jeudi 10 juillet 2008

A propos du prix du pétrole

Aujourd'hui, les consommateurs d'énergie pourraient envier le roi grec Sisyphe. Celui-ci avait été condamné par les dieux à pousser un rocher vers le sommet d'une colline pour voir le rocher rouler aussitôt vers le bas.

Montée vers les sommets...

Les consommateurs d'énergie, eux, semblent condamnés à pousser un poids vers le haut sans jamais pouvoir espérer le moindre répit. Au cours de l'année écoulée, les prix du pétrole ont monté à la vitesse d'une fusée. Depuis février dernier, ils sont passés de 90$ à plus de 130$ le baril, un niveau qui aurait semblé inimaginable il y a seulement trois mois.

Et certains experts disent désormais qu'un jour, nous regretterons le bon vieux temps des prix présents. Un certain nombre d'analystes affirment que le prix sera bientôt à 150$ le baril. Chez Goldman Sachs, on dit qu'il faut s'attendre bientôt à payer 200$ le baril.

Sauf votre respect... "foutaises"!

Tout cela est le résultat, nous dit-on, de la convergence diabolique de diverses forces :

  • une offre qui atteint ses limites,
  • des incertitudes géopolitiques,
  • et une demande qui explose dans des pays tels que la Chine et l'Inde.
Dès lors qu'aucun changement n'est à attendre sur ces divers plans, il n'y a pas, ajoute-t-on, de raison de voir la trajectoire changer.

Au risque de finir sur la liste de ceux qui se sont trompés, je pense qu'on dit beaucoup de choses ...fausses, faussées, des mensonges éhontés même parfois.

Court terme inconnu

Tout d'abord, je reconnais que les prix du pétrole sont imprévisibles, tout particulièrement dans le futur immédiat. On pourrait même penser à des événements qui pourraient encore les tirer vers le haut, disons une guerre entre les Etats-Unis et l'Iran. Néanmoins, dans le long terme, il y a toutes les raisons de penser que la forte hausse que nous venons de subir va laisser place à un mouvement vers le bas.

Je ne suis pas seul à être optimiste. Certains consultants, tels Michael Lynch prédisent que le prix du pétrole a atteint sans doute son sommet. Les analystes de Lehman Brothers disent que nous pouvons tout aussi bien avoir bientôt un prix de 80$ le baril qu'un prix de 200$ le baril.

Pour ma part j'aurais plutôt tendance à le voir aux alentours de 95 à 110$ le baril. Les raisons à mon estimation sont très simple:

  1. contrairement à ce que les journaux nous affirment nous avons suffisamment de pétrole et nous sommes loin du Oil Peak. Pourtant les sociétés pétrolières auraient tout intérêt à nous faire croire que nous sommes en train d'avoir trop peu de pétrole. Par la loi de l'offre et la demande, ils maximiseraient (encore plus) leurs profits
  2. l'augmentation actuelle ne correspond pas aux lois de l'offre et la demande. L'offre est supérieure à la demande, le prix doit baisser. (on va y revenir)
  3. Pourquoi cette fourchette de 95-110? Très simple, aujourd'hui, on active les zones de sables bitumeux. L'extraction du pétrole de ces zones coûte environ 60-70$ le baril. Rajoutez les frais administratifs tournant aux environs de 30$ le baril. Une marge bénéficiaire, un peu de spéculations, les variations systémiques... et nous y sommes. Je pense que nous voguerons dans ces eaux là.
L'offre et la demande?

Je vous parlais de l'offre et de la demande. Soyons clairs, le prix du marché reste déterminé par l'offre et la demande.

Coté offre

Il est évidemment facile de penser qu'une tendance donnée à un moment donné va durer éternellement. Etant donnée la nature finie des dépôts de carburant fossile et les besoins insatiables des économies en pleine croissance, le marché du pétrole peut sembler particulièrement peu flexible.

L'offre de pétrole est par ailleurs liée au prix auquel le pétrole se vend. Il n'est pas plus facile qu'avant de trouver de nouveaux gisements, mais à 130$ le baril, nombre de compagnies vont commencer à chercher beaucoup, vraiment beaucoup... (exemple sable bitumeux, extraction par injection, extraction en permafrost...)

L'Administration fédérale de l'énergie prévoit que la production américaine de pétrole va augmenter de 24% au cours de la décennie qui vient. Les mêmes facteurs devraient aussi accroître la production ailleurs.

Les membres de l'Opep sont prêts à augmenter les nombre de barils. Ils ne le font pas aujourd'hui car ... l'offre répond à la demande... Personnellement, je n'ai vu nulle part de voiture sans carburant, ou d'avions cloués au sol... Et si on cloue les avions au sol, ce n'est pas par manque de carburant mais par une question de prix du kérozène et de consommation excessive... ce qui de facto, réduit la demande...

« Cette année sera une année au cours de laquelle l'offre sera mise sur le marché subrepticement par les pays de l'Opep et ceux que nous appelons les pays du trou noir », tels que la Chine, a dit récemment Edward Morse de Lehman Brothers (source New York Times).

