jeudi 5 juin 2008

La "conversion" de Bertrand...

C'est officiel, Bertrand Delanoë est libéral... enfin, c'est lui qui le dit.

Car comme je le mentionnais sur le Grand Barnum d'himself, si un Libéral est "socialiste" ou "social" par essence, un socialiste est plus rarement libéral.

Soyons clair, loin de moi l'idée d'être dogmatique sur le sujet, d'ailleurs Walli et Skit vous diront mieux que moi que je suis à la gauche du libéralisme... Mais je continue à revendiquer que je suis libéral, et peut être un peu à gauche de celui-ci. Jamais au grand jamais je ne dirai que je suis socialiste, même si à la droite du socialisme. Non. Pour moi le "socialisme" aujourd'hui est un mot qui a été capturé par une bande de collectiviste qui voudraient bien penser à notre place. Donc libéral quand même ne vous en déplaise.

Le "socialisme libéral"

Si la nouvelle de la conversion de Bertrand m'a fait un immense plaisir, j'ai été un peu creuser ce qu'un socialiste pouvait comprendre du libéralisme dont il se revendiquait soudain.

Pour ce faire, il est utile de se plonger dans la lecture de son livre "de l'Audace" où il nous fait son coming out... et là...

Il est pas mal quand il parle de la doctrine libérale, il semble en comprendre l'essence, le but d'émancipation de l'être humain, que chacun a des droits et libertés dont la limite est de ne pas porter atteinte aux droits et libertés des autres.

Extrait:

"Qu'est ce que le libéralisme? C'est un doctrine d'affranchissement de l'homme, née dans l'Europe des Lumières. C'est comme son nom l'indique, une idéologie de la liberté, qui a permis l'accomplissment de grandes conquêtes politiques et sociales. Le principe en est simple: "il n'y a pas d'oppression juste, pas de chaîne qui ne doive être brisée, il n'y a pas de légitimité, ni donc de fatalité, à la servitude. Et le libéralisme, c'est dans le même temps l'idée que la liberté est une responsabilité..."
Ebahi que je suis en le lisant...

"...je ne réfute pas mécaniquement ce vocable de "libéral". Et quand il s'applique à une doctrine politique au sens global, je crois que même un militant socialiste devrait le revendiquer"
Là où ça commence (déjà) à se corser c'est quand il écrit

"..ce qui est inacceptable (...) c'est de hisser le "libéralisme" au rang de fondement économique et même sociétal."

Du but d'un socialiste "libéral"

Bon... mais c'est quoi le problème? Nier l'aspect sociétal de la liberté qu'il prône politiquement n'a auncun sens! La réussite économique et social des modèles libéraux montre qu'être libéral au niveau politique tout en imposant une logique collectiviste est un vrai non sens, une contradiction, une impossiblité même!

Comment dire: vous êtes libre d'entreprendre, libre de prendre des risques mais l'Etat reste maître de vos actes et de vos pensées ou désirs ou avenir. Non.. comme on le disait, être libre c'est être responsable... Je ne demande pas à l'Etat d'être responsable pour moi de mon avenir en me ponctionnant pour me garantir une pension par exemple...

Du principe de la liberté des choix individuels découle naturellement l'établissement d'une économie libérale. L'individu doit être libre de rechercher à contracter avec un employeur qui lui convienne, ou de risquer son capital dans une entreprise susceptible de le fructifier, libre de ses choix de consommation, pourvu qu'il en assume les coûts. Mais puisqu'il ne peut empiéter sur la liberté d'autrui, il ne peut en aucun cas imposer à l'autre d'accepter les termes de son contrat: l'entrepreneur dont la production ne trouve pas preneur peut être mis en faillite, le salarié d'une entreprise insuffisamment performante ne peut espérer que son emploi soit garanti, etc... M. Delanoë reconnaît qu'il ne sert à rien de vouloir surprotéger les emplois existants, que cela se fait toujours au détriment de ceux qui n'ont pas d'emploi, qu'il faut repenser la gestion de la mobilité professionnelle. Voilà qui est sensé, mais alors pourquoi ne pas reconnaître au libéralisme le rôle de fondement économique et sociétal ? (source: objectif liberté)

En avançant dans ma lecture je comprends le système... vous allez voir, c'est assez simple.
Attention les yeux, je n'ai aucun mérite, je me contente de le citer:
"Et si nous admettions que le courage, le vrai, celui qui justifie les efforts et que récompensent les victoires, ce n'est pas d'appeler à la révolution impossible, mais de préparer la réforme possible? Le courage, ce n'est pas l'incantation, c'est l'action. (...)"
Courage, efforts, récompense, action... ouaw... du coup, je m'aventure à nouveau plus loin.

"La gauche a toujours été le parti des fonctionnaires, c'est à dire des agents de l'Etat (...) La gauche a toujours été le parti de l'impôt, c'est à dire des revenus de l'Etat: elle doit avoir le courage de le rester, à l'heure où la justification même de la contribution collective à la richesse de la nation est remise en cause. (...) contester le principe de fiscalité, c'est porter atteinte à l'équilibre même du pays."
Ite missa est

Est-il besoin d'en dire plus? Comment oser parler de réforme, d'effort, de changement quand son but même est de ne pas changer?

