mardi 23 septembre 2008

Quand les limitations de la concurrence ne bénéficient pas aux citoyens…

Etat complice des banques?

On peut se dire qu’il y a comme une forme de collusion entre l’Etat et certaines institutions privées comme les banques.

Si on peut comprendre que l’économie de marché doit être réglementée ou assistée pour en éviter des dérives (voir post sur la Moralité du Capitalisme), certaines législations sont elles même des dérives dont je ne perçois pas l’intérêt.

Rappelez vous aussi le post posant la question : quid si nous devenions Français ?
Et bien, je rajoute un élément à cette réflexion. Si nous devenions Français, le taux d’intérêt que vous recevriez pour votre épargne ne serait pas plafonné par une loi qui me semble autant inique que protectrice de l’intérêt des grandes banques ! Ainsi, si en Belgique votre carnet est limité à un taux d’intérêt de 4,25% (suite à la très récente, et ô combien généreuse, augmentation de 0.25% accordée par le législateur) en France, vous trouverez des livrets vous offrant 6% d’intérêt voire 8% jusqu’au 31/12/2008…

Mais comment donc se fait-ce que nous ne recevions que 4.25%? ... la réponse : parce que l'Etat en décide ainsi...

Structures opaques

En Belgique, la loi protège les grandes banques peu rémunératrices. Ainsi, les majors (Dexia, Fortis, KBC, ING) n’offraient jusqu’il y a peu que 1,5% sur votre épargne. 1,5% !

Ils vous répondront qu’ils récompensent la fidélité par un taux d’accroissement et un taux de fidélité. Si ce n’est pas se moquer de vous, ce n’en est pas loin. Il faut virer ces taux qui ne rapportent pas grands choses et induisent le consommateur en erreur.

Ainsi, combien de gens pensent que 4 + 2% font 6% ? C’est faux car votre prime ne rentre en compte qu’à partir de 6 mois sans mouvements… Je supporte ici le combat de Test-Achat : supprimons les 3 taux (taux de base, de fidélité et d’accroissement) qui, par leurs opacités, empêchent une saine concurrence et ne donnons qu’un taux unique auquel les épargnants pourront se référer.

Autant dire que nous leur prêtons de l’argent à un taux négatif vu le niveau d’inflation du marché. C’est totalement scandaleux et n’incite certes pas à économiser. Pour ce que vous parvenez encore à économiser bien sur. Votre argent perd de sa valeur et les banques vous demandent en plus de les remercier. Un bon coup de pied au fesses oui ! C’est tout ce qu’elles méritent.

Non seulement la valeur de votre argent diminue mais en sus vous ne pouvez même pas le récupérer comme vous l’entendez. La plupart des banques, en effet, limite le montant de vos retraits (style maximum 2.500 € par semaine, ou 5.000 € par mois…).

Non content de limiter la mobilité des capitaux et de ne pas les rémunérer, nos banques, la plupart du temps, s’octroient en prime la possibilité de vous faire payer des frais de gestion divers et inappropriés vu les services totalement inexistant qu’ils offrent

Leur offre ?

De mois en moins relevante. Avec les progrès de l’informatique, la structure de coût des banques a fortement diminué. Nombre d’agence en baisse, personnel en diminution, nombre de guichets ouverts en diminution, opacité des structures de rémunération de l’épargne, rétrécissement (actuellement ) du crédit.

Avez-vous aussi remarqué que si votre compte passe un jour dans le rouge, le taux d’intérêt que VOUS paierez sera, lui, de 16% parfois ??? Avez-vous vu le taux d’intérêt des prêts à tempérament ? Allons donc, il est quasi inepte de limiter ainsi le taux d’intérêt créditeur.

Il faut aussi savoir que les comptes promotionnels (les comptes internet à 4.25%) sont réservés aux particuliers. Propriétaire d’une société, je n’ai pas l’autorisation d’ouvrir un compte un tant soit plus rémunérateur pour la personne morale qu’est mon entreprise. Ce n’est pas faute de faire des pieds et des mains…. La réponse est identique partout : réservé aux particuliers. Mon entreprise doit donc se contenter d’un piètre 1.5%... Ou utiliser les « possibilités » des comptes à terme (ce qui signifie aussi bloquer les fonds). Et après ça on vous parlera de gestion en bon père de famille…

Complicité Etatique objectivable !

Mais j’accusais au début de cet articulet le gouvernement Belge d’aider, de supporter les grandes banques dans ce vol manifeste de l’argent de l’épargnant (dont on sait aujourd’hui ce qu’ils en font…) et dans la limitation de la concurrence.

Vous le savez, je suis un convaincu que la concurrence apporte innovation, qualité et baisse des prix. Vous savez aussi que pour certaines choses, je défends que la concurrence puisse être limitée. Dans la cadre qui nous occupe, je ne comprends pas pourquoi il faudrait limiter la concurrence entre les banques sur les taux d’intérêt des comptes épargnes ? Pourtant, c’est ce que l’Etat belge fait tout les jours en imposant un plafond à la rémunération de ceux-ci !

Cette limitation du taux d’intérêt empêche les petites banques oustiders (Kaupthing, DB, Rabobank etc) de proposer des taux plus attractifs pour grandir et attirer le chaland. En outre, cela nuit à la fameuse mobilité des capitaux. Quand je pense qu’il y avait, voici quelques temps encore, un projet pour réaliser la portabilité du compte en banque.

