jeudi 16 avril 2009

Juin 2009... comment exercer encore son droit démocratique?

Les élections Régionales et Européennes approchent... Nous avons demain à nouveau le droit de nous exprimer de manière démocratique.

D'aucun me connaissant sait que je ne trouve plus les élections organisées en Belgique comme étant démocratiques. Néanmoins, j'ai parfois la faiblesse de me dire que je bénéficie d'un droit dont tout le monde ne dispose pas... mais trente secondes après, je me dis que ce droit n'en est pas un, qu'il s'agit d'un devoir... mais non démocratique. Juste le devoir de valider des élections qui sont très loin d'être démocratique.

1. Composition des listes électorales...

Déjà en 2004, dans un article du Knack, Herman de Croo, futur ex-président de la Chambre, ancien ministre et dinosaure de la politique belge déclarait:



(...)Nous nous rappelons tous combien l'on a oeuvré pour l'abolition de ce (vilain) financement des partis, opaque et occulte. Plus de dons aux partis ! Finis les dîners de soutien ! Qu'advienne la pureté !

Et donc les pouvoirs publics devaient financer les partis.Je préside la Commission de contrôle. Et qu'y vois-je ? Certains partis employent 50 à 100 personnes, aux frais de la collectivité. Tout d'un coup, ces partis reçoivent un subside annuel d'un montant de 100, 120, 150 millions de francs (note : 1 € = 40,34 BEF)

Tout cela pour ne surtout pas être soumis à la tentation d'accepter l'argent des entreprises.

Et qui décide de l'allocation de tous ces moyens ?
La direction du parti ! Elle choisit les figures de proue, elle fait ou démolit qui elle veut.


Croyez-moi: en 1831, la Belgique comptait plus d'électeurs qu'aujourd'hui. En 1831 il y a avait à peu près 60.000 électeurs, tous des hommes de plus de 25 ans avec une certaine fortune.

Aujourd'hui, nous avons à peu près 400 électeurs - dans le meilleur des cas, 4.000. Ce sont les gens qui aujourd'hui, grâce aux moyens qu'ils ont reçus de l'état - donc de vous et moi - décident qui figure sur les listes électorales et à quelle place, et qui décident par conséquent qui sera élu.(...)

Interview de Herman De Croo, Président de la Chambre des représentants de Belgique, dans l'hebdomadaire Knack du 11 août 2004.


Aujourd'hui, les jeux sont faits avant même la moindre élection.

  • les présidents définissent qui a le droit de figurer sur les listes
  • selon la mathématique des règles électorales, on sait d'avance plus ou moins (à une ou deux places près selon les statistiques disponibles) qui aura un siège et qui n'en aura pas...
  • les présidents de partis "nomment" les ministres. Ceux ci peuvent être des personnes non-élues. Ce qui en soit n'est pas choquant, l'éxécutif n'est pas le législatif. Néanmoins, on peut parfois se poser la question de la capacité à être ministre... (exemple: ministre à 23 ans, ministre sans diplôme ou expérience etc)
  • les règles électorales, de subsidiation et de remboursement de dépenses électorales interdit de facto l'apparition de nouveaux partis...

Plus pervers encore, le passage au vote électronique interdit à un citoyen d'effectuer un vote nul... au mieux, vous pouvez faire un vote blanc. Le résultat n'est pas le même.. en effet, les votes blancs sont automatiquement attribués à la liste majoritaire.

Enfin... vous êtes obligés de voter... histoire de légitimer une élection qui n'est pas vraiment démocratique.

2. Je siège, moi non plus...

Auourd'hui, les élections Régionales, Européennes et Fédérales sont découplées. Déjà auparavant nous avions droit au cumul des mandats... aujourd'hui, vous êtes au Fédéral, élu au parlement ou au sénat, ou vous êtes ministre fédéral, président de parti, bourgmestre empêché et parlementaire... pas de soucis... vous pouvez encore vous présenter sur les listes Régionales et Européennes... sans fausse honte!

Cela s'appelle "tirer" la liste, "pousser" la liste, se "retrousser les manches pour le parti"... en clair, on se fiche ouvertement de votre gueule mais comme le ditsait Joelle Milquet dans une interview: "ce n'est pas de l'hypocrisie vu que je dis clairement que je ne siègerai pas"

Non, c'est sur, ce n'est pas hypocrite, mais tant qu'à ne pas siéger, il ne serait peut être pas utile d'occuper une place "en ordre utile", c'est à dire une place qui générera un mandat.

