samedi 16 août 2008

Des ordres Pascaliens à la moralité de l’économie…

Dans mes lectures de vacances, j’ai donc emmené le livre de Comte-Sponville : « Le Capitalisme est-il moral ». il n’était nulle raison de me poser la question de la moralité et de la philosophie en politique sans un jour ou l’autre me poser la question du sens de l’économie de marché, de sa place « morale », de ses différences avec d’autres systèmes, de leurs raisons d’apparaître et de disparaître, des liens inévitables entre les différents niveaux : individus, société, politique, économie…

Sur la recommandation de mon ami Pierre, je me suis donc penché sur la conférence d’André Comte-Sponville. L’ouvrage est fort bien construit, pédagogique, et nous emmène par la main pas à pas à la découverte de la moralité (ou non) du capitalisme. Ce qui ne veut pas dire que nous devons être en accord sur tout, … disons qu’il nous trace, propose une piste de réflexion, tire ses propres conclusions mais n’interdit pas notre propre évolution, notre propre cheminement, nous pouvons nous interroger et trouver d’autres réponses…

Tout part des constats…

…d’évolution de générations…

Que si les années 60-70 étaient politiques, tout était politique et la politique était tout, la génération 80 elle est une génération « morale ». En effet, dans les années 60-70, tout étudiant se définissait automatiquement de gauche ou de droite, participait activement à la vie de la cité et s’investissait en politique. La moralité, il s’en fichait au fond pas mal car la politique était là pour donner les balises du bien, du mal… Le problème c’est que dire que la politique est tout, c’est prétendre que le problème du chômage est une question de volonté politique, que le vaccin anti SIDA, c’est une question de volonté politique… Nous allons voir plus tard combien ce genre d’affirmation est « ridicule » (et le sens du mot ridicule)… Ce que je trouve encore plus inquiétant, c’est que nous avons encore aujourd’hui des hommes politiques pour nous sortir ce genre d’ineptie. Bon sang.. bien sur que le SIDA était une question de volonté politique, le fléau n’existerait déjà plus…

Les années 80 voient un rejet massif de la politique… Pas mal de mes contemporains n’ont d’ailleurs abordé la politique que par l’émission de Guignols de l’Info. Non, la réponse aux problèmes du monde est dans la « morale »(comprendre par là ‘droits de l’homme’, ‘solidarité’, ‘humanitaire’…) pour eux. (bien que faisant partie de cette génération, je n’ai pas cédé à cette tendance, je suis un peu trop pragmatique pour cela). Ainsi résoudre la faim dans le monde ? On le résout avec les Restos du Cœur. La pauvreté ? L’abbé Pierre et les compagnons d’Emmaüs… Erreur encore une fois que de penser cette fois que la morale peut tenir lieu de politique. C’est beau, c’est idéaliste mais ça ne peut pas marcher.

« La morale et la politique sont deux choses différentes, l’une et l’autre nécessaires, mais qu’on ne saurait confondre sans compromettre ce qu’elles ont chacune d’essentiel. Nous avons besoins des deux, et de la différence entre les deux ! » (page22)

Le problème n’est pourtant pas dans la « faillite morale »… le problème de notre démocratie se trouve dans la désaffection politique de nos générations. Nos hommes politiques, loin s’en faut, ont leur part de responsabilité dans cet état de chose. Malheureusement, sur le terrain ça donne une inflation constante des votes extrémiste (et/ou du taux d’abstention en France…)

… mais si les années 80-90 sont celles de la génération que Comte-Sponville qualifie de morale, quelle est la génération 2000 et post millénaire ? Sans vouloir jouer les prophètes, il semble que Comte-Sponville rejoigne Malraux : « le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas ». Comte-Sponville parie donc sur l’émergence d’une génération « spirituelle ». A ne pas d’ailleurs confondre avec une génération religieuse, le spirituel devant être compris comme une recherche du sens.

« Génération lien » ?

