lundi 4 février 2008

La qualité des journalistes "économiques"...

Partons d'un cas particulier:

Petit extrait de dépêche :
(Belga) Les contrôles internes à la Société Générale "n'ont pas fonctionné", a déclaré lundi la ministre française de l'Economie, Christine Lagarde. Celle-ci a remis un rapport officiel sur une fraude de près de 5 milliards, imputée par la banque française au trader Jérôme Kerviel.
© BELGA

Décidemment, les gens vont penser que ce garçon a gentiment piqué 5 milliards d'euro dans la caisse alors que ce n'est pas le cas.

Ré-expliquons la chose à ce journaliste:
- la "fraude" porte sur un dépassement des montants autorisés en prise de positions
- ce montant n'est pas de 5 milliards d'euro mais de 50 milliards d'euro
- les 5 milliards, ce sont les pertes générées par la liquidation précipitée des positions.
- je prie le journaliste de prendre acte qu'au 31 décembre, les positions en question apportaient un bénéfice de 1,45 milliard d'euro à la Société Générale...

Bref... la liquidation le pire jour de l'année boursière est quand même tombée à point nommé pour expliquer des pertes abyssales n'en déplaise à certain.
Au passage, il n'est nulle raison non plus de faire du trader une victime, un martyre ou un héros d'une cause quelconque... Il est juste un bouc émissaire épinglé pour des actions qui se passent, semble-t-il, régulièrement dans les salles de marché.

Ce qui me choque c'est l'imprécision du contenu juste digne d'alimenter les propos relevés dans le café du commerce...

Journaliste économique et journaliste

En réalité, je constate qu'entre ce que je lis dans la presse économique et ce qui se trouve dans la presse généraliste ou aux JT, il y a comme un monde...

Quand on décide que c'est la bourse qui fait la pluie ou le beau temps de l'économie, on donne un très mauvais signal... car cette traduction simpliste finira par devenir moeurs, et il est très préjudiciable que l'économie, pour libérale qu'elle soit, ne dépende que des spéculateurs court termistes. L'économie se passe dans la durée et non par des effets d'annonces. A ce sujet, lire la presse économique nous montre que nous avons une économie saine comparée aux USA par exemple...

Economiste et paysan

Il est, me semble-t-il, de tradition européenne de se plaindre en permanence en économie. Les journalistes économiques ne se rendent pas compte de leur pouvoir d'influence. Et ils continuent à se comporter comme des paysans : 'il y a trop de soleil', 'il pleut pas assez', il pleut trop', 'pas assez sec'... bref, toujours un motif pour se plaindre.
Il me semble pourtant évident que relancer la croissance et la confiance des ménages ne passe pas par la 'démolition' médiatique systématique de l'économie de marché.

Ainsi, si vous demandez au quidam lambda dans la rue quelle est l'économie la plus forte, quelle partie du monde à le plus d'entreprise dans le top 10 mondial etc, il y a de fortes, très fortes chances pour qu'il vous réponde : "aux Etats Unis"... Faux... archi faux... c'est en Europe. Mais pourquoi diable ne pas le souligner?
Pourquoi diable ne pas être fier de notre modèle européen? Une croissance plus lente et plus faible certes mais aussi plus solide, sur des bases plus saines.
Cela est souligné par la presse économique mais pourquoi diable cela ne fait-il pas l'ouverture du JT?
Quand les Etats-Unis publient leur chiffre de croissance c'est sur toutes les chaînes, on se félicite, se congratule et les ménages n'ont pas peur de dépenser!

La force des mots

Aujourd'hui, j'entends beaucoup parler de "récession" voire de "crise"... mais... où en sont les signes? Un ralentissement certes, et encore pour des causes exogènes et par un effet de contamination. Le pire est que cette crise est financière bien avant d'être économique!

Mais à force de se servir des indices boursiers comme indicateurs de l'état de l'union, fatalement, on ne voit que les signaux négatifs. Enfin, regardons les chiffres objectivement! PIB, chômage, etc... les indicateurs ne sont pas mauvais. C'est vrai, on reste en croissance molle et les gouvernements, la commission, la BCE pourraient agir s'ils le voulaient vraiment mais nous ne sommes surement pas en récession ou en début de récession!

Par contre, à force de faire peur aux gens, ils vont augmenter leur taux d'épargne, diminuer leurs dépenses (à la limite, en Belgique, on s'en moque, nous sommes moins liés à la consommation des ménages) et par effet de contagions ralentir l'économie un peu plus.

Et si on parlait du train à l'heure?

Messieurs les journalistes, vous avez un rôle essentiel dans notre société, celui d'informer, d'éduquer les masses en quelque sorte. Je pense que vous ignorez le pouvoir que vous avez...
Oui, la relance économique passe aussi par une médiatisation appropriée. On dit souvent qu'on ne parle pas des trains qui arrivent à l'heure... Etonnant, ça devrait pourtant faire vos grands titres car parait-il ils sont nettement plus rare que les trains en retard...

4 commentaires:

  1. Bonjour,

    Je suis journaliste et je m'intéresse aux questions économiques comme vous pourrez le constater sur mon blog.
    J'aimerais approfondir la question que vous soulevez, avec justesse, sur votre blog, même si j'estime que l'économie américaine, sans être parfaite, peut plus facilement que la nôtre s'adapter aux évolutions du marché.
    Vulgariser l'économie, lorsqu'on dispose d'une minute quarante de temps disponible ( c'est le cas pour un reportage télé sur RTL TVi) demande un énorme effort. Soyez donc indulgent envers les journalistes qui, au-delà de leur envie de connaître et de faire connaître, doivent tenir compte des contingences inhérentes à leur travail.

