lundi 6 octobre 2008

Agence de Notation ou Critique Facile...

La Libre m'apprend ce soir que la célèbre agence de notation Standard & Poor's a modifié la perspective associée à la note à long terme de BNP Paribas. Celle-ci passe de "stable" à "négative".

Fort bien... j'ai juste envie de dire : "la critique est facile mais l'art est difficile". Or, il se fait qu'ici l'art n'est point de prédire mais de faire.

Crise Septennale

Il faut d'abord et avant toute chose signaler que cette crise est un phénomène économique normal. Certains vont diront qu'avec plus de régulations ça n'arriverait pas, que le grand capitalisme est malade etc etc. Balivernes que cela, ce n'est pas le capitalisme qui est malade. Il ne peut pas, il n'est qu'un système, comme la gravitation est un système en physique newtonnienne. Vous conviendrez avec moi que personne n'a jamais dit que la gravitation était "malade".

Le problème, c'est l'être humain... L'être humain est, pardonnez-moi, moyennement bête, suroptimiste, orgueilleux et amnésique. Il est toujours persuadé d'être plus intelligent que son voisin, d'avoir trouvé la martingale et qu'au pire, il va se "refaire".

Ici, on pensait avoir découvert le moyen de faire une montagne d'argent avec des dettes... il y a sept ans, on croyait à la croissance infinie grâce à la nouvelle économie, on a joué avec l'immobilier comme on a joué avec les valeurs internet.

Nous sommes amnésiques car il y a sept ans, nous avions aussi tous les signaux dans le rouge, nous avions aussi des voix insistantes qui signalaient que nous avions une bulle qui allait éclater et nous ne les avons pas on plus écoutées...

L'être humain est ainsi fait qu'il causera des crises économiques tout les septennats, c'est inévitable.

La régulation?

Ne croyez pas qu'elle apportera une solution à nos problèmes de manière durable. Que n'avons nous entendu en 2001 : "Ca nous a servi de leçon!" "On ne nous y reprendra plus" "On va mettre des systèmes de contrôle en place" etc.

De fait, nous n'aurons probablement plus une crise dûe aux subprimes... mais nous aurons une autre sorte de crise, causée par une autre "martingale", par l'amnésie et la surdité de l'homme. Si d'aventure nous mettions en place un système régulatoire fort, trop fort oserais-je dire, proche de l'autoritarisme d'un état qui se voudrait "éclairé", nous n'aurons peut être pas de crise dans sept ans, mais nous ne connaîtrons pas non plus croissance, progrès ou innovation. Nous entrerons dans une société stagnante, dans le "non-changement"... or tout ce qui est immobile est appelé à mourir.

Agence de notation et amnésie

Mais, après cette disgression en réponse aux appels pressants à la régulations, revenons-en à notre agence de notation...

Reprenons donc la dépêche et commentons là.

Si les notes à long terme "AA+" et à court terme "A-1+" de BNP Paribas sont actuellement confirmées par Standard & Poor's car elles reflètent la solidité de son profil opérationnel et de son profil financier, elles pourraient être abaissées si l'intégration de Fortis présentait des difficultés inattendues et que BNP Paribas ne parvenait pas à rétablir la crédibilité de la marque Fortis, dit Standard & Poor's.

...Bravo... c'est subtil remarquez... Je traduis : votre fils a un bon bulletin, mais si il échouait à son prochain examen, il aura une mauvaise note. C'est ce que j'appelle de la non information. Ca ne m'apprends rien sauf que... BNP est solide (enfin, moi, je n'en suis pas sûr, voir mon précédent billet)
Selon l'agence de notation, la transaction opérée par BNP Paribas est conforme avec la stratégie du groupe sur le marché européen. Le nouveau groupe deviendra la première banque commerciale en Belgique et au Luxembourg. L'opération ne devrait avoir qu'un impact modéré sur le profil financier du groupe mais elle "présente des risques financiers et des risques d'exécution pour l'ensemble des acteurs du secteur bancaire", selon le communiqué de Standard & Poor's.
Notez que si un étudiant me remplit sa feuille d'examen comme ça, il ne risque pas d'obtenir A ... plutôt un F. Je n'apprends rien une fois de plus... sauf que ça va bien quoi.

