jeudi 14 février 2008

La perversité de la "mixité sociale"

Le dernier rapport de la Cours des Comptes tend à montrer que faire de la mixité sociale, c'est au final "exporter" les classes sociales faibles de leur milieu de vie et les précariser un peu plus tout en bénéficiant aux déjà natis.

Encore une fois, l'ineptie des politiques d'assistanat et l'interventionnisme étatique montrent leurs faiblesses. Répétons le donc encore un fois, donnez les moyens aux gens... ne les assistez pas...ou pas trop.

Extrait du rapport de la Cour des comptes « La politique fédérale des grandes villes, Examen des contrats de ville et des contrats de logement 2005-2007 ».

« La notion de mixité sociale s’avère être un concept très vague. (…). Le plus souvent, (…) il est question d’attirer des classes moyennes dans des quartiers défavorisés pour y créer une mixité sociale (il est rarement préconisé de promouvoir la mixité sociale dans des quartiers plus aisés). En l’occurrence, les motifs sont le renforcement de la cohésion sociale, l’amélioration des revenus des communes, etc.
Même en souscrivant à l’idée que la création d’une mixité sociale est susceptible d’apporter une solution à des problèmes sociaux, il faut – dans le cadre d’une politique axée sur les défavorisés – prendre sérieusement en considération les effets négatifs de la gentrification :
des augmentations de prix peuvent conduire à l’éviction hors de ces quartiers des titulaires de revenus faibles.
» (p. 47)

Développer un quartier...

Si nous lisons correctement ce rapport, il en ressort donc que la politique fédérale des grandes villes, les objectifs de mixité sociale ne profitent au final ... qu'aux plus nantis. Et ce n'est que pure logique.

Un exemple frappant de cette situation sera probablement le site de Tour & Taxi. La ville investit massivement pour créer un projet, développer le quartier, le nettoyer, l'embellir, attirer des entreprises et en faire un endroit IN, branché de la capitale. Le résultat se fait déjà sentir. Une vague de bobos (bourgeois - bohèmes) est en train de racheter tout les bâtiments industriels du coins et les lofts qui y sont aménagés sont bien évidemment hors de prix pour les habitants de ce quartier.

Au plus ce quartier va se développer, au moins il restera accessible à ses habitants actuels. Ils partiront donc. La ville ne pourra qu'être "complice" bien involontaire un moment donné quand elle demandera à tout un chacun de rénover son bien.

Vous ne me croyez pas? Regardez alors le quartier Bourse - Halle Saint Géry... De quartier populaire il y a quelques années, c'est devenu un des endroits les plus branchés de la capitale belge. Les appartemments du quartier sont aujourd'hui hors de prix. Les bailleurs ont rénové leurs biens en les faisant naturellement monter en gamme.

Tout ça, c'est évidemment très bien. On ne peut que se réjouir de l'embellissement de notre ville, d'en voir son attractivité renforcée, d'oublier la crasse, la saleté et le ghetto du quartier. Mais... atteint-on cet objectif de mixité sociale? Dès qu’on refait une rue, on donne une nouvelle valeur à un espace, qui peut être capté par une hausse des loyers, sur lesquels les pouvoirs publics n’ont aucune prise.

Alors non... de fait, non. Comme je l'ai dit, la ville s'est donné les moyens, les propriétaires se sont donnés les moyens, ceux qui ne pouvaient suivre ont vendu, les locataires ont du partir pour rénovations et ont été incapables de relouer...

Si l'objectif de rénovation urbaine et de mixité sociale est louable, les moyens ont été incomplets. une fois de plus, nos éminences ont pensé en terme d'assistanat, avec le raisonnement "nous savons ce qui est bon pour vous, nous nous en occupons".

Donne un poisson...

Le problème est comme dans tout... occupez-vous du quartier et donnez des moyens aux gens. Tout le monde connait cette phrase : "Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprends lui à pêcher, il mangera toute sa vie." Mais bon sang, on va "évangéliser" ce message en Afrique mais ne l'appliquons pas nous même! Il faut avoir confiance en l'homme! Je sais, ce n'est pas toujours facile mais c'est le seul choix valable qui nous reste. Nous voyons bien que laisser l'Etat s'ingérer partout ne fonctionne pas.