Fort de ce constat, et suite à mes différents écrits passés, il me serait bien difficile de chercher noise à l’auteur. Il semble en effet que je fasse partie d’une génération de transition comprenant la recherche du sens des choses et cherchant à les positionner aussi sur une échelle morale, éthique. Ce lien entre l’économie / la technique, la politique, la morale et l’éthique… ce sens des choses. Je ne me reconnais dans aucune des générations décrites et dans toute à la fois. Je ne conçois pas que l’on puisse considérer ces niveaux séparément. C’est le genre de chose qui arrange d’ailleurs trop bien les scientifiques avec leur trop fameux « toute autre chose étant égale par ailleurs », formule que je n’apprécie guère vous le savez, car rien n’est jamais égal par ailleurs et nier les interactions entre les niveaux est un non sens profond. Je reconnais bien sur son utilité dans la description des phénomènes en milieu fermé. Ce que j’apprécie nettement moins, c’est la facilité avec laquelle cette formule est réutilisée en dehors des laboratoires, entre autre par des politiciens.

…du triomphe du Capitalisme

Le deuxième constat de Comte-Sponville est que le capitalisme a définitivement triomphé…
S’il a perdu sa légitimité « négative » due à la comparaison avec le communisme suite à l’effondrement de ce dernier, il a du chercher son affirmation positive. On pourrait d’ailleurs dire « Enfin ! ». Car il serait pour le moins osé de définir son système comme étant le meilleur pour l’humanité juste en le comparant à son concurrent. Comparer ma société avec celle d’un concurrent et m’en servir pour dire : « mon entreprise est le top du top, la plus performante et la meilleur possible » est un non sens

« Non que je conteste quoique ce soit de l’effondrement de l’autre système. Mais rien ne prouve, lorsque deux systèmes sont en concurrence l’un contre l’autre, que l’effondrement de l’un soit le triomphe de l’autre. Ils pourraient échouer tout les deux (…).
(…)je rappellerai quand même que l’échec de Spartacus n’a pas suffit à sauver l’Empire Romain…(…)
Quel rapport avec le retour de la morale ? Celui-ci : tout adversaire est aussi un faire valoir. Pendant toutes les années de guerre froide puis de coexistence pacifique, la capitalisme, l’Occident libéral, le monde libre, comme on disait, pouvait se sentir suffisamment justifié, d’un point de vue moral, par son opposition au système communiste. » (page31)


Si l’Occident conserve des ennemis, des adversaires, nous ne devons pas confondre le système politique et le système économique. L’occident peut avoir Ben Laden comme adversaire. Il y a une lutte de « valeurs », de « civilisations » (là, c’est J. Chirac qui me honnirait ! Il déteste ce concept de choc des civilisations), de « religions », mais aucune proposition alternative au niveau économique. Le capitalisme n’a plus d’adversaire. Même la Gauche dans différents pays a reconnu qu’à ce jour le meilleur système économique est le capitalisme.

Définition


Le Capitalisme est un système économique fondé sur la propriété privée des moyens de productions et d’échange, sur la liberté du marché et sur le salariat. (page 87)
En découlent entre autre les notions d’intérêt et de solidarité! Intérêt et égoïsme car chacun travaille, produit, échange dans son propre intérêt. Solidarité car les intérêts des uns et des autres se rejoignent tout le temps ! Ainsi, je n’ai pas intérêt à mentir ou a mal produire car je n’aurais plus de clients. C’est dans mon intérêt ! L’entreprise, c’est l’intérêt de l’actionnaire, qui prendra soin de ces clients et de ses salariés car c’est dans son intérêt. Le salarié a intérêt à produire bien et le patron à bien le soigner… etc etc. Il s’agit de simples… mécanismes générant de facto la solidarité. Ne confondons d’ailleurs pas solidarité et générosité… la générosité, c’est prendre en compte les intérêts de l’autre quand bien même nous ne les partageons pas… La solidarité, c’est prendre en compte les intérêts de l’autre parce que nous partageons cet intérêt. (déf page 129)

Le capitalise repose tout entier sur la solidarité… cette préoccupation des intérêts de l’autre dans un but tout égoïste. Se préoccuper du client, c’est aussi et avant tout dans l’intérêt de l’entreprise… et ça tombe bien que ce soit aussi dans l’intérêt du client, ça le fidélise. Cette solidarité d’intérêt entraîne de facto une forme d’honnêteté dans l’échange. Tout comme moi en tant que client, si j’achète à l’entreprise ‘X’, c’est égoïstement dans mon intérêt, il se trouve que ça converge avec l’intérêt de l’entreprise ‘X’… c’est pour ça, pour ces convergences constantes et variables d’intérêts que le Capitalisme est un véritable succès.

