mardi 15 avril 2008

Leterme et le Capitalisme Rhénan

Les propos de Leterme

Ainsi notre Premier Ministre plaide pour une prise de distance du modèle Anglo-Saxon et un retour à une Europe plus sociale, un retour au Capitalisme Rhénan (aussi connu sous le nom d'Ordo-Libéralisme)... "Dans une conversation avec la presse, le nouveau premier ministre belge a cité lundi en exemple le modèle rhénan de l'économie sociale de marché"

Sait-il, mon ami Leterme que cela signifie pour la Belgique d'accepter... plus de libéralisme?
De plus en plus, il me semble qu'on confond les termes, qu'on utilise des mots dont on ne maîtrise pas le sens, les contraintes, les règles (par exemple l'apologie de la "flexicurité", modèle "scandinave"...)

Ce qui m'inquiète plus, c'est que l'article en question n'explique pas pour les lecteurs ce que ça signifie. Du coup, la compréhension des lecteurs s'en trouve polluée. Je ne prétends pas mieux savoir ou être mieux éduqué, il me semble néanmoins que tout le monde n'est pas économiste. Le fait de dire "une Europe plus sociale" fait indéniablement penser à une orientation plus socialiste, plus collectiviste que le modèle que nous appliquons aujourd'hui... Or, difficile de l'être beaucoup plus en Europe et en Belgique encore moins.

Or, ce que ça signifie, pour la Belgique, c'est s'autoriser à plus de Libéralisme...

Ordolibéralisme

Rappelons peut-être ce qu'est le Capitalisme Rhénan

L'ordolibéralisme, ou"modèle rhénan" ou "économie sociale de marché", est d'abord, comme son nom l'indique, un libéralisme.

Il prône la liberté économique, faisant confiance aux initiatives individuelles et aux mécanismes du marché et s'opposant donc à toutes les formes de socialisme et de dirigisme.

C'est aussi un libéralisme du XXe siècle, se démarquant volontairement et systématiquement du paléo-libéralisme du XVIIIe et du XIXe siècles, c'est à dire du « laissez-faire » et des conséquences économiques, sociales et politiques négatives d'une liberté sans règles ni limites.

Il ne s'agit donc pas du capitalisme débridé, de l'ultra-libéralisme dénoncé par un Parti Socialiste en mal d'électeurs mais bien de la compréhension que le bien être de tous passe d'abord par la création de valeur. Par l'acceptation que cette création de valeur n'est pas effectuée par l'Etat mais par l'initiative individuelle, l'entreprenariat, le travail. Cette valeur permet ensuite à l'Humain de s'émanciper, à l'Etat d'organiser et distribuer une partie de manière équitable pour le bien de tous. (pour les détails vous pouvez vous référer au site wikiberal)

Les implications pour la Belgique...

Le problème en Belgique est que l'intangible ce sont les droits acquis et les dépenses de l'Etat. Donc la redistribution. Si l'activité diminue, si la base de la richesse se retrécit, il faut dès lors ponctionner plus... donc décourager l'entreprenariat et le travail quand on passe un certain seuil d'impôts et taxes.

Le variable de l'équation étant représentée par les prélèvements. Ce pillage des richesses générées mène à la paupérisation de l'économie. Les allemands l'ont bien compris.

Qu'on fait les Allemands, en collaboration d'ailleurs avec les partenaires sociaux? Donc avec les syndicats qui ne sont pas aussi braqués et obtus en Allemagne qu'ils le sont en Belgique ou en France. Syndicats qui n'ont pas à la bouche que les mots "droits acquis", "patrons voleurs", "pré-pensions".

En 2003, leur économie entre en récession (en cause: la réunification, les rigidité structurelles du système et l'impréparation aux nouveaux défis)
... nous sommes en 2008... 5 ans plus tard. Au prix de certains sacrifices, l'Allemagne a repris son destin en main, a accepté que le bien être de tous passait par la création de richesse avant de pouvoir la resdistribuer.

Pour faire survivre leur système le "Soziale Markwirtshaft" (économie sociale de marché) ils l'ont transformé. Ce pour que cette ponction et redistribution redeviennent équitables, que les partenaires sociaux redeviennent des partenaires et un peu moins des ennemis.

Ainsi, ils vont réformer:

  • le fonctionnement de l'agence fédérale pour l'emploi en facilitant l'intérim et les petits emplois à charges fiscales et sociales réduites. Incitation aux chômeurs à trouver de l'emploi.
  • réforme du système de conventions collectives pour augmenter la liberté de passer des accords par entreprise
  • diminution de la bureaucratie, freins à l'économie des PME et à leur développement
  • ouverture à la concurrencedesservices publics en réseau
  • réforme de la fiscalité et des charges sociales. Diminution des prélèvements sur le travail.
  • réforme des temps de travail sans compensation salariale

Bien sur, les Allemands on compris que la diminution des prélèvements impliquait aussi... une diminution des charges!

