vendredi 27 juin 2008

Statistiques... et temps de travail...

Décidemment, il semblerait que, parfois, sortir des statistiques donne l'autorisation de:
  • tenter d'avoir l'air malin
  • sortir des grosses bêtises
  • populistes et dans l'air du temps
  • stigmatisant une population
  • et j'en passe...

En clair, si j'accorde une grande importance aux faits, à l'objectivité, il faut aussi savoir interpréter de manière sensée les faits qui nous sont proposés. (et ce n'est pas Pourquoi Pas? grand amateur de chiffre qui me démentira...)

Ainsi, voici l'article extraordinaire que j'ai eu la (mal)chance de lire sur le site du Vif:

Selon une étude récente, fumer 10 cigarettes par jour représente 24 jours d'absence.

La ministre de l'Emploi Joëlle Milquet réfléchit à la manière d'organiser une évaluation de l'effet de l'interdiction de fumer sur les lieux de travail, en termes non seulement de productivité, mais aussi de santé.

"Nous sommes en train de réfléchir à la manière d'organiser une évaluation de l'effet de l'interdiction de fumer sur les lieux de travail, en termes non seulement de productivité, mais aussi de santé, dans le cadre du plan sur le bien-être au travail que nous préparons", a indiqué mercredi la ministre de l'Emploi Joëlle Milquet en commission des Affaires sociales de la Chambre. (...)

Est-il vraiment interdit à un journaliste de réfléchir? D'allumer deux secondes son cerveau avant d'écrire ce genre d'ineptie?

1. Stigmatisation

J'ai la chance de ne plus être fumeur depuis un an environ. Honnêtement, ça ne me manque pas mais ça ne m'insupporte pas non plus que quelqu'un fume. J'ai parfois envie de recommencer à fumer pour une seule raison : j'ai l'impression que c'est devenu un acte de résistance dans le monde actuel.

Mais enfin, c'est quoi cette histoire de tomber sur le fumeur qui font des pauses cigarettes?

2. Inepties

Car enfin, dans mon job je connais des non-fumeurs qui travaillent moins de temps qu'un gros fumeurs. Des non-fumeurs qui passent leur temps à la machine à café, à socialiser, à se ballader et j'en passe...

Comptabilise-t-on le temps qu'ils passent les non-fumeurs à surfer sur le net? Et ne devrait-on pas légiférer sur le temps passer aux toilettes aussi?

3. Productivité?

Je me souviens quand je fumais, il m'arrivait de prendre un dossier, de m'installer sur un banc dehors, d'allumer une cigarette et de lire mon dossier.

J'étais bien plus efficace là, à l'extérieur, au calme pour lire la paperasse, prendre mes notes, me concentrer que sur un plateau où je pouvais (et en général d'ailleurs l'étais) être inerrompu par des collaborateurs, le téléphone etc.

Lier le fait d'aller fumer une cigarette avec une pause est très surfait...

4. Réseau social

La première leçon que j'ai reçue d'un senior quand j'ai débuté c'est : "que tu connaisses où pas la personne que tu croises à la machine à café, aie toujours une question à lui poser..."

Ca marche, même dans les sociétés de 5.000 à 10.000 personnes, croyez moi... ça marche aussi pendant les pauses cigarettes. De cette manière un collaborateur construit une partie de son réseau informel au sein d'une entreprise. Dans une entreprise, votre réseau, c'est votre deuxième peau... Bref, fumer permet aussi de se faire des amis.

Ce réseau vous rend plus efficace, réactif, rapide, au courant.

5. Présentéisme ou management par objectif?

Lié aujourd'hui le temps de travail à la productivité me semble dépassé pour un grand nombre d'emploi. Tout comme d'ailleurs le temps de travail tout court (j'y reviendrai dans un prochain post ... après les pensions... tsss) d'ailleurs.

J'admets que dans un call center, la performance est liée, entre autre à la disponibilité des agents, donc à leur temps de travail... et encore, vu la pénibilité des tâches, je suis parfois étonné de les voir se limiter à fumer des cigarettes.

Si pour le travail à la chaîne, qui, convenons-en, ne concerne pas la majorité des travailleurs, la disponibilité et la durée du travail à son poste permet de générer plus de produits, dans notre économie de service, le temps de travail n'est pas le déterminant.

