lundi 24 mars 2008

De la rationalité? Le monde bancaire l'a totalement perdue

... lu ce soir :

JP Morgan quintuple son offre sur Bear Stearns
La banque américaine JPMorgan Chase a décidé de quintupler le montant de son offre d'achat de sa consoeur Bear Stearns, pour la porter à 10 dollars par action,
payable en titres.

Il y a 8 jours, devant l'accentuation des problèmes de liquidités de Bear Stearns, JP Morgan avait annoncé un accord pour racheter la banque à 2 dollars par action. Un prix depuis critiqué par certains actionnaires de Bear Stearns qui le jugeaient insuffisant. (source: L'Echo de la Bourse)

Je vous avoue être épaté de voir aà quel point les banquiers sont occupés à décribiliser eux-même leur métier. Mais ils sont complètement paumé ces gars là ou quoi?

La désastreuse image des banques en 2008

Ils sont en train de montrer à monsieur et madame Tout-le-Monde que leur métier c'est de la "divination". Rien n'est moins vrai bien sur mais l'image qu'ils en donnent ces derniers temps c'est:

  • des entreprises sans scrupules qui prêtent à des gens incapables de rembourser, elles le savent à la base et n'attendent que de revendre leurs biens pour faire du bénéfice. Accessoirement bien sur, on vire les gens de chez eux... Pas de bol, il y eut tellement de défaut de paiement que la mise sur le marché de tous ces logements à fait s'effondrer le marché...
  • des entreprises qui ne contrôlent soi-disant rien. On laisse un trader junior prendre des positions pour un montant équivalent à la valorisation de la banque... Suite à ça cette valorisation est divisée par deux et la banque accuse un trou de 5 milliards d'euro...
  • demander aux ens de mettre leur argent chez eux et le rémunérer à un taux inférieur au taux d'inflation de telle sorte que, en épargnant, vous perdez de l'argent!
  • une créativité débridée pour opacifier le niveau de risque par le biais de véhicules financiers complexes et non maîtrisables : en Français ça donne : ils achètent des chats dans des sacs... et en quantique vous rajouterez qu'ils ne savent si le chat en question est vivant ou mort
  • l'oubli du principe de base que tout enfant de 5 ans connaît: rendement élévé induit risque élevé. Ils semblent avoir cru, comme avec les valeurs internet en 2000, qu'on pouvait avoir un haut rendement sans prendre de risque aucun...

Et là... là ils nous disent... bon on rachète cette banque pour le montant x... et quelques jours plus tard, oh... finalement, on va payer cinq fois ce prix... Est ce bien sérieux? Pour ma part, je serais actionnaire d'une telle banque, je vends tout de suite!

Leçon de 3ème année en Science de Gestion

Car enfin, tout étudiant en sciences financières sait qu'il y a, en gros, 4-5 façons de calculer le prix d'une entreprise:

1. la valeur comptable
2. la valorisation boursière
3. la méthode Actuarielle et ses trois variantes:

  • soit par la méthode Gordon Shapiro
  • le modèle de Bates
  • la méthode DCF (actualisation des free cash flow)

4. la méthode comparative

  • comparaison des PER de sociétés comparables
  • ratio capitalisation sur dividendes
  • PBR (price to book ratio)
  • PSR (price to sale ratio

Ces méthodes peuvent effectivement donner des montant très différents et même éventuellement du simple au quintuple si pas plus. Imaginer simplement une société générant d'immenses cash flow mais ayant un total bilan assez réduit... ou simplement ayant amorti tous ses batiments.

De l'incapacité à retrouver un modèle

Mais tout de même... venant de la part d'une banque évaluant un autre banque, le signal est clair:

  • Soit ils ont flairé le bon coup et ont tenté de faire avaler une grosse couleuvre aux actionnaires, étant aidés en cela par les difficulté de Bear Sterns dans la crise des subprimes
  • Soit, et c'est ce que je crains, ils n'ont plus la moindre idée des risques cachés dans la banque, de la façon de l'évaluer, etc... tout comme il est probable qu'il n'ont même pas été capables de de chiffrer le montant des CDO qu'ils ont achetés ni des subprimes mortgages encore engagé dan scertains véhicules.

En un mot comme en cent, ils ne parviennent plus à trouver un modèle de valorisation valable, aucun ne tenant compte de risques hors bilan... Car c'est bien là le piège de cette crise, réussir aujourd'hui à remonter au bilan ce qui en a été sorti par le biais de l'ingéniérie financière.

Ce signal est probablement le signal le plus inquiétant depuis le début de la crise: les banques sont aujourd'hui incapable d'encore déterminer leur valeur ou celle de leur concurrente.

Déjà que... pour rappel, je suis totalement opposé à toutes ses méga fusion bancaire non maitrisée à ce jour. Aucune n'a pu faire la preuve d'une quelconque création de valeur depuis 10 ans...

Méfiez vos donc des valeurs bancaires pendant encore un an et demi deux ans, le temps que tous les risques hors bilan aient été identifié... et la seule façon pour celà aujourd'hui est d'attendre les défauts de paiement.

Good night... & good luck.

2 commentaires:

  1. Les banques sont surtout en train de montrer que quelles que soient les bourdes qu'elles puissent faire, elles seront couvertes par l'état.
    Elles montrent qu'elles ne vont surtout pas changer leurs manières de faire.

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  2. Je ne peux pas critiquer l'Etat qui est ici dans son rôle, celui de pourvoir au bien public. même si je suis pour un minimum d'interventionisme étatique, il n'en reste pas moins que dans ce cadre, ceux qui seraient pénalisés sont essentiellement les petits épargnants.
    Le mécanisme consistant à injecter de l'argent via des prêts aux banques endifficulté leur permet d'honorer les demandes de liquidités. Il n'en reste pas moins que ces prêt devraient être couplé à des conditions drastiques.

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