La complicité devient totale quand, au vu de ce qui précède, la réforme proposée par l’Etat vise à « stabiliser l’épargne » à l’heure des turbulences financières. L’immobilisme, vous le savez, n’a jamais été mon fort, et seul le changement est garantie d’évolution et de croissance. Mais le gouvernement belge vous prétendra le contraire.

En clair, l’Etat entend « éviter que les épargnants ne fasses de trop fréquents aller-retour entre banques ».

MAIS DE QUOI JE ME MÊLE ?

Si les majors bancaires rémunéraient convenablement l’épargne et respectaient un peu plus leurs clients, il n’y aurait pas besoin de loi pour limiter la mobilité pécuniaire ! Limiter la concurrence est le meilleur moyen d’empêcher le secteur de se renouveler et d’innover.

Le combat d’Yves Delacolette à la Deustche Bank est exemplaire à cet égard. Bien sur, il cherche à ce que sa banque connaisse une belle croissance. Mais il a surtout compris que le capitalisme, c’est une « collaboration », une « solidarité » (voir le billet sur la moralité du capitalisme) qui s’instaure de facto entre le client et le fournisseur.

Un client va chez un fournisseur parce qu’il est bien traité, le fournisseur traite bien son client pour le profit qu’il lui rapporte ! Ne le ferait-il pas qu’il se retrouverait comme nos majors bancaires en train de craindre que le client ne s’en aille et demandant une forme de protectionisme étatique.

En quoi consiste la réforme proposée ?

L’idée est de faire baisser le taux de base mais d’obliger les banque à fournir une prime de fidélité d’au moins égale à un quart du taux de base (vous suivez ?).

Comprenons le avec un petit calcul :
Aujourd’hui, un banque peut vous offrir 4,25% + 2% (en fait, ce sera 4,25 + 1% les 2% n’étant acquis qu’après six mois) soit 5.25%.
Demain, avec la géniale réforme, la taux de base diminue : 3,56% mais avec une prime de fidélité de (3.56*0.25= 0.89%... soit 0.445% vu qu’il faut six mois…) bref, maximum un petit 4%.
(si je ne me trompe pas hein...)

En outre, vous noterez que la réforme ferait probablement disparaître le taux d’accroissement (ce n’est pas mal pour la transparence mais vu que cette rémunération est loin d’être compensée…)

Le résultat d’une telle action ne peut qu’être une limitation de la concurrence et un immobilisation forcée de votre épargne. Les outsiders vont avoir un vrai problème pour se démarquer avec de telles contraintes légales.

C’est, et je cite le Trends, un comble au moment où le marché de l’épargne se réveille enfin.

La question à 2 milliards d’euro : en quoi l’Etat a-t-il intérêt à contrôler ce genre de prix, au détriment de ses citoyens ? Pourquoi l’Etat entend-il limiter la concurrence d’un secteur qui en manque déjà cruellement ? Pourquoi tolère-t-il l’opacité de la rémunération de l’épargne ?

Poser la question… c’est répondre à la question : où l’Etat ira-t-il chercher les milliards manquant des prochains budgets…

2 commentaires:

  1. Presque d'accord avec ce que vous écrivez.

    Une nuance tout de même: il s'agit du taux maximum pour profiter de l'absence du précompte libératoire.

    L'Etat considère donc qu'il faut encourager une forme d'épargne par rapport aux autres.
    Taux maximum des banques

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  2. Cher Anonyme,

    N'hésitez pas à vous dévoiler... ;;-)

    Je me permets de reprendre les conditions que vous avez retrouvées et vais les commenter:

    1. Ces intérêts sont exonérés jusqu'à un certain montant (en 2008: 1.630 €)
    Ceci est conforme au but avoué. Favorisez l'épargne des revenus modeste

    2. Les instruments utilisés ne peuvent être des comptes à vue, ni des comptes à terme.
    Je peux concevoir que le compte à vue n'entre pas en compte étant donné qu'il n'a pas pour but d'épargner, mais qui du compte à terme qui n'est ni un instrument spéculatif, ni un outil liquide comme le compte à vue...

    3. Le taux d'intérêt ne peut être supérieur au taux fixé par AR (depuis juillet 2008, 4.25%)
    la limitation n°1 à un montant fixe devrait suffire, le Trésor n'a rien à gagner, que du contraire, en limitant le taux d'intérêt. Le montant exonéré d'impôts lui garanti de ne pas être liée au montant de la rémunération du compte. Même mieux, un taux d'intérêt supérieur (ou libre) permet un perception plus rapide du précompte mobilier de 15% sur les parties non exonérées vu qu'on y parvitn plus vite...

    4. La banque doit prévoir une prime d'accroissement et une prime de fidélité. Ces deux primes ne peuvent se cumuler. Ces primes sont au maximum égales à 50% du taux de base...et sans minimum (le minimum que j'ai vu est 0,01 %)
    De fait, la Rabobank n'offre que 0.01% de prime de fidélité. L'avantage est que cela facilite la lecture et la comparaison des taux. Je suis contre l'existence de ces trois taux distincts sur les comptes épargnes! Le compte épargne était destiné aux revenus modestes (et donc sociologiquement souvent moins formée), il faut qu'il reste simple, lisible et comparable.
    Si les banques veulent faire joujou, qu'elles le fassent mais alors librement et sur des produits moins populaires...
    Mais bon.. comme c'est la meilleure source de financement stable des banques hein...


    Merci pour le lien!

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