Solidarité et intérêt… cela vaut d’ailleurs dans les pays socialistes ne leur déplaise… Il faut bien que ceux qui travaillent produisent plus de valeurs qu’ils n’en reçoivent pour assumer les dépenses non productives de la vie sociale…

Ainsi, contrairement au libéralisme, il n’est pas pensée politique, philosophique ou sociologique. Dès lors, le triomphe du capitalisme n’a d’égal que son désarroi. Le capitalisme n’étant que les mécanismes qui régissent le marché, il n’a pas de sens… Une horloge n’a pas besoin de sens pour fonctionner, une réaction chimique n'a pas besoin de sens pour se développer… mais les individus ont besoin de sens… Dès lors se posent pour l’Occident la question de ce qu’il a à offrir au monde ? Ainsi en est-il pour l’Europe… l’Europe est en panne aujourd’hui car elle ne trouve plus de « sens », ne trouve plus de projets communs, de valeurs à mettre en avant, à proposer au monde.

C’est donc une conjonction d’éléments – passage de génération et perte de la justification négative – qui nous permet en définitive de nous poser, enfin ( ?) la question de la justification du capitalisme, de son sens. En dehors bien sur du fait, que ce soit le système d’échange économique qui s’est mis naturellement en place, répondant le mieux à la psychosociologie des groupes humains (conclusion toute personnelle s’il en est). Mais il reste encore une cause à cette évolution, ce que Nietzsche nous dit en disant « Dieu est mort !’ (et que j’ai envie de compléter avec le corolaire de Malraux et un retour à la tradition monarchique française « Dieu est mort ! Vive Dieu… »)

La justification du capitalisme est le triomphe de la solidarité, de la convergence d’intérêts…

…et de la mort de Dieu

Ce qui est génial en disant Dieu est mort est que finalement, ça ne le rend que plus immortel. Car soit Dieu existe, et il est immortel et intemporel par définition, soit il n’existe pas … et est immortel de ce fait même…

Cette mort de Dieu, certains en accuse la laïcisation de la société… rien n’est plus faux, la laïcisation ne fait que ramener Dieu à la sphère privé. Pour le reste, on peut y croire ou non, c’est du pareil au même. Dieu est juste mort « socialement ».

Du coup, Comte-Sponville se pose la question du lien, de la communauté…

Cela nous pose toutes sortes de problèmes considérables, qui tournent presque tous autour de la question de la communauté. Que reste-t-il de notre communauté, par exemple nationale ou européenne, quand on ne peut plus la fonder sur une communion religieuse ? Car c’est la communion qui fait la communauté et non l’inverse. (page 37)

Si je reconnais pour ma part, et insiste pour que cela soit mentionné dans une « constitution européenne », notre tradition, notre civilisation judéo-chrétienne, je dénie à la religion d’être la seule réponse à cette question. Il s’agit de civilisation, pas de religion. Le lien, la communauté existent toujours. Il faut juste que les gens redeviennent conscients de leur Histoire, la comprennent et parviennent à cerner à nouveau en quoi cela influence nos modes pensée, d’être, de vivre. C’est pour cela que je pense qu’il s’agit d’une mention essentielle dans un Traité Fondateur, une Constitution.

Mais je m’éloigne… ma réponse personnelle est que Dieu n’est pas mort, la religion se meurt, c’est différent, il me semble plutôt que les nouvelles générations découvrent de nouvelles formes de spiritualités, de sens et dénie le droit aux religions de penser à leur place (mais ceci est surtout valable dans les sociétés occidentales). Donc, Dieu (du moins via la religion) ne répond plus à la question « Que dois-je faire ? » qui au final… n’est jamais qu’une question morale…

Morale et éthique d’entreprise

Chapitre jouissif s’il en en est que celui-là. En effet, aujourd’hui on nous vend de l’éthique à tous les étages alors qu’il n’est en réalité nulle éthique… juste une question capitaliste qui démontre que l’éthique rapporte toujours plus sur le long terme que la malhonnêteté. Agir honnêtement pour un commerçant est souvent moins une question morale, de devoir, d’éthique qu’une question d’intérêt. Que l’éthique d’entreprise n’est pas forcément moral, car il est intéressé. Or, pour Kant du moins, une action n’est morale que si elle est désintéressée.