Quand son but même est de conserver un appareil étatique doté d'une pléthore d'agent?

Qu'appelle-t-il alors réformer? Et bien je vais vous donner la définition du "Socialisme Libéral":
permettre à l'individu de créer des entreprises, de créer de la richesse... pour mieux la capturer et la mettre au service d'un Etat inapte à se réformer.

Il ne voit au final dans le libéralisme qu'une grosse caisse pleine d'argent qu'on met dans un gros baxter et qui maintient l'Etat et ses afidés sous perfusion. Il est pourtant temps que l'Etat se mette au régime.

Ma vision du libéralisme social

Elle est là la réforme courageuse: la réforme de l'Etat, son amaigrissement, sa mise au régime, l'assainissement! Je ne prône pas sa disparition, attention, mais sa mise "en efficacité".
Je me détache des libéraux purs en disant qu'il faut garder de l'Etat pour organiser des filets de sécurité. Car je ne fais pas assez confiance à l'être humain que pour compter sur sa bonne volonté à organiser lui même une forme de charité.

Oui bien sur, il y aura toujours des assurances, des assureurs, ... mais il y a des risques inassurables ou des gens qu'on ne veut plus assurer... c'est pour ça que je pense qu'il faut encore de l'Etat. Il faut aussi de l'Etat pour ceux qui ne veulent pas respecter les règles de bases et que cet Etat protège le reste de la société contre ceux qui outrepassent les droits qui leur ont été octroyés.

Mais dans le même temps, l'Etat reçoit (ou plus exactement ponctionne) des richesses de ceux qui la produisent. En tant que dépositaire, il se doit de le gérer au mieux, correctement, efficacement. Ce qui veut aussi dire que l'Etat doit avoir une forme de rentabilité pour le public qui le finance. Ca veut dire que les redistributions à caractère social de l'Etat, lorsque leur suppression n'est pas envisageable pour quelque raison que ce soit, aillent réellement à ceux qui en ont besoin, que leur mode de calcul ne constitue pas une extorsion opérée au détriment de ceux qui n'appartiennent pas aux clientèles électorales recherchées par les politiciens.

Perversion Etatique

Ainsi, cette efficacité voudrait que l'on traque les innéficiences, que l'ont ammaigrisse l'Etat, que l'on diminue l'arsenal législatif qui traque tout et n'importe quoi.

L'Etat... en Wallonie, ce sont 25% de fonctionnaires... l'Etat, ce sont 66.290 pages publiées au Moniteur Belge cette année... L'Etat, c'est cet organisme bizarre qui me laisse créer ma société, prendre le statut d'indépendant et me ponctionne à des taux prohibitifs pour m'offrir la pension la plus basse d'Europe. Même un chômeur à vie aura une pension supérieure à la mienne. Moi j'en veux pas de sa pension, je veux organiser moi même ma pension, mon épargne mes placements.

L'Etat, qui vous dit protéger les plus faibles et celui-là même qui, en Belgique, vous ponctionne déjà à 42.7 ou 47% dès le seuil des 10.000euro brut annuel franchi.
L'Etat, cette inflation perpétuelle de lois et de règlements tellement complexe qu'on a besoin d'une armée de fonctionnaire pour les controler...

Alors Bertrand, si ta vision du libéralisme, c'est la liberté d'entreprendre et de créer de l richesse pour pouvoir puiser dedans et entretenir les gabegies de l'Etat et sa pléthore de fonctionnaires alors, tu n'as rien compris. Dans ton refus même de remettre en cause les dogmes du PS sur le rôle et le poids de l'Etat, tu contredis déjà ton propos.

A la lecture de tes propos, tu es et reste un socialiste collectiviste, interventionniste, confiscateur.
Exercice de Conjugaison

Je laisse la conclusion de cet article à Objectif Liberté, je n'aurais pu mieux l'écrire que ça:

B. Delanoë assimile le libéralisme au « laisser-faire » qui signifierait l'abdication du pouvoir de l'état contre les abus commis par les acteurs économiques les plus puissants. Mais il se trompe.

Le libéralisme n'est pas la doctrine du « laisser », mais du «laissez» faire. Cette distinction grammaticale apparemment subtile n'est pas innocente. «laissez faire, laissez passer», signifie que l'Etat ne doit s'opposer ni à l'entreprise, ni au commerce, mais il n'est pas le "laisser-faire n'importe quoi", celui du
renard libre dans le poulailler libre, qui n'est pas un libéralisme mais un mauvais ersatz, un capitalisme de connivence entre grands dirigeants et ministres, hélas entré dans les gènes de la société française depuis le XIXme siècle.

... voilà... je n'aurais pu mieux expliquer la différence que je vois personnellement entre libéralisme et capitalisme... il est là mon "Libéralisme Social"...