3. Fils et Filles de...

Je prends aujourd'hui connaissance d'un article de la Libre...
Un élu sur dix est fils ou fille d'un autre politique
Comme disait Pamina:

Soit sans doute le plus fort taux de reproduction génétique de l’intelligence et de la compétence, toutes professions confondues. Saluons la nature, qui est bien faite et nous permet ainsi dans le secret de l’isoloir, même si nous avons oublié nos lunettes et de nous informer des enjeux politiques, de cocher Wathelet(...), Michel(...), Ducarme(...), Daerden(...), Van Cauwenberghe(...), Collignon(...), Mathot(...), Defraigne(...), Lutgen(...), Lagendries(...), Clerfayt(...), Simonet(...)
Pour les (...) je vous suggère de les lire sur le blog de Pamina... ils valent leur pesant d'or.

Je ne dis pas qu'il est anormal que certains enfants pratiquent ou désirent pratiquer la profession de maman ou papa. Je pense même qu'il s'agit d'un magnifique homage e superbe reconnaissance. Je trouve juste que:
  • C'est quand même unique une telle hérédité dans les talents politiques et pas dans les autres professions
  • Certains ont fait la révolution pour empêcher la transmission héréditaires des charges officielles. La démocratie est sensée protéger du népotisme –le placement opportun des membres de la famille- en proposant sur des listes des candidats au suffrage universel. Là, nous nous trouvons avec 10% d’Elus fils d’Elus (au mieux...on atteint quand même 41,6% de "fils de" chez les ministres francophones!)
  • En rapport avec mon premier point, pour se retrouver en ordre et place utile, ou pour devenir ministre, il faut que l'on recoive le piston, blanc seing du président du parti. Bizarrement, certains "fils/filles de" le reçoivent à 19-25 ans alors que certains militants, capables et compétents n'auront jamais cette chance. Heureusement que Papa ou Maman ont assez de poids pour peser sur le président
4. Pratiques des élus...

Est-il utile de revenir sur les pratiques de nos élus, tout partis confondus?
Juste un rappel intéressant peut être:
-Les Logements Sociaux
-L'usage abusif des cartes essences
-Les cartes visa
-Scandales fiscaux divers... il faudra m'expliquer pourquoi le contribuable normal risque de ne pas s'en relever alors qu'un élu ne devra que régulariser l'impôt qu'il n'avait pas payé sans recevoir une amende.
-Les hopitaux volés qui retirent fort opportunément leurs plaintes
-Les consultations populaires dont on ne tient pas compte (les Récollets)
-Alors que les salaires de la populations sont mis à rudes épreuves, les élus conservent et augmentent rémunérations, défraiements, et autres facilités anti-chômage.
-Voyages somptuaires (california gates)
-Népotisme (vous connaissez les "non-procédures" de sélection du personnel du Parlement Wallon...dont la majorité sont des membres des familles de parlementaires ou de membres du personnel)
-Cumul de mandats
-Mise en place d'intercomunales d'intérêts très individuels
-...

Et quand des citoyens ou la presse s'en émeuvent, voici le genre de réponse que l'on entend:
Van Cauwenberghe (à propos du California Gate):
"ce voyage-ci est du même type que celui que le parlement wallon organise depuis 10 ans". Et le député wallon d'affirmer que "comme pour tous les autres voyages", une telle mission "cela apporte de la 'diplomatie parlementaire'. Nous avons été reçus au plus haut niveau dans tous les parlements. Les Flamands venaient de passer, les parlements se visitent les uns les autres".

José Happart (Caliornia Gate):
"(...)je n'ai pas l'habitude de considérer que les parlementaires sont redevables sur la place publique, devant des gens qui cherchent la confrontation", a-t-il lancé, avant de regretter l'anti-parlementarisme qui renaissait. "La machine s'est emballée. C'est les vacances de Pâques et il n'y avait rien à se mettre sous la dent. L'anti-parlementarisme latent a eu une occasion de revenir à la surface".