"Il est essentiel que BNP Paribas rétablisse rapidement l'image de Fortis aux yeux des clients de ce dernier. Si BNP Paribas maintient de bons résultats ainsi qu'un profil de risque stable et que l'intégration de Fortis se déroule bien, la perspective pourrait être ramenée de "négative" à stable", conclut le communiqué.
Donc, dans tout le communiqué, on vous annonce que là, ça se passe bien... mais au final, on va quand même passer la perspective à négative... juste comme ça. Ce n'est pas pédagogique me semble-t-il et est la pire chose que le marché aurait pu entendre. Puis ptêtbien que, en fonction du vent et de la procréation des Iguanes en Terre Adélie, nous pourrions si, l'herbe pousse drue et verte, éventuellement et sous certaines conditions que nous ne pourrions vous préciser, penser à revoir la note à "stable". Je vais rester poli mais je ne vous cache pas qu'un gros juron encombre ma gorge...

Inconséquence, inconscience ou sabotage volontaire?

Ah... pour les gens qui ont envie d'entendre ces oiseaux de mauvais augures, je vous signale qu'un peu plus haut, je disais que l'homme est amnésique. Alors avant de les écouter, souvenez vous que c'est le même Standard & Poor's qui posait des ratings triple A sur les CDO, CDS et autre actions pourries liées aux subprimes!

Je me demande comment ils osent encore la ramener après le bourbier qu'ils ont participé à créer.

Aujourd'hui, tout le monde s'accorde à dire, qu'au niveau européen surtout, la crise est essentiellement une cirse de confiance. La confiance n'existant plus, nous arrivons à avoir des sociétés saines, j'insiste, des sociétés SAINES, qui partent en faillite (telle Lehman ou ... Dexia qui est en mauvaise postures). Lehman n'aurait JAMAIS du être mises en faillite. Mais le gel de ses liquidités pas JP Morgan au plus mauvais moment l'a précipitée au sol.

Aujourd'hui, Dexia est victime de rumeurs essentiellement. Fortis, aussi mal embarquée dans un fusion à laquelle je ne croyais pas, n'aurait pas pour autant du faire la culbute. Car leur fondamentaux et leurs capitalisations sont suffisantes. Le problème est que ces rumeurs sapent la confiance et que le système repose sur la confiance et sur la circulation d'argent.

L'annonce inconséquente de Standard & Poor's ne repose sur rien, nous venons de le montrer mais va amener le marché à paniquer plus encore. L'homme est bête et perd toute sa raison dans la panique actuelle. Je ne dis pas ici que BNP est sain (je pense que le marché français n'est pas encore contaminé mais pas plus que le nuage de Tchernobyl ne s'est arrêté aux frontières française, la crise leur tombera aussi dessus!). Si communication il doit y avoir, il faut qu'elle soit basée sur des faits et uniquement des faits. Sinon, le marché français tombera comme le belge.

A cet égard, les déclarations hollandaises à l'égard de Fortis comportent aussi une dose de responsabilité dans ce qui lui arrive.

Dernière hypothèse, affreuse mais réaliste s'il en est:

A qui profite le crime?

L'Etat Batave a mis la main sur ABN AMRO et sur Fortis à un prix défiant toute concurrence... Barclays a racheté Lehman pour une croute de pain... BNP récupère Fortis à moindre coût... Dexia est menacé tant et plus. Il y a quelques mois, une banque américaine en rachette une autre ... puis quintuple finalement le prix offert. Quel est le sens? Quelle réalité? Même une banque ne sait plus en chiffrer une autre? A la limite... mais entre 1 et 5... quelle énormité!

Je rappelle que nous sommes ici dans le cadre de rumeurs, de paniques, de surdité, d'émotions et non de faits... Si je regarde les faits, je m'apperçois qu'on est gentiment en train de redistribuer les cartes et les contrôles à moindre coûts, et sans le moindre droit de regards des actionnaires de ces sociétés (à cet égard, il semble que des actionnaires Fortis se réveillent et comptent lancer une procédure par le biais de Maitre Modrikamen)... Que les banques en questions disposaient de fondamentaux stables et corrects, en ligne en tout cas avec les attentes de solvabilité du monde bancaire. Elles étaient toutes peu touchées par les subprimes, en ce compris la banque américaine Lehman.

Dès lors, et devant ce faisceau de coïncidences, je m'interroge sur la réalité de la crise en Europe et sur le sens à donner aux différents annonces en cours. Cette crise est réelle car nous nous appercevons clairement du ralentissement de la circulation d'argent et l'augmentation des taux d'întérêts... mais les causes exactes me semblent peu claires.

