jeudi 9 octobre 2008

Ce n'est plus une crise de confiance!

Ca devient aujourd'hui de plus en plus clairement une crise spéculative...

... De fait, voici déjà quelques temps que je vous bassine avec une "crise de confiance"... Si ce fut le cas, j'ai tout doucement l'impression que nous sommes en train, depuis quelques semaines, de changer radicalement la nature réelle de cette crise. Et ce, pour des motifs bassement mercantiles. Décodage.

Les Origines.

Au commencement, nous avons la crise des "subprimes".
En cours, les banques américaines vendent des crédits à des gens qui ne sauront pas les rembourser.
On planque le tout via une titrisation. On fourgue le tout au marché. On assure le reste...
Arrive le jour où, bien sur, les preneurs de crédits ne peuvent plus rembourser.
Ce jour là, l'impact va toucher :
  • les banques américaines vu que les clients ne remboursent plus leurs dettes.
  • les assureurs (AIG) qui avaient assuré des risques mals évalués
  • les banques du reste du monde qui ont acquis les titres pourris.

Les banques américaines vont rencontrer un problème de liquidité et de solvabilité. Pas de secret, c'est la faillite sauf si l'Etat rachète ces banques.

Les banques du reste du monde (ou même les rares américaines qui n'ont pas trop misé sur les CDS, CDO et autres titres pourris) vont acter des moins values dans leurs comptes. L'impact se retrouve au niveau bilan (dû à cette satanée norme IFRS que je conteste depuis des années) et dans une diminution de fonds propres. Néanmoins... elles devraient pouvoir traverser cette crise!

Le Domino... spéculatif

Mais voilà... Si les banques américaines connaissent un problème de liquidité et... de solvabilité, la crise débarque quand même en Europe. Les différentes banques actent les moins values. Ca ne fait certes plaisir à personne certes mais l'ensemble est sain, nous sommes en bonnes positions pour traverser sans trop de heurts.

Il faut ensuite différencier les cas... car si tout le monde s'accorde sur l'origine... les conséquences n'ont pourtant pas la même origine...

Fortis et la confiance

Fortis s'est embourbée dans un rachat disproportionné comparé à sa taille. Sa grande erreur n'est pas tant le rachat que de l'avoir bouclé sans avoir bouclé son financement... Il lui restait plusieurs milliards à trouver quand la crise américaine éclate.

Devant l'incertitude et la méconnaissance des risques réels encourrus par chaque banque, la marché des liquidités s'asèchent, Fortis ne parvient plus à boucler le financement, c'est le début de la fin.

Crise de panique et de confiance, on ne prête plus à Fortis... qui achève bien tristement sa vie démantelée entre différent pays.

Mais est-ce bien là LA vraie et seule raison?

Dexia, KBC et les autres...victimes spéculatives

Si Dexia est touchée par le subprime via sa filiale FSA (héritée rappellons-le des... Français du Crédit Local, je préfère le rappeler vu que les Français accusent la Belgique dans la gestion...), il n'en reste pas moins que la société Dexia est saine.

Elle a un très solide ratio de solvabilité, contrairement à ses consoeurs américaines, elle recueille aussi les dépots, elle n'a pas investit dans les subprimes (sauf FSA et encore, c'est du rehaussement de crédit).

Malheur, Paulson décide de faire couler Lehman Brothers, elle victime de la crise de confiance. Les banques saines qui ont investit dans des produits de banques saines tel Lehman se retrouvent le bec dans l'eau. C'est le déclenchement de la guerre spéculative.

Car, et alors même que tout le monde crie "ayez confiance, Dexia est saine!", on lui coupe l'accès aux crédits...

Fortis, même si partiellement victime de l'ego de ses dirigeants et du manque de liquidité, de la "crise de confiance", je note que l'issue de son histoire n'est pas négative pour tout le monde. En vrac, ABN retourne en Hollande à moindre coûts, l'Etat hollandais rafle Fortis NL pour une croute de pain, l'Etat Belge fait une plus value potentielle de plus de 1 milliard d'euro et BNP rachète Fortis (sans la partie Toxique que l'on délaisse aux petits actionnaires!) pour à peu près rien...

...sans la partie toxique...

Et si donc, cette crise de confiance n'était là que pour légitimer des choses bien moins avouables? S'il y avait un agenda caché? Loin des théories du complot, le scénario est de plus en plus à envisager.

1. Crise de confiance? Non, crise spéculative!

Vous la voyez où vous la crise de confiance? Voyez-vous des files aux guichets des banques? De retraits massifs? Des émeutes pour récupérer de l'argent? Non. Il y a certes d'après mes informations plus de passages dans les agences, plus de retraits qui sont de toute façon recaser dans d'autres banques, mais de vraie panique? Non.

Qui panique? Le gouvernement belge quand il brade Fortis et accepte que l'on jette Miller comme un malpropre.

Bref, si crise de confiance il y a, elle n'est pas chez le particulier. Alors... les institutionnels? Ceux là même qui nous disent "N'ayez pas peur! La Banque machin est saine! La Banque truc est solvable"? Non... car ils ont raison... Mais... ils ne prêtent malgré tout plus leur argent...