Je déduis des propos de Morse que l'offre pourrait même être plus abondante que ce qui est officiellement annoncé...

Dans les années 1970, chacun pensait que le pétrole était en voie d'épuisement à l'échelle planétaire. Nous sommes en 2008... et nous carburons toujours au pétrole... Les incitations créées par la hausse des prix ont fait que la production s'est accrue alors qu'en parallèle, la demande chutait. Assez vite, le monde s'est retrouvé submergé par le pétrole bon marché. Ne soyez pas surpris si cela se passe à nouveau.

La demande

La demande est d'ores et déjà en train de baisser. Les gens aux Etats-Unis abandonnent les véhicules gros consommateurs de carburant pour des véhicules plus petits ou des voitures hybrides. Certains se tournent aussi vers les transports en commun.

« L'automobiliste américain moyen parcourt un kilométrage moins élevé pour la première fois depuis 26 ans », « le nombre de kilomètres parcourus en voiture a baissé de 1,9% en février 2008 par rapport à février 2008 ». (source USA Today)

Les Américains ne sont pas les seuls à avoir de l'influence sur la demande, mais ils sont ceux dont l'influence est la plus importante. Un américain moyen consomme trois fois plus de pétrole que la Chine, huit fois plus que l'Inde.

Si la consommation US commence à baisser le secteur pétrolier (le fait que les variations de prix à la pompe ne soit pas "amorties" comme chez nous par le biais des accises cause un choc bien plus violent sur les américains! C'est le même principe que pour les prix des cigarettes... doublez le prix du paquet et le nombre de fumeurs sera en chutte libre... c'est pour ça que la Belgique et l'Europe en général préfère accroitre les prix centime après centime...) en ressentira rapidement les effets. L'hypothèse la plus courante est que la consommation de pétrole en Chine et en Inde va continuer à s'accroître, quoi qu'il se passe en Amérique. Mais, de l'autre côté de la planète aussi, la demande est inversement reliée aux prix.

Les prix à la pompe montent en Chine et si les automobilistes américains utilisent moins leur voiture, vous pouvez imaginer que les conducteurs chinois feront la même chose.

Transition

Ne me faites pas dire ce que je ne veux pas dire. Je me suis focalisé ici sur les prix du pétrole. Ce que j'en dis c'est que son prix va baisser car:

  • l'offre est là et répond (largement) à une demande en baisse
  • le prix est haut car il sert de valeur refuge suite à la crise financière.

Je ne prône pas l'utilisation du pétrole... que du contraire, j'espère que cette fois ci, la leçon sera entendue et que l'on va, enfin, se diriger vers un "mécanisation" alternative.

Je dis bien "mécanisation" et pas "carburant". Dire carburant sous entendrait que nous pouvons nous contentez de ne pas changer de mode de propulsions, que les moteurs thermiques restent la référence etc. Non, nous devons penser autrement pour conserver notre niveau de confort.

Je suis convaincu que

  1. c'est possible
  2. c'est rentable
  3. c'est le seul moyen d'obtenir l'adhésion du plus grand nombre.

Un exemple est la Tesla (voir aussi la banière en haut à droite):

  • 0 à 100km/h (ou 60Mph) en 3,9 secondes
  • 352 km d'autonomie
  • 300km/h
  • ...100% électrique!

Le prix est bien sur à la hauteur de ce véhiule d'exception : 100.000€...

Mais... on démontre que construire une voiture électrique qui a autant , si pas plus, de charme et de gueule qu'une Ferrari, c'est Possible, Rentable, et obtient l'Adhésion de leaders (Clooney, Pit etc). Ce n'est pas ce cube moche habituel qui n'avance pas. C'est une magnifique voiture de sport utilise par des vedettes de cinémas... comme au début de l'automobile. Puis la production augmentant, les prix vont baisser, la technologie se démocratiser etc...

Possible, Rentable, entraîne l'adhésion, et est écolo... que rêver de mieux? Merci le pétrole cher non?

En conclusion

Le prix élevé actuel doit nous signaler qu'il est temps de penser à mettre le pétrole en concurrence et trouver des substituts.

  • Ceci évitera aussi les positions monopolistiques de l'industrie pétrolière et diminuera la dépendance européenne à la Russie et au pays du Moyen Orient
  • en plus de développer un nouveau pan de notre économie
  • et relancera la croissance
  • créera de nouvelles niches d'emplois...
  • et est... écolo.

Nous avons, aujourd'hui, la possibilité d'effectuer une transition en douceur. Nous avons encore le temps... profitons en...

7 commentaires:

  1. Qu'est-ce qui te fait croire que la demande va aussi diminuer en Chine et Inde ?

    La croissance exponentielle y fait que la population aspire à pouvoir se developper et acquérir une série de biens qui lui étaient inaccessibles. La voiture figure en bonne place. D'autre part, leurs moyens augmentent aussi et ils pourront se permettre ce sacré pétrole cher.