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  2. Bonjour et merci pour votre commentaire.

    L'exemple de la comparaison avec les Etats Unis n'est qu'un exemple parmis d'autre du formatage intellectuel médiatique.

    Nous pouvons bien sûr débattre des différents aspects de l'économie américaine mais ce n'était pas mon propos ici. Entre parenthèse, je vous rejoins quand à ses capacité d'adaptations. Encore que... regarder l'état des aciéries américaines, exemple éclairant d'un pseudo-libéralisme.

    Mais revenons en au journalisme. Vous rendez vous compte à quel point la presse est aujourd'hui canalisée, cadrée, bloquée? La presse devrait rester un contre pouvoir démocratique hors elle s'est fait entièrement piégée par une démocratie dévoyée.

    Exemple:
    -la seule religion qui semble aujourd'hui ouvertement criticable et sans risque est la religion catholique et le pape. Ilest de bon ton d'en dire pis que pendre si possible. L'Eglise Catholique ne fait pas de procès.
    Toute remarque, caricature sur une autre religion est automatiquement cataloguée d'intolérance, de racisme etc... Moi, ça me choque.

    -je ne sais plus trop si on vit dans une économie de marché ou une économie planifiée, ce que je remarque c'est que toute richesse ou réussite est forcémment suspecte dans les journaux.

    -les journalistes sont les premiers à se plaindre de la peopolisation de la vie politique... Soit... mais qui rédige les articles, prends les photos et les donne à lire?

    -Certains parlementaires viennent de déposer u projet de lois pour renforcer la présomption d'innocence... Non pour laisser des présummés innocents en liberté mais surtout pour que la presse cesse de jeter les gens en patures à l'opinion publique.

    -enfin, je relève l'inexactitude des propos et l'incompréhension des sujets par les journalistes.

    Alors, je ne critique pas, j'essaie objectivement de me faire une opinion en lisant trois à quatre journaux différents par jour et deux magazines par semaine. Je pense qu'en 1minutes 40 on ne donne peut être pas une information exhaustive, mais on peut donner une information correcte. Vous connaissez "l'élévator pitch"? Vous avez entre 30 secondes et une minutes pour convaincre un investisseur de la justesse d'un projet. Vous ne serez pas exhaustif mais votre information a tout intérêt à être juste.

    Je reste indulgent par rapport aux journalistes. Je pense honnêtement qu'un sujet peut être traîté valablement... même en une minute quarante. Il faut parfois juste penser à cesser d'etre court termiste et sensationnaliste.

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  3. Josick m'a gratifié d'un mail :
    Pour ta réponse au journaliste, je trouve un ébranlement avec ce
    questionnement "je ne sais plus trop si on vit dans une économie de
    marché ou une économie planifiée".
    Quand à l'Europe qui marche mieux que les States : taux de chomage de la France comparé à ceux des anglo-saxons ?


    A votre avis? quand vous lisez la presse? Et bien si vous les lisez, vous aurez cette étrange impression qu'on vit en plein ultralibéralisme... alors que quand si on observe les différentes politiques européennes (tout de même 80% des décisions aujourd'hui) nous nous appercevons qu'on est plus proche du "communisme" que du libéralisme... La PAC? Etalée sur combien d'années? Les Objectifs (aides communautaires) c'est de la planification quinquennale!

    Alors quand je lis la presse qui veut faire croire à mes concitoyens qu'on vit sous la coupe de l'utralibéralisme et que nous sommes ponctionnés à plus de 50% sur nos revenus... faut arrêter de prendre le citoyen pour un être décérébré...

    Au point de vue économique, ça va, je sais encore me situer... j'ai juste des doutes en lisant la presse...

    Je n'ai pas dit que sur certains aspects les Etats Unis ne fonctionnent pas mieux. Ils ont un marché de fait plus libéralisé et plus flexible. Néanmoins, il s'agit d'une économie au pieds d'argile qui va en prendre pas mal dans les dents dans les mois et probablement années à venir.

    Remarquez aussi qu'envers et malgré tout, c'est aussi une économie protectioniste malgré ce qui est écrit...
    Quand on lit bien les traités et autres rapports nous retrouvons les mots
    -quotas
    -aides à boeing
    -subventions massives au secteur sidérurgique et au coton
    -manque d'investissement dans les capcité de raffinage (et oui, les US sont aussi reponsables de l'explosion du coût du petrole)

    Les soins de santé au USA sont 2 à 3x plus chers qu'en europe. Hors c'est essentiellement privatisé!
    Bref, il faut savoir nuancer les choses.

    Il ne sert a rien d'avoir un taux de chomage bas si c'est au prix de travailleurs pauvres et précarisés... au contraire, on va tuer l'économie... SI ON VEUT REDISTRIBUER DE LA RICHESSE, IL FAUT EN PRODUIRE. Un travailleur pauvre n'est pas en mesure de contribuer au bien etre de tous vu qu'il ne parvient déjà pas à contribuer au sien propre!

    Je trouve que le libéralisme est bien mal compris et un peu trop confondu avec du capitalisme... Tout comme cette vague libertarienne qui ne retient que certains auteurs... Il faut rester nuancé et humble. L'économie et l'évolution de la société ne nous autorise pas à des simplismes

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