Le libéralisme laisse faire en ce sens qu'il laisse entreprendre, mais n'exonère pas l'entreprise humaine de ses responsabilités si l'aventure tourne mal, et ne donne pas au politique le pouvoir de favoriser ses protégés. Pas de liberté sans responsabilité, pas de libéralisme sans égalité devant la responsabilité.

Le libéralisme n'est pas l'absence de régulation, il est une philosophie différente et simple de la régulation, fondée sur la sanction sans faiblesse des atteintes aux droits naturels d'autrui, et de ces atteintes là uniquement, par des tribunaux jugeant en toute indépendance, cette sanction devant constituer une dissuasion nécessaire et suffisante des comportements dangereux ou malhonnêtes.

Naturellement, le principe théorique est plus facile à énoncer qu'à appliquer. Certains individus commettent de bonne foi des actes préjudiciables dont ils ont mal évalué les risques, et dont les effets peuvent être douloureux. D'autres tentent de profiter de leur position économique et sociale pour se soustraire au principe de responsabilité individuelle.

L'existence de ces écueils crée de la demande politique pour des lois de régulation préventive venant contraindre les acteurs de la société avant qu'ils n'agissent.

La société parfaite ne pouvant exister, le système légal se mue alors en compromis entre un laissez-faire libéral sous la contrainte du risque de sanction, et une réglementation préventive limitant la capacité des individus à agir constamment suivant leur seule volonté.

Le libéral souhaite que l'équilibre penche fortement en faveur du laissez-faire. Nous constatons sans peine que le la situation d'aujourd'hui a au contraire largement privilégié la prévention réglementaire, devenue castratrice et abusive, avec 600 000 textes (ndr: Chiffre en France. En Belgique, en 2007, ce sont 66.290 pages qui on été publiées au Moniteur Belge) opposables aux tiers, une instabilité constante des règles juridiques, et la promulgation quasi quotidienne de lois qui ne servent qu'à favoriser le détournement de l'impôt au profit de clientèles particulières.

En vilipendant le « laisser-faire », opportunément confondu avec le « laissez-faire », M. Delanoë semble trouver une justification à la continuation de cette inflation
interventionniste, à la fois prédatrice et inhibitrice.

10 commentaires:

  1. Merci Josick,
    je ne connaissais pas ces études...
    hummm.. je sens que j'en ferai peut etre bien un post à part entière!

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  2. Voilà pour ce qui est de tordre le cou au "dogmatisme" ;-)

    Merci pour l'article intéressant. J'ai pas mal travaillé sur les phénomènes d'inflation normative en Région wallonne. Difficile de chiffrer précisément l'ampleur, mais j'ai des tas de trucs intéressants à dire là-dessus si ça peut intéresser :-)

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  3. François,

    c'est le genre de chose qui m'intéresse toujours... ;-)

    Pourquoi Pas? a aussi souvent des chiffres intéressants.
    Ca me fait penser aux vidéos qu'himself a posté sur le crash Kallita. Une où l'on entends l'expert, les fait, l'objectivité des chiffres... l'autre ou une femme politique brode brode brode... et sur base d'inexactitude.

    C'est triste à dire mais les gens devraient cesser d'être émotionnel (comme certaines grèves) cesser de croire tout ce qu'on leur raconte. Entre autre sur le merveilleux pays de cocagne que nous sommes sensé être... Les chiffres, les faits démontrent le contraire, la gabégie et l'incapacité de nos gouvernants...

    Mais je m'emporte, je m'emporte... j'en redeviendrais presque dogmatique ( ;-) ok ok... je te charrie là).

    Les français auraient d'ailleurs tort de trop se plaindre...
    petit comparatif :
    http://www.claude-thayse.net/article-2502879-6.html

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  4. @Chaos Theory

    Très bel exercice !
    Je me doutais bien que cela devait cacher qqechose de foireux, il fallait chercher et décortiquer. Chaos theory l'a fait !

    Merci.

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  5. @François

    "les phénomènes d'inflation normative en Région wallonne", cela m'intéresse aussi !

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  6. Je posterai là-dessus rapidement, il me semble que c'est en effet un bon sujet... même si Demotte n'est pas près de prendre des initiatives en la matière... :-)

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  7. @ François: cela m'intéresse aussi.

    Delanoë utilise le mot libéralisme comme aux States.

    Je préfère tout de même ce qu'il en dit au "livre" d'Elio.

    Aux mots "libéral" et "socialiste" je préfère utiliser "Keynésien" et "classique".

    bravo pour ton article. Si les gens comprenaient mieux ce que veulent dire vraiment libéral (chez nous et aujourd'hui) et socialiste (chez nous et aujourd'hui), ils réagiraient autrement.

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  8. @echocynique

    "Aux mots "libéral" et "socialiste" je préfère utiliser "Keynésien" et "classique"."

    Si jamais tu développes, je suis évidemment intéressé

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  9. Puisque l'on me relance, je vais essayer de l'entamer, cette série. Le premier article (acte 0) est presque prêt depuis qu'on en a parlé ici la dernière fois... Il est temps de finaliser ça et d'envoyer en ligne. Rien de bien transcendant, toutefois, c'est à craindre...

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