mercredi 21 mai 2008

La SNCB et le financement du droit de grève...

Suite à l'article intéressant de Pourquoi Pas? sur la grève du mardi 20 mai, j'ai décidé de prolonger la réflexion de celui-ci plus avant.

Les raisons invoquées

Signalons d'abord que les demandes syndicales pourraient parraître sensées à plus d'un titre...

Ainsi, ils demandent une revalorisation, des primes en tout genre, des reconnaissances, augmentation du pouvoir d'achat, aménagements de fin de carrière etc. C'est vrai qu'il faut faire certaines choses, il ne faut pas se leurrer.

Notons quand même, que si on y regarde de plus près, la grande thématique réelle est celle du pouvoir d'achat. Problématique qui touche tout le monde.

Ce qu'on oublie de dire...

1. Proposition de la direction
D'abord que la direction a fait des propositions me semble-t-il constructives:
Elle leur offre, en termes de compensations, une augmentation des primes : + 10% pour la prime de productivité, même progression pour celle liée au travail de samedi et + 5% pour les prestations de nuit.

Dans le train des compensations financières, la SNCB revoit la valeur faciale des chèques-repas en l'augmentant de 70 centimes d'euros (ils passent de 4,80 € à 5,50 €)... soit un boni mensuel de 14€.

Pour le salaire, l'entreprise propose à ses agents une hausse en deux temps : + 320 € au 1er juillet 2008 (soit 11 pc du salaire moyen du cheminot) et une augmentation identique au 1er juillet 2009...

Qui, employé ou fonctionnaire, peut se targuer d'avoir reçu une augmentation de 11% (sans compter les 14€ mensuel de chèque repas en plus) cette année (et une garantie de recevoir autant l'année qui suit)??? Au passage, cela signifie aussi que le salaire moyen d'un cheminot est de 3000€ brut... (hors chèque repas, primes etc). Pardonnez moi, mais pour avoir travaillé dans les RH ce n'est pas ce que l'on qualifie habituellement de "petit salaire" ou "bas salaire".

2. Exigence de syndicats
Les syndicats EXIGENT 1.000€ d'augmentation brut... faites vos comptes...
Les syndicats réclament un aménagement des fins de carrières (je suis d'accord sur cette revendication couplée à l'acceptation des propositions actuelles de la direction)
Les syndicats refusent que l'on touche au 13 jours compensatoires de congés des fonctionnaires. (heuuu.. qui ici à 33 jours de congés garantis?)

3. "Bonne santé financière"
Ce qui ne me plait pas, c'est l'argumentaire utilisé pour justifier certaines demandes.
"Au vu des efforts de productivité consentis par les cheminots et vu la bonne situation financière de l'entreprise, la direction peut bien faire un effort" .

"1 % de la masse salariale, alors que la SNCB enregistre, pour la première fois depuis des lustres, des résultats positifs et une productivité en hausse de 32 % sur les cinq dernières années."

Soyons clair, que demandent-ils en réalité: du pouvoir d'achat, de l'argent.

Pour demander de l'argent, il faut en trouver. Où le trouve-t-ils? Dans les caisses de la SNCB! Regardez la bonne santé financière de la SNCB...

Mais... quel fut le prix à payer pour cette bonne santé financière? La SNCB n'est bénéficiaire que parce que l'ETAT BELGE, c'est à dire NOUS, chers concitoyens, a accepté de reprendre la dette de la SNCB à son compte... 7.4 Milliards d'euro... Il est évident que sans la charge d'une telle dette on obtient des résultats positifs et on peut prétendre à une "hausse" de la productivité...

Il est un peu facile donc de réclamer du pouvoir d'achat alors même que l'on grève le pouvoir d'achat de ces concitoyens en lui refilant une dette qu'il n'a jamais demandée!

4. Le pouvoir de la prise d'otage
Pour Henri-Jean Gathon, Professeur d'économie (gestion publique et économie des transports) à l'université de Liège (ULg) : "Les cheminots sont déconnectés de la réalité des finances publiques belges et feraient bien d'aller voir les barèmes dans d'autres secteurs du transport où il y a de la concurrence. Toute revendication salariale est toujours légitime, mais elle doit être équitable par rapport aux autres travailleurs. (...)
Tous les travailleurs du pays sont confrontés à une réduction du pouvoir d'achat. Mais il y a certains qui ont des bras de levier pour revendiquer plus que d'autres. La revalorisation des salaires des uns ne doit pas se faire au détriment des autres."

Comme je le mentionne en préambule, si le salaire moyen des cheminots est déà de 3.000€, ils parviennent déjà à se garantir deux hausses de 11% mais cela ne suffit pas et de degainer leur grève! Comment osent-ils? Comment osent-ils, a un pareil niveau de salaire, revendiquer une hausse de 33%?

De plus, ils ont, comme le souligne très bien le professeur Gatton, une arme d'une incroyable puissance dont ne dispose personne d'autre. Est ce pour cela qu'ils auraient droit à des revendications démesurées? J'appelle ça du chantage, un ultimatum ou encore une déclaration de guerre... guerre qui se solderait par un ras-le-bol généralisé de la population et une pression forte à la privatisation de la SNCB "par appartement".

5. Le moment de la grève
Prévue pour démarrer le lundi 19 mai à 22h et se terminer le mardi 20 mai à 22h.

J'avoue que ça m'a surpris sur le moment. Tiens, ni un lundi ni un vendredi... bizarre autant qu'étrange... Mais non! Les journaux nous apprennent que le rail est perturbé depuis le lundi matin car un nombre non négligeable de conducteurs ou accompagnateurs se sont fait porter pâles.

Ils s'organisent donc un week end prolongé comme d'habitude. On vous ennuie un jour de plus que prévu et le tout... au frais de la collectivité!!!