  • réforme de l'assurance veillesse
  • limitation des droits de chômage
  • diminution des dépenses "somptuaires" de l'Etat
Les partenaires sociaux ne sont pas resté en reste, ils ont augmenté le temps de travail, diminué les salaires, augmenté la productivité, repris le contrôle de leurs entreprises (VW par exemple), réformé leur système de retraite...

Je note à côté de ça que c'ets un des pays européens qui a conservé le contrôle de ses entreprises et qui a conservé une industrie lourde... mais portée sur l'innovation.

Bref... autant de leçons que devrait tirer le gouvernement belge. Il faut diminuer la pression fiscale, et en parallèlle réformr le système pour qu'il coûte moins cher! Donc, accepter de limiter les dépenses de l'Etat, limiter certains "droits acquis".

Ma conclusion personnelle

Le système que les Socialistes dénoncent aujourd'hui n'existe pas! Aujourd'hui, la Belgique est encore dans une économie socialiste, collectiviste, à la limite de la planification quinquénale! Le niveau de prélèvements est digne des plus magnifiques système communistes.

Le message de Leterme, s'il le comprend lui même, est donc une initiative pour sortir de ce système féodal socialiste.

J'espère que le PPE et monsieur Leterme ont bien compris la portée des paroles qui ont été prononcées. Car dans ce cas, nous pouvons peut être reprendre espoir en Belgique. Nous pouvons avoir l'espoir d'une vraie réforme fiscale, couplée à une diminution des dépenses, la relance de l'initiative individuelle, la récompense de l'effort et du travail.
  • diminution d'impôts (une flat tax?),
  • couplée à une simplification fiscale;
  • assouplissement des règlements sur le travail, l'engagement, le licenciement, la flexibilité;
  • persévérer dans la ligne de la simplification administrative;
  • limitations des droits acquis (pré-pension, nominations...);
  • limitation des dépenses de l'Etat (ramener le cadre de fonctionnaire à le moyenne européenne, disparition des provinces, ...);
  • limitations des règles bureaucratiques ineptes telles le paiement des allocations de chômage par les syndicats...

Il faut aussi que l'on perde cette habitude de laisser partir nos fleurons à l'étranger sous prétexte de "mondialisation", que le marché est "européen" . Pourquoi une entreprise européenne ne pourrait-elle pas être dirigée depuis la Belgique?

Enfin, celà implique non seulement un effort de notre gouvernement mais aussi que nos partenaires sociaux quittent leurs tranchées pour redevenir des partenaires et un peu moins des ennemis.

2 commentaires:

  1. Permettez moi cette petite précision : le paiement des allocations de chômage par les syndicats n'est pas une règle bureaucratique, c'est une conséquence historique.
    Avant la deuxième guerre mondiale, - et en particulier après la crise de 29 - chaque syndicat a construit une solidarité entre ses membres actifs et ceux qui avaient perdu leur emploi.
    Après 1945 la sécurité sociale a consolidé ce système pour en arriver finalement à la situation actuelle...
    A l'origine, il s'agit d'un système d'assurance... presque libéral. Aujourd'hui on a tendance à le voir en terme d'assistance presque crypto-communiste...

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  2. Cher Pourquoi Pas,

    Merci pour ces précisions historiques que j'ignorais.

    Néanmoins, comme pour beaucoup de choses, il faut que le système évolue. Quand le référentiel change, on adapte, on s'adapte.

    Ainsi, quand au Brésil, on décide d'utiliser de l'Ethanol (il y presuqe 20 ans déjà) on adapte les moteurs de voitures en conséquence.

    Le principe est le même en économie.
    Le référentiel a changé. Aujourd'hui, avec la généralisation de l'informatique, l'amélioration des automatisations et des systèmes bacaires, le peu de contrôle encore infligé aux chômeurs, il est parfaitement envisageable que le chômage soit directement versé de l'Etat aux allocataires.

    Cela se passe ainsi pour le salaire des fonctionnaires, aucun syndicat ne paie es pensions etc. Ceci aurait pour mérite de faire économiser de l'argent à l'Etat mais aussi de clarifier le nombre de personnes syndiquées...
    Peut-être aussi les syndicats auront alors de VRAIS combats à mener pour les TRAVAILLEURS.

    Autre, me semble-t-il, ineptie: depuis les années 70, les différents bureaux du plan, économistes, instituts etc tirent la sonnette d'alarme: le système de pension n'est pas finaçable à long terme.

    Les premières (timides) réactions sont apparues dans les années 2000 (je pense) pour créer un Fond Argenté qui n'est même pas convenablement alimenté. On a persévéré dans un système par répartition alors que l'on savait que la base contributive allait se résorber...

    Je ne prétends pas voir la solution, mais je pense qu'un peu de courage politique serait le bienvenu. Je pense aussi qu'il est temps que les hommes politiques sortent des systèmes qui les ont façonnés.
    Non, le système actuel n'est pas libéral (et encore moi ultra libéral). La grande force de la gauche au final, comme en France, est de faire élire la droite pour que celle-ci gouverne avec des principes de gauche...

    Pourtant, ma conviction reste que le libéralisme est social... mais pour ça, il faut le laisser s'épanouir plus qu'aujourd'hui tout en mettant des gardes fous (comme à tout système en fait)

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