Pourquoi? Par manque de confiance? J'aurais de moins en moins tendance à le penser. Aujourd'hui, mon hypothèse est de plus en plus que certains vont réaliser une remodelage complet du paysage bancaire à moindre coût!

Ce qu'ils n'ont pu obtenir par OPA, ils l'auront par l'assèchement du crédit! Comme aux bons vieux temps moyennageux, rien de tel qu'un bon siège, un bon blocus pour amener l'ennemi à céder...

2. Assainissement à peu de frais

L'objectif secondaire de l'opération est, après avoir récupéré la cible, de laisser les petits actionnaires avec la partie "toxique".

C'est l'étape la plus intéressante et la moins éthique du processus. On récupère les patie rentables en prenant en sus l'habit de "chevalier blanc" mais on éjècte toutes les crasses. Comme pour Fortis, on va laisser la partie "toxique", "pourrie", risquée aux petits actionnaires. Ces parties partiront probablement tôt ou tard en faillite. On va juste limiter les dégats en essayant de récupérer les créances qu'on peut. Le reste, ce sont les petits actionnaires qui en font les frais

C'est une manière crapuleuse de dire "vous êtes actionnaires, assumez le risque" alors même que les gros actionnaires institutionnels ne l'ont, eux, pas assumé. En somme, si vous êtes petits, démerdez-vous!

L'objectif n'est pas de sauver les petits actionnaires, l'objectif est d'assainir rapidement et à moindre coût le marché financier.

3. Terre d'essai?

A cet égard, la crise ne fait que commencer en Europe. Je pense qu'elle va durer 8 mois à un an maximum. La Belgique pourrait servir de ballon d'essais.

Je ne crierais donc pas victoire dans les autres pays... la pseudo crise de confiance, véritable crise spéculative n'en est qu'à ces début. Et les prêts massifs des Banques Centrales n'y changeront rien car les "spéculateurs" n'ont cure de la solvabilité des banques.

Par spéculateurs, il faut comprendre les autres banques qui ne prêtent plus aux autres, tout en les sachant saines, dans le seul but de faire leurs emplettes à moindre coût. Avec probablement la complicité des gouvernements qui le font dans le but, non avoué, d'assainir aussi rapidement que possible le marché financier.

Pour moi, la seule vraie victime de la crise de confiance est Lehman Brothers. Après, c'est le déclenchement d'une offensive massive sur les valeurs bancaire dans un but de restructurations du paysage.

Ce ne sont bien sur que pensées et conjectures personnelles... et votre avis, même contraire, est le bienvenu...

17 commentaires:

  1. Concernant la crise de confiance, je note surtout la crise de confiance vis à vis des gouvernants.

    Si j'en crois le blog crise2007, "Ainsi, et rien n’illustre mieux la profonde confiance que Roosevelt avait inspirée à la population, ce jour-là et les suivants, les citoyens américains déposèrent plus d’argent dans les banques qu’ils n’en retirèrent."

    Car s'il est possible qu'il y ait de la spéculation, cette spéculation n'est possible qu'avec une contrepartie.

    Par exemple le carnet d'ordre pour Fortis montre que plus de 4.000.000 d'actions (2.000 ordres) sont vendues sans limite de cours.

    Malgré les déclarations répétées, malgré les actions du gouvernement, les petits porteurs continuent à vendre leurs actions et peut-être que les clients des banques continuent à retirer leur argent.

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  2. Tiens, question :

    Comment se fait-il que le GDL ou la Suisse soient si peu touchés par le phénomène, voire pas du tout ?

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  3. @holocrate

    Pour la Suisse, c'est faux. Ca commence à se faire sentir. Des assureurs, banques et réassureurs ont plongé aujourd'hui à la bourse suisse. J'ai vu cela tout à l'heure au journal de la TSR. Ils croyaient eux aussi (comme le Canada d'ailleurs) que leur système bancaire était à l'abri. (vision nuage de Tchernobyl à la française).

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  4. La bourse Suisse dispose de deux index.
    le SMI (Swiss Market Index) et le SPI (Swiss Performance Index)...
    Le premier dévisse de 7,78% ce vendredi (pire que le Dax ou le CAC...)
    Le deuxième de 7,24%...
    Je ne suis pas sur que la Suisse ne soit pas touchée...
    Suis pas un connaisseur du pays mais je suppose que la baisse provient entre des valeurs bancaires...

    Pour le Luxembourg, je n'ai pas d'info... juste que le Lux est quand m^me monté dans Fortis... que la BIL c'est DEXIA... KBL c'est KBC... bref, je pense qu'on en parle moins tout nombriliste que nous sommes mais qu'il doit bien avoir des répercussions....

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  5. Moins 7% uniquement pour aujourd'hui ? Wow ! Les Suisses seraient-ils de simples humains comme nous, finalement ? :-D

    Cela dit, je reste quand même assez sidéré par le côté parfaitement irrationnel du comportement d'une masse de bonshommes : sont pas sensés être des calculettes sur pattes ? Savent pas bêtement attendre que ça passe ?
    Comprends pas...

