samedi 26 juillet 2008

Lettre à Rudy avant les vacances...

Cher Rudy,

J'ai lu avec intérêt ton livre "Péripéties d'un cabinettard". Comme souvent, ton propos est clair, ton constat est franc, ton discours est étayé par de nombreux faits, rapports, articles. Bref, loin de la politique politicienne faite de discours creux, non spécifiques, non mesurables, non atteint ni atteignables, peu réalistes et surtout pas balisé dans le temps. Rudy, je t'aime car tu tiens des discours "SMART"... enfin... si les politiciens pouvaient comprendre ça...

J'avoue y retrouver beaucoup de constats que je fais aussi sur l'état de notre démocratie... enfin, démocratie... comme tu le démontres si bien dans ton livre, nous nous trouvons dans une particratie...

Ministères...

Nous nous trouvons dans un drôle de pays où nous qualifions de fédérales des élections bi-régionales, un drôle de pays où une majorité s'entend pour se dire opprimée quand elle est largement dominante, un pays étrange où les élections ne sont que la coloration démocratique que contrainte et forcée la population doit donner...

Car enfin, de fait... les ministres ne sont pas nommés par le peuple mais par les présidents de partis. Hors, ce qu'ils recoivent de fait est moins une charge ministérielle qu'un devoir de reconnaissance éternel envers le parti et son président.

Et c'est là aussi qu'on remarque que le système de vote à la proportionnelle a été entièrement dévoyé de son but premier. Il permet de ne jamais tenir de promesses sous prétexte que l'on est en coallition...

Nous sommes lentement passé d'une idée politique d'Aristote basée sur "le Bien Public" à un technique politique à la Nicolas Machiavel : "comment décrocher le pouvoir" ..et si on a le pouvoir "comment s'y accrocher".

Les parlementaires, me direz-vous... mais itou chers amis... ce sont les presidents de parti qui donnent leur blanc seing à qui figurera et en quelle place sur une liste électorale. Les reste n'est que mathématique et poudre au yeux. On connait généralement 60% du résultats avant le vote selon la position des candidats...

Administrations...

Machiavel vous disais-je... comment garder le pouvoir quand on l'a... et qu'on risque de le perdre?

A cet égard, on observe, encore très récemment d'ailleurs, l'orchestration, l'utilisation de l'administration public comme instrument de pouvoir, comme outil pour recaser tous les cabinettards en périodes de vaches maigres.

La multiplication des niveaux de pouvoirs en Belgique, avec des compétences mal définies, qui se chevauchent, ne rend pas les choses plus productives. Que du contraire...mais elle permet de rendre l'administration très accueillante aux amis dévoués...

Ainsi, l'administration belge est 35% moins efficace que la moyenne européenne... alors que nous avons un excédent de 200.000 fonctionnaires. Je me répète, je le sais mais si on ne remplace qu'un fonctionnaire sur 3 partant à la retraite, nous en avons jusque 2025 pour rejoindre la moyenne européenne.

Et tous ces fonctionnaires statutaires n'ont aucune raison de travailler plus. Car travailler plus dans l'administration ne veut pas dire gagner plus (mais se faire remarquer et recevoir un blâme...), ne veut pas dire "perspective de carrière", "avancement" ou "récompense". Par contre, cela met à disposition des partis une machine très puissante pour contrôler tous les moindre rouages de l'état et de l'économie.

Le coût excédentaire est estimé à 10 milliards d'euro... 4% de notre PIB...
Si je me concentre sur la Wallonie, nous avons 39% de la population active qui est... fonctionnaire. 16% au chômage... nous sommes déjà à 54%... plus de la moitié de la population "consomme" de la richesse produite par le secteur privé.
Cette vérité vaut à notre pays la médaille d'or des charges liées au travail, la médaille d'argent de l'inefficacité gouvernementale et la médaille de bronze de l'impôt des sociétés. Cette vérité fait que nous avons toujours le niveau d'endettement le plus élevé d'Europe alors que la population, en particulier la classe moenne, paie depuis des dizaines d'années les impôts les plus élevés d'Europe. (...) (page 202)
Des entreprises...

Secteur privé qui est en plus systématiquement stigmatisé. Rappelons nous les sorties tout au long de l'année de divers ministres ou syndicats s'attaquant directement aux créateurs de richesse.

Quand ce n'était pas pour s'étouffer des salaires jugés excessifs de quelques uns, c'était pour fustiger "le manque d'ambition des entrepreneurs wallons". Voilà tout ce que la classe politique trouve à dire pour expliquer le niveau de chômage. La chômage, c'est à cause des patrons...