Et que notre action dès lors, pour conforme qu’elle soit à la morale, n’a pourtant, comme dirait Kant, aucune valeur morale – puisqu’elle est accomplie par intérêt, et que le propre de la valeur morale d’une action, comme chacun sait, c’est le désintéressement.
(page 45)
Nous devrions un peu tempérer notre ami Kant car nous devrions profiter justement de la conjonction entre morale et intérêt, tant mieux si les deux peuvent parfois aller de pair. La notion de « moral » ne doit-elle qu’à l’intention ? Et si cette intention génère du profit ? Comment en juger. Nous sommes sur une frontière à laquelle chacun devra répondre par lui-même.

Ordres Pascaliens sauce André

André Comte-Sponville nous propose une grille de lecture pour, sur base des précédents constats, juger de la moralité de l’économie. Pour ce faire, il récupère l’idée des ordres de Pascal. Ordres à comprendre comme étant des niveaux, des plans parallèles donc indépendants l’in de l’autre mais l’un pouvant influencer l’autre par le biais du lien qui n’est rien d’autre que l’être humain…


« Un ordre chez Pascal, est un ensemble homogène et autonome, régi par des lois, se rangeant à un certain modèle, d’où dérive son indépendance par rapport à un ou plusieurs ordres. (…) Rappelons que les trois ordres chez Pascal sont l’ordre du Corps, l’ordre de l’esprit ou de la raison, et l’ordre du cœur. » (page 51)
Ainsi l’indépendance des ordres et leurs influences mutuelles sont très bien montrés par cette pensée bien connue de Pascal « Le cœur à ses raisons que la raison ne connaît pas… »

Donc Comte-Sponville récupère l’idée des niveaux, des ordres et nous en propose trois autres en grille de lecture, non de l’homme comme Pascal, mais de notre monde.

Ordre techno-scientifique

Dans cet ordre, on ne se préoccupe que de l’aspect technique des choses. Est-ce possible ou non ?
Est-il possible en biologie de cloner un être humain ? Si pas aujourd’hui ? Demain ? Quelles limites pour la biologie ? Cet ordre ne répondra pas à la question de la limite… il dira si c’est possible ou non. Est bien ? Est-ce mal ? ne font pas partie des questions auxquelles il répondra.En économie, quelles sont les limites pour le capitalisme ? Quelles limites pour la loi du marché ? Le prix des matières premières achetées au tiers monde est il décent ? La décence ne fait pas partie de l’économie… on dira juste si ce cours des matières premières est pratiqué, praticable ou non…

Gardons en tête que l’économie, en tant qu’outil, que mécanisme fait partie de cet ordre ci…Mais… entre ce qui est possible et ce qui est souhaitable, nous pouvons mettre en place des barrières, grâce à d’autres ordres, indépendants comme dit précédemment, avec leur logique propre mais s’influençant quand même…

Ordre juridico-politique

Pour maintenir et limiter cet ordre techno-scientifique, l’ordre juridico-politique en d’autres mots la Loi, l’Etat.

Ainsi le clonage humain peut bien être possible, la Loi l’interdit. Avec cet ordre, il y a ce que la Loi autorise (le Légal) et ce que la loi interdit (l’Illégal). Il ne faut pas pour autant croire que la loi régit la morale ou est en conformité avec la morale ! Le légal ne définit pas le bien et l’Illégal ne définit pas le mal. Ce sont des concepts, des ordres différents.