Aujourd'hui, il y a la notion de gestion par objectifs.

Mon métier est de gérer le changement. Pour partie, cela se fait par le biais de projet. Mes projets sont découpés en tâches, déliverables, milestones... j'assigne ceux ci aux membres de l'équipe. Nous définissons les plannings ensemble.

Si maintenant le responsable de la tâche parvient à la terminer plus vite, plus efficacement que ce qui est prévu, pourquoi lui gâcherais-je son début de week end en lui demandant de rester? Soit j'ai d'autres tâches à lui assigner sur d'autres projets, soit c'est bon, il ne doit pas rester juste pour prester les 38 heures mentionner dans un contrat quelconque.

6. Compensation?

Paradoxalement, j'ai conservé cette habitude de prendre l'air (sans fumer), de prendre un dossier avec un café. Et les quelques minutes "d'absentéisme" (mais qu'il faut être crétin pour dire ce genre d'ineptie!) que je prenais parfois dans ma journée, ou le repas que je prolongeais parfois sont largement compensés par le travail que je ramènais à la maison, où les heures supplémentaires que je faisais "pro-deo" à l'époque!

Je me souviens de mes collègues fumeurs qui eux aussi trainaient parfois au bureau avec moi le week end ou qui se faisait aussi livrer des pizzas.

Croyez vous que les avocats employés dans les grands cabinets sont cotés au temps de travail où aux nombres d'avis rendus, de dossiers achevés? Et les consultants?

7. Et le pourcentage d'heures supp'???

Allons donc, faut vraiment arrêter les magnifiques conneries basées sur des statistiques ineptes hors contexte. Il aurait peut être été intéressant de demander aux fumeurs le nombre d'heures supplémentaires qu'ils font.

Et là, les statistiques sont aussi sans appel... si je me souviens du chiffre ce sont près de 60% des Belges qui font des heures supp'...

Alors hein, la productivité et la santé du fumeur... qu'on lui foute un peu la paix et laissons lui cet espace de liberté qui n'embête personne et peut même être source, nous l'avons vu, de productivité accrue.... un acte de résistance je vous disais...

3 commentaires:

  1. Ca devrait t'intéresser;
    http://porteentrouverte.canalblog.com/archives/2007/05/24/5056582.html

    Dans les archives du blog de wali

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  2. Ce qui est amusant, c'est l'angle sous lequel on pose la question: la cigarette diminue la productivité. Que ça tue le fumeur, on n'en a rien à foutre. Ou bien si, dans la mesure ou il faudra payer pour lui, qu'il va être un cout social... . Mais en réalité, que lui, en tant qu'être humain, crève, on en n'a rien à foutre.

    Ca me fait penser aux débat sur l'Iraq en ce moment aux états-unis: ils se demandent si ca ne coute pas trop cher. Il ne se demande pas si c'est bien normal d'envahir un pays et de tuer des centaines de milliers de personnes. Ca, on s'en fout, c'est normal. Ce qui compte c'est "est-ce que ça ne coute pas trop cher".

    JD

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  3. Bonjour JD

    Je pense que vu le nombre de messages concernant le tabac le fumeur est au courant que ça le tue.

    Je suis libéral, et tant que ce fumeur ne nuit pas aux autres, les respecte etc, pour moi, il est libre. Il est libre de choisir de fumer ou pas, il sait qu'il a un probabilité plus forte de développer des maladies, d'en mourir etc.

    Le transport et les fumées de pots d'échappemement ne sont pas meilleures...

    Concernant le coût à la sécurité sociale, parlons des bonbons qui causent des caries, les sucreries et autres sodas causent obésité.

    Le fumeur paie dans ses accises sur le tabac un partie du coût qui pourrait générer s'il tombe malade. Ceux qui achètent des sucreries ne paient pas d'accises pour soutenir les frais de dentisterie. Mieux, le dentiste est 100% gratuit jusque 16 ans. Pourtant on sait combien cela peut coûter.

    On n'en fait pas tout un "tabac" parce que c'est la liberté de chacun de mange des bonbons, d'avoir des caries...

    Le tabac tue? ben oui... comme plein de choses. Et le fumeur est un grand garçon qui peut choisir...
    ;-)

    Mais, ... j'ai aimé votre réflexion, de fait, on parle toujours coût et on en oublie l'essentiel... la vie tout simplement.

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