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  2. Le fait que la toute grande majorité de la population en Chine ne peut justement se permettre de pétrole cher.

    La classe moyenne en Chine est un mythe à mon avis. Elle est et reste très minoritaire et... dépendante et affiliée au parti.

    Mon pari sur la consommation en Chine et Inde ne repose pas en réalité sur les transports intérieurs mais bien sur la consommation de pétrole pour la production des biens et leur exportation.

    L'augmentation du pétrole rend chaque jour la Chine et l'Inde moins compétitive. On assiste (je vais tenter de retrouver la référence, je pense que c'était dans le Financial Times) à un retour des industries en Occident.

    La raison avancée par les entreprises est que ce n'ets plus assez rentable de produire en chine et de devoir ré-exporter. En sus, l'image écologique de l'entreprise en souffre (voir situation en Californie où les procès "écolo" déteriorent gravement l'image et donc la rentabilité des entreprises).

    Le tout fait qu'au global, même si la demande ne diminue pas, on peut à tout le moins parier sur une fort ralentissement de sa croissance.

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  3. Rajoutons à cela, que le renchérissement du pétrole et donc du coûts des produits de consommations affecte aussi le marché intérieur chinois.

    La chine, est aussi, ne l'oublions pas un très gros producteur de pétrole... et ce pétrole est géré par l'etat.. ce qui peut potentiellement contrebalancer mes dires sur les prix du pétrole en chine. Je vais essayer d'en savoir plus.

    Pour l'Inde, je n'ai pas encore répondu à la question. Là bas se crée effectivement une véritable classe moyenne avide de consommation. Le tout est de savoir quelles habitudes de consommations ils vont prendre. Tels que je les vois, ils prennent tout de même la ligne de consommation plutot européenne et améliore le plus possible les rendement des machines et des moteurs.

    Rajoutons à cela que des fonds européens pourraient bien être consacré au développement d'industrie plus propre.. mais aussi plus chère. L'Inde prends énormément le chemin de l'économie de service... c'est un pari de ma part mais je pense que oui, l'offre peut largement répondre à la demande de pétrole.

    ...
    cette histoire d'industrie me fait penser à mon prochain post... l'éconoime occidentale focalisée sur les services est elle viable si nous ne conservons ni secteur primaire ni secteur secondaire, industriel. Mon avis, à contre-courant de la pensée actuelle est que nous avons tort de fermer notre secteur industriel... on en reparlera.

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  4. Tu ne prends pas en contact les 80% de taxes que l'OPEP impose aux sociétés productrices et leurs arrangements douteux qui font varier l'offre et la demande de telle sorte que l'équilibre n'est plus respecté (j'ai pu assister à des bizarreries boursières qui m'ont choqué; à noter tout de même que l'OPEP est par définition une association mafieuse vu qu'elle est une association illégitime d'Etats spéculateurs qui influent de façon malhonnête sur le marché)

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  5. Skit,

    Tout le monde sait que l'OPEP agit en cartel et cela fait partie de l'équation. Dire que l'OPEP exige 80% de taxes est inexact (je doute du chiffre de 80%, ensuite il s'agit de royalties qui ne me semblent pas illégitimes. Le pétrole serait-il a considérer comme un bien non privatisable?

    On ne peut pas être dogmatique et dire que dans une monde idéal, libéral à 100% tout serait mieux... Tout système quel qu'il soit connaît des imperfections que l'on doit corriger au mieux.

    Alors ils agissent en cartel... certes, ce n'est pas bien, certes cela contrevient à la logique du marché... et? Et ils sont souverains chez eux, je n'ai pas le pouvoir de changer cette donnée donc je l'inclus.

    Le meilleur moyen de faire pression sur l'OPEP? Réformer notre approvisionnement énergétique...

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  6. Tout à fait d'accord, même si le prix de 110 $ me semble bas (cela ne fait en somme que 70 €).

    Mais est-ce, in fine, une bonne chose?

    Nous avons perdu 30 ans. On nous promettait des solutions en 80. Puis le prix a chuté. Et il est devenu plus intéressant de continuer à brûler du pétrole au lieu de l'utiliser en pétrochimie.

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  7. Cher Echo,

    Non pour moi ce n'est pas une bonne ou une mauvaise chose.

    Il faut de fait que maintenant ça redescende quelque peu, la surchauffe de l'économie est largement passé (sauf peut être encore les pays du BRIC). Ceci particperait à un retour de la croissance et diminuerait les tensions inflationistes.

    Maintenant, il est vrai que nous devons espérer que cette flambée sera le déclic pour étudier les voies alternatives au pétrole. Que ce soit en pétrochimie (les plastiques et dérivés), au niveau des carburants, des motorisations etc.

    Il y a donc du pour et du contre. Je dirais en résumé que si l'objectif "déclic" est atteint, le prix doit redescendre pour permettre à chacun de vivre durant la transition. (mais de fait... nous avons bel et bien perdu 30 ans.)

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