En effet, si on se limite à ces deux ordres, on verra des gens qu’on appellera des « salauds légalistes ». Toujours respectueux de la loi… mais comme aucune loi n’interdit l’égoïsme, le mépris ou la méchanceté…

Notons aussi que la Loi, elle est votée par des majorités… que ces même majorités représentent le peuple… que le peuple est « souverain »… On peut donc en toute légalité voter des lois discriminatrices, modifier la constitution pour rendre la loi légale et conforme… et que donc, la loi peut très bien s’amuser à opprimer des minorités… Bref, la Loi, l’Etat ne répondent pas à tout et pas correctement à tout
« Dire, avec Rousseau, qu’il n’y a pas de loi fondamentale et que la souveraineté est incapable de se limiter elle-même, cela revient à dire exactement : il n’y a pas de limites démocratiques à la démocratie » (page 59)

Encore une fois, nécessité est faire de limiter cet ordre de l’extérieur par un ordre « supérieur ».

Ordre de la morale (a ne pas confondre avec l’ordre moral)

Si nous ne devenons pas tous des salauds légalistes, c’est parce qu’au dessus des lois qui s’imposent à tout citoyen, il y a la morale. C’est elle qui fait de nous des individus fréquentables et capables de vivre en société. La loi régit la vie des citoyens, la morale se rajoute pour encore « restreindre » nos droits pour faire de nous des individus aptes à vivre ensemble. La loi nous dicte le Légal, la morale nous dit ce qui est acceptable, le Légitime.


« Je ne sais pas si les lois anti-juive de Vichy étaient juridiquement valides (…) Mais elles étaient immorales, et sans autre portée dans l’ordre de la morale, que de justifier qu’on leur désobéisse et qu’on les combatte. » (page 65)
« Je répondrai avec Kant : la morale est l’ensemble de nos devoirs – l’ensemble, pour le dire autrement, des obligations et des interdits que nous nous imposons à nous-mêmes, pas forcément à priori, mais indépendamment de toute récompense ou sanction attendue, et même de toute espérance. » (page 66)

Notons tout de même que cette morale n’est pas universelle (ouf, Comte-Sponville ne tombe pas dans le travers des politiciens et pseudo-démocrates évangélistes qui le croient en toute bonne foi). La morale est historiquement culturelle, donc aussi relative.

Ordre éthique

Dernier ordre, suprême entre tous, l’ordre éthique, ou ordre de l’Amour, celui qui nous rend outre nos compétences, notre respect des lois et notre morale, être humain parmi les humains. Distinguons le moral comme étant ce que l’on fait par devoir et l’éthique comme étant ce que l’on fait par amour. En règle général, on notera par ailleurs que souvent les deux nous mènent à effectuer les même actions et se complètent.

Confusion d’ordre : Ridicule et Tyrannie… Barbarie et Angélisme

Petite conclusion sur ce chapitre des ordres… Quand on commence à les confondre, on est, ce que Pascal appelle, Ridicule.

Ainsi, quand on dit la phrase « le cœur à ses raisons que la raison ne connaît pas ». Pascal mentionne aussi « Le cœur à son ordre ; l’esprit à le sien, qui est par principe et démonstration. Le cœur en a un autre. On ne prouve pas qu’on doit être aimé en exposant d’ordres les causes de l’amour ; ça serait ridicule »

La Tyrannie, c’est le ridicule au pouvoir, autrement dit, la confusion des ordres érigés en système de gouvernement. Ainsi en était-il du communisme, forme de pensée appartenant à l’ordre de la morale mais érigé en système politique et économique. C’est la confusion d’ordre en plein, partant peut être d’une bonne intention mais menant à massacrer tout qui ne répondrait pas à cette morale.

La Tyrannie de l’inférieur, c’est la Barbarie : prétendre la suprématie de la technique, de l’économie sur le politique. Soumettre la morale à l’ordre de la politique, c’est de la barbarie. L’ultra-libéralisme en ce sens est une barbarie. Vouloir soumettre l’ordre politique à la suprématie d’un système économique, c’est de la barbarie.


