dimanche 2 mars 2008

Pourquoi ne pas autoriser la Flandre à relever ses allocations familiales?

Un excellent article du Trends-Tendances du 28 février pose cette excellente question.

Car enfin, s'il est vrai qu'un enfant égale un enfant... maintenant, pourquoi interdirait-on à un parent plus riche de donner plus d'argent de poche à son enfant? De quel droit?

Je suis libéral, je défends néanmoins le côté social et responsable de notre économie.
Je repète donc simplement cette question: de quel droit refuse-t-on à la Flandre de dépenser plus d'argent pour ses enfants?

A partir du moment où un socle commun de solidarité est offert? Donner plus d'argent à un enfant flamand ne veut pas dire donner moins à un enfant francophone... Nos hommes politiques, face à l'intolérance flamande (car c'est bien de cela qu'il s'agit, nous en reparlerons), disent que nous devons jouer la carte européenne. Pourtant la carte européenne c'est aussi ça: concurrence fiscale, concurrence sociale entre pays, certains offrent plus de prestations à leurs concitoyens que d'autres.

Schéma intitutionnel Belge

Etienne de Callataÿ, économiste en chef à la banque Degroof nous éclaire dans le Trends:
"La Flandre a des surplus. Dans le schéma institutionnel actuel, les autorités
du nord du pays peuvent construire de nouvelles autoroutes mais pas offrir
d'allocactions supplémentaires pour les enfants de travailleurs indépendants,
les enfants de plus de 16 ans, etc. Même si une étude démontrait demain qu'une
telle mesure apporte plus de justice sociale ou stimule la natalité! La Région
flamande peut brûler son argent si elle le souhaite mais investir davantage dans
le transport ferroviraire pour désengorger le port d'Anvers!"

Dans quel pays de fous est-ce que je vis... je ne suis certes pas pour tout ce qui est allocations, assistanat etc. je suis nettement plus enclins à faire passer ce genre de mesure par le biais de baisse d'impôts, mais je ne pense pas avoir le droit de m'ingérer dans les finances de mon voisin.

J'ai de plus parfois le sentiment profond que la Wallonie, qui s'est écrasée dans un marasme économique sans fond pendant quarante ans, qui a été et est encore partiellement un siège de malgouvernance fait payer à la Flandre le fait d'avoir réussit à se développer économiquement.

Il faut savoir que le fait que les flamands augmentent ou pas les allocations familiales n'influencera en rien l'avenir ou les finances wallones. En somme, c'est comme si votre voisin, jaloux de votre réussite vous interdisait de payer un joli vélo à vos enfants. Que vous l'offriez ou non ce vélo ne changera rien à sa vie... pourtant, il vous l'interdit. C'est ri-di-cule.

Ce genre de comportement ne peut évidemment qu'engendrer la colère flamande.
Quelle est alors la crainte francophone qui les pousse à interdire aux flamands de gérer eux même leurs allocations?

D'après les francophones, en mettant notre doigts dans ce genre de régionalisation de compétences, les flamands auraient tôt fait de scinder la sécurité sociale et ce faisant le pays.
Les syndicats tendent d'ailleurs aussi à nous faire croire que la sécurité sociale est le ciment du pays.
A cet égard, je tiens quand même à faire remarquer à nos gouvernants wallons qu'ils prônent eux même une certaine autonomie en matière de gestion économique, de développement, de formations etc car on n'apporte pas le même remède à des maladies différentes!

Les Flamands seraient probablement moins vindicatifs s'ils avaient pu noter des efforts wallons, une volonté de se développer, d'avancer. Mais non... la wallonie ne survit encore et toujours même si un frémissement commence à se faire sentir. Pourquoi avoir attendu 40 ans.

Quand on remarque, à quelques kilomètres de distance des taux de chômage violemment différents selon que l'on soit d'un côté ou de l'autre de la frontière linguistique, "en dit tout de même long sur l'écart d'incitation à travailler selon la région où l'on habite".

Un nouveau fédéralisme

Et si, pour redéfinir ce que doit être le fédéralisme, on cessait de partir du livre qui existe aujourd'hui et nous posions quelques questions simples: qu'est ce qui aujourd'hui défini un pays, une nation. Quelles sont les politiques qui doivent être gérées pas le niveau supérieur, lequelles par les niveaux inférieurs?