6. Le financement des syndicats cheminots
Ce qui est aussi outrant dans ces grèves SNCB, est la façon dont les syndicats cheminots sont financés...

Vous pensez donc qu'un syndicat, c'est alimenté uniquement par les primes des adhérents... Nenni! Pas à la SNCB! A la SNCB, la société co-finance une grande partie du budget des syndicats!

Or, l'argent de la SNCB, c'est l'argent qui vient des abonnements et de subsides publics...
Avouez que c'est piquant, votre abonnement, vos imôts qui financent un service sensé vous rendre mobile finance en fait aussi les gens qui décident que vous n'irez pas travailler certains jours...

De plus, n'oublions qu'une part du financement des syndicats vient en réalité de la collectivité! en effet, en chargeant les syndicats de distribuer les allocations de chômages, le gouvernement belge les finance aussi. A un tel point que l'on peut même se demander si les syndicats n'ont pas plus intérêt à défendre le chômage et les chômeurs que les travailleurs qui les financent. Comme il s'agit dès lors d'argent public, je ne comprends par ailleurs pas le manque de transparence avéré des syndicats...

Direction la privatisation & la personnalité juridique des syndicats

1. Privatisation
Il ne faut pas s'étonner que sur de telle base, on ne puisse plus parler de paix sociale ou d'intérêt public. Le personnel de la SNCB ne connait pas le sens de ces mots.

Chaque grève pour des motifs légers, chaque grève où l'usager se rend compte que les syndicats ne négocient pas mais imposent leur dictat (voir les propositions constructives et pécunières de la direction) sont des raisons supplémentaires pour que l'opinion publique réclament une privatisation du rail.

Moi même, j'ai toujours défendu que la Poste ou les Chemins de Fers doivent rester publics. Pour moi, il s'agit là de sociétés qui doivent travailler dans l'intérêt public. Ce qui signifie aussi que leur objectif est plus le bien commun que le bénéfice financier (ce qui n'exclut bien sur pas une bonne gestion!!!). La SNCB est importante, et le fait qu'elle soit subsidiée doit être conservé pour continuer à pratiquer des prix accessibles à tous et permettre à tous de se mouvoir!

Mais aujourd'hui, je regrette la ponctualité (savez vous par exemple que la vitesse commerciale n'est pas plus élevée qu'en 1940? Que pour certains tronçons on met plus de temsp aujourd'hui que 60? etc), je regrette l'attitude des cheminots et de leurs syndicats, je regrette qu'ils ne comprennent pas ce qu'est le bien commun. Je regrette qu'ils ne se comparent pas à d'autres avant de se plaindre.

Pour ces raisons de ponctualités, de grèves, de plaintes constantes, j'ai envie de faire privatiser cette société qui m'empêche plus souvent de travailler que de me rendre au travail.

2. Personnalité juridique aux syndicats
C'est aussi dans ces moments là que vous hurlez pour EXIGER que les syndicats soient enfin soumis aux lois, qu'ils soient une personne morale que l'on puisse traduire devant les tribunaux. Car enfin, nous, citoyens, employés, fonctionnaires, étudiants, patrons n'avons AUCUN recours contre les syndicats!

C'est inepte! Ils peuvent attaquer qui ils veulent en justice, et nous nous retrouvons contre du vent, du vide, sans personalités juridiques. Qui dit par ailleurs pas de personnalité juridique dit aussi arbitraire le plus complet! Dit: pas de compte à rendre! Dit: pas soumis au lois! Dit: pas de comptabilité...

Pourtant les syndicats font usage d'argent public! Il est donc temps qu'ils déclarent leurs sources de revenus... et leurs trésors de guerre planqués au Luxembourg.

Je veux pouvoir me retourner contre quelqu'un quand on m'interdit d'aller travailler (je reconnais le droit de grève alors que les syndicats nient, par leurs blocages ou piquets de grèves, le droit au travail et à travailler!).
Il est donc temps de leur donner une personnalité juridique et une soumission aux règles que tout citoyen respectable se doit de suivre.

Combats?
Messieurs de la SNCB et des syndicats.. je ne vous salue pas.

Vous avez de vrais combats à mener... en interne, pour vous moderniser, adapter vos discours, adapter vos revendications, vous adapter au monde d'aujourd'hui et revenir avec de vraies revendications...

Vous avez des combats à mener pour vous montrer digne de confiance. Que, quand une paix sociale est signée, elle soit respectée. Il y a trop de grèves sauvages et injustifiées (10 mars, 4 avril, 7 mai) qui vous décridibilisent. Et je ne vous parle même pas de l'armée des portés pâles pre-grève qui nous donnent déjà des airs de grèves alors même que le services est sensé être assuré.

Si vous menez ces combats, les gagnez et revenez avec un vrai message syndical, actuel et adapté au monde, vous regagnerez alors cette place que l'on appelle un partenaire social.

2 commentaires:

  1. Bonjour cher Chaos Theory, j'ai parcouru votre blog et je le trouve piquant et très juste.
    Je vous souhaite de pouvoir le continuer encore longtemps, pour ma part, je pense y faire un tour de temps à autre afin de pouvoir savourer quelques articles comme celui-ci.

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  2. Bonjour,

    L'analyse est presque bonne, sauf que tu oublies dans cette analyse de comparer les augmentations de ceux qui poussent les travailleurs à la grève et les grévistes.Je te rappelle que la majorité des dirigeants se sont octroyés au moins 10 % d'augmentation chaque année et cela durant plus de 10 ans alors qu'ils annoncaient effrontément qu'il n'y avait pas assez d'argent pour les augmentations... Qui dit alors la vérité ??? De plus c'est facile d'utiliser un système dans lequel on peut sélectionner que ce qui est favorable !!

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