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  6. dis donc Holo... depuis quand tu crois à l'homme "rationnel" toi?

    Plus simplement... rien ne dit que les traders ne jouent pas à la baisse...
    Rien ne dit que certains n'ont pas intérêt à diminuer la valeur des entreprises... pour les racheter à vil prix.
    ... si tu cherches sur le net, tu trouveras toute une série d'netreprises dont la valeur boursière et inférieure... à la valeur des batiments qui leur appartiennent... et qui ont des comptes dans le vert...

    ...puis derrière chaque vendeur... il y a encore un acheteur qui se dit qu'il fait une bonne affaire...
    ... irrationel... peut etre bien... mais pas stupide pour autant.

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  7. OK. L'irrationnel est en chacun de nous.
    Sauf que pour des gens sensés réfléchir un peu plus que la moyenne, on pourrait quand même s'attendre à ce qu'ils... réfléchissent un peu plus !
    Mais bon, OK.

    Néanmoins...

    Si la valeur baisse, c'est que l'offre est supérieure à la demande, non ?
    Et si la baisse s'accélère (comme cette semaine), ben c'est que l'offre est vraiment supérieure à la demande !
    Et tu ne vas pas me faire croire que tous ces vendeurs vendent à perte - parce qu'ils vendent quand même à perte, hein, nom di djâle ! - juste pour faire plaisir à des types planqués dans des coins sombres !

    Sinon, oui, je trouve aussi que c'est donner beaucoup trop d'importance à ce qui n'est jamais que du "virtuel", par rapport à la valeur réelle d'une entreprise.

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  8. Holo,
    Deux, trois cas de figures:

    1. On peut agir à découvert ou "shorter"... c'est à dire que je te vends à 10 maintenant, des actions que je n'ai pas...
    Beaucoup d'autres traders agissent en même temps...
    Mécaniquement, le cours baisse.
    Au plus bas, j'achète à disons 8.
    Je fais un bénéfice de 2...
    ==>Je pense que ce type d'opération est interdit sur les bancaire pour le moment. Comme je ne boursicote pas, j'aurais du mal à être plus précis.

    2. "Stop loss": ma banque a ordre de vendre si on passe un court limite à la baisse. Je limite ma perte

    3. "Plantage", je pensais qu'on ne descendrait pas plus bas, je vends et j'ai perdu...
    Aujord'hui, il y a beaucoup de gens qui achètent pensant que nous sommes au plus bas. Après, ils tentent de limiter la casse...

    Voilà mon explication. Je pense que Charles Bricman pourrait en dire plus. Il me semble plus fin connaisseur de la bourse...

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  9. Xavier, fallait liquider tes actions Fortis à l'annonce du rachat d'ABN AMRO hein... :-p

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  10. Chaos

    Oui, il "fallait" vendre à ce moment.

    Comme il "fallait acheter" d'autres à un autre moment.

    Mais je ne me plains pas de la chute du cours. Je me plains du fait que l'Etat fausse la marché.

    Si j'évalue à long terme, la bourse m'a rapporté beaucoup plus que les -1% à 1 % réels d'un carnet d'épargne.

    par exemple, j'ai acheté des SICAV chinoises à 250 dollars. J'en ai revendu un tiers après un an au ...triple du prix. Puis un peu après un autre tiers à 500 USD. Et enfin le troisième tiers à 150 USD.

    Pour 750 dollars, j'ai donc touché 1.400 dollars en deux ans.

    Bien sûr "il fallait" en acheter plus à 250 dollars. Bien sûr "il fallait en vendre plus" quand elles ont atteint près de 800 dollars.

    Ce que je veux dire, c'est que j'accepte les aléas de la bourse. Et que certains ne parlent que de leurs pertes et d'autres que de leurs bénéfices.

    Il faut voir cela sur le long terme.

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  11. Holocrate

    Qui est plus sensé?

    Ceux qui vendent ou ceux qui achètent?

    car il ne faut pas oublier que s'il y a une transaction, c'est qu'il y a un vendeur ET un acheteur.

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  12. Ben euh... ça dépend à quel moment, non ?
    Le plus sensé, ce n'est pas celui qui tire profit d'une situation ? C'est-à-dire celui qui achète quand les cours ont sensiblement baissé, soit maintenant ?

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  13. Question : serait-il insensé de revendre demain ce que nous avons acheté hier ? :-D

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  14. Euh... oui, c'était complètement insensé de revendre hier ce qui avait été acheté avant-hier.

    Je retourne de ce pas sous mon pont favori... :-)

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  15. ""Ces experts, payés chèrement, qui connaissent le système mondial mieux que quiconque ne pouvaient-ils pas envoyer des signaux?""

    Encore une preuve de la haute connaissance de notre camarade Elio.

    Je ne sais pas s'il a envoyé quelqu'un de son entourage au colloque de la BNB , mais il devrait au moins lire les "working papers".

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