Bref, ce que d'aucun définissent pas le niveau optimal de prise de décision. C'est le genre de question qu'on se pose tous les jours au niveau européen! Pourquoi se refuse-t-on d'y répondre honnêtement en Belgique? Car enfin, il est bien sur évident que la politique de collecte des immondices ne va pas se gérer au niveau européen. Par contre un diplomatie commune serait un grand pas en avant, une formidable vitrine, un signal de la puissance européenne.

Donc, si je définis ce que je pense devoir l'être à un niveau national, est ce que je retrouve les allocations familiales? Bizarrement, non... j'y retrouve les grands thèmes : la justice, la politique étrangère, etc. Une partie de l'économie et par là une partie de la sécurité sociale.

La sécurité sociale n'est pas, globalement une matière fédérale. Celle-ci est intimement liée à la situation économique de la région où l'on se trouve. La politique économique est elle aussi subdivisée entre les différents niveaux de pouvoir : mondial (via l'OMC), continental (européen, américain etc), national, et régional.
A chacun de ses niveaux, on donne, par l'orientation économique, une orientation sociale... la sécurité sociale ne peut pas être séparée de la politique économique du niveau concerné.

Partant de là, je pense que le débat belgo belge est pollué par cette crainte de scinder le pays et que toute matière régionalisée est un pas de plus vers la scission du pays. Je pense que ce n'est pas vrai. Les allocations familiales sont elle le ciment du pays? Représentent-elles le pays à l'étranger? Certes non! Nous ne pourrons faire avancer ce pays que si nous acceptons un vrai débat institutionnel.

Nous pouvons faire vivre ce pays, le faire exister, le faire avancer en définissant ce que doivent être nos politiques fédérales et régionales. Eliminons les échelons provinciaux et communautaires! Ce sont d'inutiles doubons, même pas des niveaux de pouvoirs intermédiaires, juste des doublons. Offrons une Région Germanophone (qui reprendrait l'ex-communauté Germanophone) et faisons avancer le débat.

Qu'est ce qui différencie notre pays, l'identifie, l'unit? Qu'est ce qui fait un pays? ... plein de choses je pense, mais pas la fait d'empêcher son voisin de dépenser ses sous comme il l'entend...

2 commentaires:

  1. Imaginez un certain type de famille bruxelloise : immigrée et avec beaucoup d'enfants.
    Leurs revenus sont faibles (PIB Bruxelles = 86, PIB Flandres=120, PIB wallonie=97 >PIB Belgique=100). A votre avis quel régime d'allocation familiale va choisir cette famille : le francophone ou le néerlandophone ?

    Le néerlandophone, plus élevé, me répondrez-vous sans doute...

    Libre alors à la Flandre de sortir le nombre de "flamands" de Bruxelles à partir du chiffre d'allocations familiales... et voilà Brussel, ville flamande comme Fouron-Voeren est devenu flamand malgré lui.

    Voila le véritable enjeux des allocations familiales "régionalisées" : Bruxelles. Le moteur économique de la Belgique que les flamands aimeraient controler. Tiens, ne trouvez vous pas bizarre que Zaventem-aiport soit (pour la cause) Brussels airport alors que s'il y a bien une commune où les bruxellois (francophones) sont personna non grata, c'est bien Zaventem (cf les "lois" communales édictées par le cd&v Eric Van Rompuy pour garantir la pureté linguistique de son territoire...)

    PP

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  2. Voilà de fait une réflexion intéressante que vous avez déjà développé par ailleurs sur votre blog.

    Je ne peux que recommander à mes lecteurs d'aller lire votre excellente note.

    Si je suis d'accord avec le risque que vous soulignez, je pense que que si la stratégie sous-jacente flamande des politiciens est celle-là, il n'en reste pas moins que la population flamande ne vois qu'une chose: la Wallonie lui fait payer son succès... ce qui ne fera que les radicaliser davantage.

    Il faudrait voir à éviter les effets pervers dans un sens ou l'autre... triste pays quand même...

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