Ce ne serait pas aussi choquant de la part de personnes que l'on paie pour résoudre des problèmes que l'on pourrait presque en rire.

De même, cette consternante manie de toujours dire, pour peu que l'on se scandalise des pratiques ayant cours au niveau public: "bah, c'est la même chose dans le privé". C'est confondant de stupidité tout de même!

Car enfin, la différence fondamentale entre privé et public c'est tout de même la source de financement. Que certaines pratiques aient cours dans le privé puissent choquer, je le conçois fort bien, mais tout de même, ce n'est pas avec de l'argent public au moins! De plus, la toute grande majorité des entreprises ont justement des services d'audit pour traquer les comportements inadéquats. Et plus fort encore, vous savez quoi? Dans le privé, ce genre d'amusement se paie cash par diverses sanctions....

L'espoir de Rudy...

Sur la fin de son livre, Rudy nous dit de ne pas désespérer. Il nous dit que NOUS avons le pouvoir de changer les choses. A mon grand regret, je dois lui dire que je ne peux pas être d'accord avec lui.

"Une bonne démocratie affirme de Tocqueville, est une société dans laquelle les autorités se mêlent le moins possible des affaires courantes". Un gouvernement "baudruche", qui se caractérise par l'obésité de ses cabinets et possèdes des marionnettes soumises aux parts politiques, est à l'origine de gaspillages, de corruption, d'excès de règlementations et de clientélisme. (...)

Ce système malade fait du Belge un des contribuables européens les plus taxés, et le citoyen qui accorde le moins de confiance à la politique. Le royaume de Belgique montre des signes évidents de décadence, comparables à ceux de la fin de l'empire romain. (page 201)

Honnêtement, je ne vois aucune raison d'espérer. Cela fait des années que la Belgique se cherche des hommes d'Etat, des hommes ou femmes courageux que pour effectuer des réformes difficiles, impopulaires mais nécessaires. Encore une fois, que l'on aime ou que l'on aime pas Sarkozy... comparons deux choses.. en France 15 ministres, une vingtaine de secrétaires d'état. En un an, plus de cent réformes lancées, dont des réformes très dures à faire passer.
En Belgique, 60 ministres et secrétaires d'état, en un an, sept projets de loi... Comparaisons n'est pas raison mais tout de même...

Mais Rudy garde espoir et nous demande de faire de même en citant Walter Zinzen:
"Si les électeurs sont suffisamment idiots pour ne pas sanctionner les manoeuvres des sanhédrins mais, au contraire, pour les récompenser, pourquoi les responsables cesseraient-ils d'en proftier?" Montrons-leur tous ensemble que le vraie démocratie fonctionne et que la loyauté au peuple n'est pas un slogan creux. Nous ne pouvons reporter la responsabilité de cette situation sur les politiciens si nous ne prenons pas nos propres responsablités.
Mais voilà Rudy... tu oublies, me semble-t-il quelques éléments essentiels:
  1. la démocratie n'est jamais que la dictature de la majorité... hors la majorité, permets moi de douter de son bon sens. Car en effet, que penser quand on voit les intentions de vote s'envoler pour un ministre au lendemain d'une émission où, pour la x-ième fois, il est apparut ivre? Que penser aussi de ces politiciens convaincus dans diverses affaires et parfois même condamnés qui continuent envers et contre tout à être élus? Est ce là que doit nous mener la démocratie?
  2. la démocratie, c'est voter pour des gens qui nous représenteront. C'est du moins ce que l'on nous vend. Il s'avère que rien n'est moins vrai. Tout d'abord, ce n'est pas le peuple, mais les présidents de partis qui définissent qui et en quelle place sera sur les listes électorales. De ce fait même, ils savent déjà qui sera élu, c'est mathématique! Non content de s'afider les ministres comme tu le démontres, ils font aussi la pluie et le beau temps au parlement, qui, je le rappelle, est sensé contrôler le gouvernement. A ce sujet, je rappelle l'interview d'H. de Croo dans Knack...
  3. j'imagine que nous votons, nous seulement pour des gens que nous estimons capables, mais aussi pour le programme qu'ils portent. Seulement voilà, perversion de la proportionnelle (et superbe excuse pour nos politiciens), comme c'est proportionnel, on n'est jamais seul. Les programmes terminent donc invariablement sur des positions plus ou moins centristes. Parfois un donnant donnant offre la possibilité d'une mesure plus à droite ou à gauche. Toujours sur le même thème, quand je vois ce qui se passe au Fédéral pour le moment, on a l'impression que les programmes ne contenaient que de l'institutionnel... on parle tellement peu d'autres mesures. Navré mais une fois de plus, l'électeur est floué.
Je crains Rudy, que la démocratie belge soit encore plus malade que tu ne le crois. Ou alors, pourrions nous croire en ton fol espoir. Personnellement, je refuse de baisser les bras. Je pense que nous pouvons changer les choses. Aller vers une meilleure forme de société, de démocratie, d'économie. A nous de donner un sens aux choses, un projet à nos contemporains.