L'Etat interventionniste ne permet pas à un pays de se développer. Regardons la Wallonie des 60's à nos jours... Comparons avec les pays qui ont diminué leur niveau d'interventionnisme, d'assistanat pour responsabiliser tout un chacun. Quelle différence! Et ce constat marco-économique s'applique bien sur aussi au microcosme d'un quartier. Il faut intervenir pour aider les gens à démarer, les responsabiliser et leur donner le moyen de leur ambition légitime.

Gentrification...et export des pauvres

Ici, l'interventionisme étatique cause la "gentrification" du quartier (après la Bruxellisation, nous inventons donc un autre néologisme en Belgique). Gentrification: (de gentry, petite noblesse en anglais), ou "embourgeoisement", est le processus par lequel le profil économique et social des habitants d'un quartier se transforme au profit d'une couche sociale supérieure.

La gentrification commence lorsque des gens relativement aisés (re)découvrent un quartier offrant et décident d'y migrer. L'embourgeoisement se traduit par la rénovation des bâtiments et l'accroissement des valeurs immobilières.
L'embourgeoisement se traduit aussi par une pression plus forte des nouveaux habitants sur les pouvoirs publics, pour qu'ils améliorent le quartier.
Les pauvres ne peuvent plus suivre en terme de loyer et doivent chercher ailleurs, dans des zones moins chères, donc offrant moins d'avantages (zones excentrées ou mal desservies par les réseaux) et plus d'inconvénients (bruit, pollution, crime, climat...).

Reste cette question à laquelle je ne peux répondre : gentrification, effet pervers de la rénovation urbaine ou, plus cruellement, objectif d'une commune pour ramener des richesses et donc des revenus taxables pour la communes?

Gérer le changement.

Considérons, peut être naïvement, du fait que le la gentrification est un effet pervers de la rénovation urbaine et non un objectif en soi.

Le bouleversement soudain du quartier est mauvais. Au niveau macro, comparez le passage Russe à l'économie de marché qui a été violent et dont nous voyons toutes les dérives, à la transition lente et efficace de certains pays asiatiques.

Le changement est bon, indispensable même mais il doit être pensé, phasé, maîtrisé. Développer le quartier sans en chasser les habitants est possible. L'évolution du quartier peut être faite avec les habitants, de nouveaux habitants peuvent aussi arriver mais la mixité peut être garantie si on permet au gens du quartier d'avoir les moyens de s'aligner. Bien sur, ça prend du temps, peut être une génération. Disons 10-15 ans, le temps que les premiers jeunes aient eu accès à de bonnes formations, et donc à de bons emplois. Quoique, des mesures immédiates peuvent aussi être prises. Disons qu'en10-15 ans on peut confirmer la tendance et ancrer de nouveau les gens dans leur lieu habituel de vie.

On peut imaginer que la mixité du quartier impose aux entreprises d'engager et même de former des habitants. En leur donnant accès à l'emploi, et donc au salaire. En contrepartie, l'Etat facilite la vie de l'entreprise, diminue la charge fiscale & sociale de l'emploi créé, permet de déduire la formation à 130% etc...

Evidemment, ça demande de tenir compte de l'avis des entreprises, de former des gens, de communiquer et donc de mettre sa pensée "totalitariste" en péril. Pourtant, je pense que ce pari est gagnant.

2 commentaires:

  1. "Donne un poisson à un homme, il mangera un jour. Apprends lui à pêcher, il mangera toute sa vie."
    Mais, il te piquera ton boulot de pêcheur...

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  2. Dis donc Josick, ce n'est pas toi qui est libéral? C'est de la mise en concurrence...
    Cette concurrence engendrera l'innovation, pêcher mieux...
    S'il pêche mieux il peut aussi vendre les fruits de sa pêche etc etc...

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