« On peut appeler Libérale toute pensée qui est favorable à la liberté du marché (libéralisme économique) et au libertés individuelles (libéralisme politique). Cela n’exclut pas, mais suppose au contraire, certaines interventions de l’Etat, y compris le cas échéant dans la sphère économique. Ainsi chez Adam Smith ou Turgot. Et on peut appeler Ultralibérale, par différence, toute pensées qui veut réduire le rôle de l’Etat au strict minimum (ses fonctions régaliennes : justice, police, diplomatie), ce qui suppose qu’il s’abstienne de toute intervention dans l’économie. Ainsi chez Frédéric Bastiat ou Milton Friedman. » (page 137)
L’Angélisme par contre, c’est la tyrannie du supérieur. C’est vouloir soumettre l’économie à la politique ou à la morale par exemple… Le communisme est un forme d’Angélisme… ce qui vous en convenez ne signifie pas le sens que nous donnons habituellement à « angélisme ». L’histoire de guérir le SIDA, c’est une question de volonté politique, c’est aussi de l’Angélisme. Croire que l’ordre politique peut donner l’ordre à la technique de résoudre ce problème…

Je ne m’étendrai pas plus ici sur ces concepts, ils sortent de mon propos et vous les retrouverez dans l’essai de Comte-Sponville.

Réponses aux « ordres » : la responsabilité

Alors, c’est vrai que c’est facile de décider quand les 4 ordres s’accordent à ne nous donner qu’une seule direction, qu’une seule réponse à un problème.

Ca se corse quand la technique nous montre une voie, la politique en énonce une autre, notre morale la réfute et notre éthique s’intrigue…

C’est dans ces circonstances qu’il faut choisir quel ordre on va privilégier. Si on peut tout déléguer, ce genre de décision ne se délègue pas car il s’agit de notre RESPONSABILITE. La seule chose qu’on ne délègue jamais, c’est sa responsabilité.

« La responsabilité, c’est assumer le pouvoir qui est le sien - tout le pouvoir qui est le sien -, dans chacun des quatre ordres, sans les confondre, sans les réduire à une seul, et choisir, au cas par cas, lorsqu’ils entrent en contradiction, auquel des quatre ordres, dans telle ou telle situation, vous décidez de vous soumettre en priorité. » (page 121)

Notez bien le « au cas par cas »… car il signifie que vous devrez toujours choisir et que penser que vous vous soumettrez toujours à un ordre en priorité (par exemple l’ordre de la morale) serait un peu niais… Un ordinateur peut résoudre un problème ; seul un individu peut prendre une décision. Un ordinateur peut être performant, un individu peut être responsable. (page 140)

Alors ? Le capitalisme est-il moral ?

Maintenant que nous disposons des sources de la question et d’une grille de lecture, revenons à notre question de départ… le capitalisme… moral ou pas ?

Rappelons mon point de vue personnel sur le capitalisme : il n’est pas une pensée comme peut l’être le socialisme ou le libéralisme, le capitalisme est une mécanique économique, c’est le système d’échange naturel qui s’est mis en place entre les êtres humains, celui qui répondait le mieux à leur psychologie, à la sociologie de nos groupes. C’est aussi le système, comme le démontre Comte –Sponville qui génère le plus de bien-être autour de lui-même s’il n’est pas exempt de défauts. Le capitalisme génère la solidarité, qui est la complémentarité d’intérêts de chacun.

Notons quand même qu’une autre définition du capitalisme c’est créer de la richesse avec de la richesse… ce qui revient à dire aussi que le meilleur moyen de mourir riche dans nos sociétés est encore de naître riche. C’est d’ailleurs pour cela que le politique, le moral et l’éthique tente de palier, de corriger, d’améliorer certains mécanismes de marchés, ces ordres vont le limiter pour permettre une ascension des individus. En attendant, certains s’enrichissent sans travailler et certains se tuent à la tâche et restent pauvres… A ce regard sur le capitalisme, si on devait quand même en juger, il est vrai qu’il est plus immoral que moral…

Néanmoins, dès lors que le capitalisme est une mécanique, elle répond à l’ordre Techno-Scientifique… Le Capitalisme n’est dès lors pas Moral… Il n’est pas Immoral non plus. Il n’a juste pas de moral, il est amoral (‘a’ donnant le sens privatif). Comme on ne se pose pas la question de savoir si la biologie, la physique sont moraux, la météo n’est pas morale ou immorale, ils n’ont juste pas de morale…

« Que tout le monde veuille la prospérité, cela n’a jamais suffi à empêcher la misère (ndr retour à la question de la « volonté politique). Comment l’économie serait-elle morale, puisqu’elle est sans volonté ni conscience ? » (page 77)

Ne comptez pas sur le marché pour être moral… à votre place !

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