent pas à digérer : par exemple, capitalisation et fonds de pension.


Le Système de Répartition

Pour rappel, le système de répartition paie de façon centralisée les pensions des retraités avec les cotisations des actifs, lesquelles dépendent de la proportion démographique entre cotisants et pensionnés. Les engagements vis-à-vis des pensionnés ne sont pas "funded" et constituent une sorte de dette publique non explicite.


Le Système de Capitatlisation

Le système de capitalisation, lui, investit les cotisations à travers des spécialistes de la gestion en concurrence tels que fonds de pension et compagnies d'assurance-vie. Il offre à chaque retraité le capital pension ou une rente avec le produit de sa capitalisation. Les cotisations s'ajustent en fonction du rendement des placements, et pas directement d'après les aléas démographiques. La Belgique paie les pensions légales par répartition. Les fonds de pension et compagnies d'assurance capitalisent les pensions extralégales du 2e pilier. En tant que 3e pilier, l'épargne-pension individuelle est encouragée.

L'économètre socialiste hollandais Jan Tinbergen, prix Nobel d'Economie, a démontré en 1945 la supériorité de la répartition conforme à son idéal de planification et il a convaincu alors les Pays-Bas d'abandonner la répartition en faveur de la capitalisation; les fonctionnaires néerlandais ont leurs fonds de pension en bonne liaison avec les assureurs.

Et pourtant les politiciens ou fonctionnaires français (et plus rarement belges), d'autant plus qu'ils sont socialistes plutôt que sociaux démocrates, empêchent les fonds de pension de se développer, parce que ce serait une tradition anglo-saxonne plutôt que française, parce que ce serait individualisé et concurrentiel plutôt que collectif et étatiquement centralisé, ou tout simplement parce que répartition évoque solidarité et capitalisation évoque capitalisme.


Paradoxalement, les fonctionnaires français recourent à un fonds de pension (le "préfonds") qui n'en est pas un. Ségolène Royal parle d'un "fonds de pension collectif". N'est-elle pas disciple en ce sens de Lénine qui appelait de ses voeux une seule usine, une seule ferme, un seul bureau, ou du ministre Savary souhaitant un seul grand service public unifié de l'Education nationale ?


Garder le contrôle... des fonds ou du peuple?


Les politiciens "collectivistes" aiment les grands organismes publics gérés d'en haut car en faisant prévaloir le forum sur le marché, ils augmentent leur pouvoir de contrôler et de nommer les dirigeants censés être des eunuques dévoués sans passion et désintéressés, sous prétexte de faire rationnellement le bonheur des gens d'en bas.


Etats-Unis, Royaume-Uni et tous les autres pays du Commonwealth, Pays-Bas, pays scandinaves, Suisse expérimentent quant à eux les fonds de pension qui génèrent la meilleure épargne qui soit, celle qui s'investit au moins pour moitié en capital à risque irriguant les entreprises - y compris françaises ! - et y jouent un rôle d'actionnaire professionnel.


Monopoles, ententes et cartels restreignent l'offre, relèvent les prix au-delà de ce que la concurrence offrirait aux consommateurs. Les économistes les font pourfendre et cherchent à limiter ou corriger les formes imparfaites de concurrence.


Dans une économie de marché, la concurrence a pour fonction d'annihiler le "profit", ce que les entrepreneurs cherchent à maximiser, à savoir la valeur ajoutée résiduelle après que tous les facteurs de production y compris le capital eurent été rémunérés aux prix du marché.


Capitalistes et gauchistes détestent la concurrence.


Des premiers, Adam Smith disait : "les gens d'un même commerce ne se réunissent jamais même pour se divertir, sans que la conversation ne tourne autour de la question de savoir comment s'entendre sur le dos des consommateurs et utiliser à cette fin la puissance publique".


Les seconds aiment tellement peu la compétition qu'ils sont arrivés à faire supprimer le classement ordinal dans les écoles, pour ne pas traumatiser les derniers de classe, par égalitarisme.


Plutôt qu'à la concurrence qualifiée d'effrénée, ils préfèrent confier à l'Etat le soin de fixer et plafonner les prix (jusqu'à preuve d'inefficacité bureaucratique) car ils promeuvent une société de contrôle, de droits sans devoirs, d'assistés, de statuts plutôt que de contrats libres.


Les mêmes collectivistes auxquels se joignent les bien pensants de la plus étroite tradition catholique romaine éprouvent une aversion instinctive contre les banquiers. Que d'injures : "hommes d'argent" qui "s'enrichissent en dormant" (Mitterrand), "usuriers" (auxquels le qualificatif juif est pensé, mais non prononcé), la finance soit disant "hypertrophiée" ou déconnectée du réel. Les banquiers seraient comme les pigeons; les uns et les autres volent, mais les pigeons s'arrêtent parfois de voler.

Syndrôme Philippe le Bel


Cet atavisme obscurantiste est millénaire. Le syndrome dit de Philippe le Bel est l'assassinat de tous les templiers qui n'avaient commis qu'une seule faute, celle d'accumuler des actifs là où le Roi de France n'avait plus que des dettes. L'incompréhension du prêt à intérêt était originellement propre aux religions du Livre, puisque se prêter avec intérêt, entre juifs du moins, était bibliquement proscrit.


Il subsiste dans les mentalités par envie ou faute de bonnes raisons. Combien de fois des gens de gauche n'utilisent pas l'argument ad hominem : "c'est un économiste banquier" en sous-entendant "tandis que nous sommes purs et objectifs".


Si un industriel condamne une activité telle que la spéculation, s'étonnera-t-on qu'a fortiori des enseignants amers le fassent, se réfèrent même à lui et vilipendent ces facettes de l'économie de marché, si bien que leurs élèves sont biaisés et mal renseignés sur le monde de l'entreprise. Un de mes amis m'a avoué qu'adolescent il avait entendu un enseignant (d'un ordre religieux très romain, très centralisé, et dont le chef est appelé général) nous vanter la noblesse des métiers "publics" de magistrat, militaire, enseignant, fonctionnaire, politicien, etc, et décrier les activités entrepreneuriales en traitant de marchands de saucisses ceux qui s'y destineraient.


Ah de quels déterministes sommes-nous victimes ! Pauvres nations héritières d'une tradition latine privilégiant le prince et sa hiérarchie, censés faire le bonheur des peuples, plutôt que les initiatives privées avec émulation et sanctions-récompenses. Des politiciens belges jouent le rôle de la mouche du coche en faisant croire qu'ils créent les emplois par leurs aides, subsides et subventions, par leurs agences, bureaux et autres entités, alors que ce sont les entrepreneurs-investisseurs qui suscitent du travail dans le secteur marchand, de quoi financer secteur public et non marchand.

1 commentaire:

  1. Cet article et le précédent me semblent plein de "bon sens". Merci (et désolé pour le commentaire peu constructif mais c'est dimanche soir et je suis fatigué)! :o)

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