Ce que j'ai pensé du livre...

Et bien beaucoup de bien comme toujours. Je le dis dans l'introduction, ce qui est agréable avec toi Rudy, c'est que tes propos sont étayés, sont SMART.

Néanmoins, je me dois d'être honnête avec toi, mais nous sommes aussi là pour en parler, je trouve que ton propos, dans certains passages, est déservi par un ton que je sens déçu, revanchard, un peu aigri. Ton livre aurait pu être un monstre d'objectivité si tu n'avais été aussi profondémment touché par l'injustice qui t'a frappé.

Cela rend bien sur le livre humain mais a plus tendance à limiter certains passages à des pamphlets.

Sinon, je le dis encore, ce livre est excellent et permet de voir un peu plus clair sur le fameux "goed bestuur", sur le système des cabinets et le passage de la démocratie à une particratie... De nombreuses références philosophiques se promènent dans le livre, une bibliographie impressionante, un savoir et une expérience mises à disposition de tout qui veut prendre le temps de lire.

Au delà du constat, Rudy nous offre aussi des propositions de changements, de mesures pour une meilleure gouvernance publique. A lire avec attention...

Conséquences personnelles...

Au cours de la lecture, au cours de l'une ou l'autre discussions, on s'apperçoit qu'on n'invente rien, ou peu, que beaucoup de choses on déjà été dites, pensées. Que si nous voulons inventer, innover, recréer, ré-inventer la politique, il nous faut connaitre ces concepts... Ces concepts, on les trouve en philosophie.

Au début de cette lettre, je vous parlais d'Aristote, de Machiavel, je pourrais, grâce à ton livre Rudy, faire aussi de multiples citations venant de de Tocqueville. Si je comprends, entends les concepts qu'ils avancent, si je me rends compte que je m'y retrouve... ça ne veut pas dire que je les maîtrise.

Dès lors, si je veux pouvoir le partager, améliorer mon discours, le modifier au besoin, je vais effectivement avoir de la lecture ces vacances ci... J'emmène donc avec moi un gros ouvrage traitant de philosophie "Philosophie pour les Nuls". J'en ai eu d'excellents échos et comme il se fait que voilà une matière terriblement négligée par les programmes scolaires belges, il est temps que j'en sache plus. Je m'arrêterai plus tard sur les philosophes qui me marquent vraiment.

Comme j'aurai le temps, j'ai déjà pris "Machiavel ou l'art du pouvoir" contenant "Le Prince" et "L'Art de la Guerre". Pourquoi celui là plutôt qu'un autre? Car je veux comprendre le système actuel plus avant, c'est le seul moyen d'espérer le modifier...

Un livre aussi recommandé par une connaissance: "Le Capitalisme est-il moral" d'André Comte-Sponville qui devrait "mettre de l'ordre - un ordre - dans tes idées et de cadrer comme il se doit quelques questions des plus existentielles dans le monde d'aujourd'hui". Voilà qui rejoint pas mal d'ailleurs mon besoin actuel de philosophie.

Un livre tombé dans mon sac de course, je ne sais pas trop ce que ça vaut, le titre m'a interpellé, "L'Europe malade de sa démocratie"... je vous dirai ce que j'en ai pensé à mon retour.

Sur base de la philosophie, on peut créer un projet qui se veut politique, cette politique qui peut se traduire en philosophie et action sociale, économique et écologique.

Je vous souhaite de bonnes vacances.

2 commentaires:

  1. Bonjour,

    j'ai lu votre message sur Medium4you.
    Je le trouve vraiment bien fait, clair et surtout clairvoyant.
    Vous devriez peut-être donner des cours à nos "élus sinistres" :-)
    Bien à vous,

    Marie-Claire Houard
    www.be-counter.be

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  2. Merci Marie-Claire pour votre appréciation.
    Je ne prétendrais pas faire la leçon, je pense que d'autres personnes sont mieux qualifiées que moi pur ce genre de choses. Mais participer à la réflexion me tente vraiment par contre...

    Bonne continuation.

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