Il faut appeler au calme, tout message doit être lu et relu trente fois avant d'être publié, il faut que cessent les rumeurs et les fausses vérités. Il faut que l'on conserve la tête froide et qu'on cesse de donner n'importe quel signe au public. Même si tout le monde s'extasie devant nos gouvernants au chevet des banques, je commence à penser que si la première action sur Fortis se justifiait, la suite ressemble furieusement à un jeu politique où l'on joue un mauvais jeu/calcul électoral, à se mettre en avant et à se faire mousser. Pour une fois que le "public" peut mettre la pile au "privé", pourquoi se retenir n'est ce pas? Mon avis est qu'au lieu de se faire mousser et jouer les donneurs de leçon à des sociétés saines, ils feraient mieux de s'occuper de la gestion d'un pays laissé à l'abandon depuis 16 mois...

Plutôt que de "sauver" les banques, on doit faire cesser les rumeurs et les actions à l'emporte pièce des gouvernements ou agence de notation qui détruisent plus la confiance qu'autre chose. Trop d'actions autour des banques mine la confiance... que le gouvernement se le tienne pour dit...

5 commentaires:

  1. Je partage entièrement ce point de vue (je ne dis pas "cette analyse", vu que je n'y connais pas grand chose).

    Cela dit, je suis positivement sidéré par l'émotivité et l'irrationalité dont font preuve une (beaucoup trop grande) majorité d'acteurs financiers.

    A les voir dans leurs manteaux en pure laine vierge, l'air important derrière leurs lunettes distinguées, les lèvres pincées (que Dieu nous garde de sourire jamais !) et, j'en jurerais, les fesses tellement serrées et si longtemps, qu'il n'est pas sûr qu'ils puissent laisser passer tout ce dont ils auraient besoin d'évacuer; on pourrait croire qu'ils ne soient que d'énormes cerveaux tout juste irrigués par ce qu'il faut de sang et de nutriments (aargh ! Vivement que la science nous procure - enfin ! - de quoi nous passer de ces choses vulgaires !) pour qu'ils puissent fonctionner aussi impeccablement que des ordinateurs, froids et parfaitement adiaphoriques à tout ce qui n'est pas chiffres...

    Eh bé non ! Sous ce vernis BCBG de robots sur pattes, ce ne sont que noeuds d'émotions te de pulsions en tous genres, de vrais chiens fous !
    Et c'est ça qui détient une (bonne) partie de notre devenir matériel ?
    Pauvres de nous...

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  2. "L'économie c'est 50% de statistiques et 50% de psychologie" Jacques Delors

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  3. Très beau billet.

    J'ai lu en diagonale.

    Je pensais faire un article dans ce sens. Comme a dit Peter Praet, la peur est mauvaise conseillère.

    Et puis le degré de "formation" des "petits porteurs" qui se laissent influencer par ce qu'ils entendent.

    Dans les carnets d'ordre de Fotis (B et A), plus de 4.300.000 d'actions sont offertes sans cours limite .

    Les acheteurs eux précisent une limite de 1.78 et de 1.85.

    Les vendeurs sont des non spécialistes et les acheteurs des spécialistes.

    Conclusion hâtive s'il en est, mais je ne vois pas comment on peut passer un ordre sans cours limites dans la situation actuelle.

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  4. J'ai du mal à plaindre les "petits actionnaires".
    De fait, ils ont été mal informé mais de fait aussi, ils ont tacitement approuvé la stratégie fortis

    Ma stratégie c'est: ne rien mettre dans ce que je ne comprends pas.
    Quand Fortis a annoncé qu'il particpait au rachat de ABN-AMRO, si j'avais eu une seule action, je la virais sur le champs.

    Quand l'AG vote à 94% pour cette fusion... et l'augmentation de capital...j'ai du mal à les plaindre.

    Alors action de bon père de famille ou pas, je suis d'accord que sur la fin actuelle ils sont en train de se faire raser par les gouvernements. Mais il n'en reste pas moins que ce sont des actions et que donc il y a un risque assorti.

    Si en prime, ils ne maîtrisent pas la gestion en bourse... ce qui est compréhensible, ils se font alors tondre par leur banquier en prime (qui passe lui même les ordres)...

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  5. @chaos theory

    Je partage ton point de vue. Une action reste une action et donc un placement à risque et donc je ne comprends pas très bien ce qu'ils espèrent avoir en retour de la part de l'état sachant que l'action ne valait plus que 5 euros avant que l'état n'intervienne la 1ère fois.

    Leur étonnement vient sans doute de la manière dont on leur a vendu ces actions ...

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