Le seul point sur lequel je parviens à être d'accord c'est concernant l'hypocrisie des autres parlementaires et présidents de parti qui ne se sont émus de la situation que parce que, pour une fois, celle-ci apparait dans la presse.

5. Un nouveau parti? Courant?

Nous l'avons vu au point 1... très difficile pour le sang neuf d'émerger, entre les "barons", les "filles/fils de" et les "people" (ex-journaliste entre autre), difficile de donner de la place "utile" à d'autres.

Alors... sur une nouvelle liste? Difficile avec les seuils élecoraux... sous 5% vous devrez tout financer vous même. Et plus vous êtes petits, moins vous recevez. Les partis sont financés par leur nombre d'électeurs... la machine s'alimente donc elle-même.. plus vous êtes gros, plus vous recevez de moyens pour "durer".
Donc, si en plus vous n'êtes pas connus, aucune chance d'émerger.

Et si vous êtes connus et compétents? Alors apparaît une autre pratique désagréable: reconnaître la compétence d'experts constitutionnels, d'économistes, de membre de la société civile mais ... les démolir (facile, il suffit de les traiter de populiste, poujadiste, extrémiste) dès qu'ils se piquent de se mêler de politique... surtout hors des structures traditionnelles...

Changer les règles du jeu...

La façon dont les liste sont établies doivent être revues. Je ne sais pas comment... mais il faut que les présidents perdent ce pouvoir absolu sur notre avenir. Il faut que de nouveaux partis puissent émerger et recevoir un financement pour pouvoir percer. On subsidie bien des entreprises en démarrage pour qu'elles survivent au moins le temps de prendre place sur le marché. On a connu plus mauvais usage des denier public non?

De même, la disparition du vote nul a capturé les votes des indécis qui sont forcés de voter blanc. Ou alors de voter pour l'un des extrêmes, mais qui n'apportera rien de bon. Il faudrait un sorte de "pré-scrutin" ou les listes seraient "validées". Par qui? Comment? Je ne sais pas, mais il faut quand même qu'un moment le citoyen puisse exprimer son ras le bol de certaines candidatures sans devoir pour autant voter extrême gauche-droite ou autre.

Autre pratique choquante, qui en partie empêche le sang neuf d'apparaitre et de s'exprimer, c'est cette espèce d'accumulation de candidatures à tous niveau, à toutes les assemblées...

Bien sûr, les grands stratèges des partis politiques assureront que "les autres" le font aussi et qu’à l’étranger, on pratique aussi ce genre d’ubiquité électorale. C’est regrettable. La règle devrait être celle-ci : on est candidat dans une seule assemblée; on siège là où on est élu. Et enfin, quand un ministre est candidat dans une autre assemblée que celle devant laquelle il est responsable, il démissionne.

Quant aux pratiques... ah... j'entends dire qu'il faut plus de règles... non, je ne le pense pas, il faut juste que les règles existantes soient appliquées et correctement appliquées. Il faut aussi que cesse cette pratique désagréable consistant à ce que dès que quelque chose est "illégal", le politique fasse tout pour modifier la loi pour rendre leur "magouille" légale.

Comment exercer notre droit démocratique?

Dès lors se pose la question... comment... Nous devons voter pour des listes sans sang neuf ou presque, quelque soit le parti...
Nous n'avons pas le choix car aucun autre parti ne parviens à émerger...
...
Alors... comment encore exercer notre droit démocratique... je ne sais pas... je m'inquiète... mais... ça ne change rien n'est pas?

3 commentaires:

  1. Belle synthèse digne d'un cours de Sciences Po. Vous mettez le doigt sur le mal wallon. Le scrutin à la proportionnelle et le vote obligatoire, outre qu'ils sont faits pour des moutons, sont les piliers de la particratie qui mine le pays tout entier.

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  2. J'aimerais savoir d'où vient cette légende urbaine qui veux que les votes blancs soient attribués à la liste majoritaire.
    En cherchant un tout petit peu, vous auriez pu trouver ce site officiel : http://webrrn.rrn.fgov.be/index.php?id=1351&no_cache=1#irfaq_a_3_66ebe qui répond à la question de savoir ce qu'il des votes blancs lorsque l'on vote de manière électronique : "Par ailleurs, les votes nuls et blancs ne sont attribués à aucun parti, ni à la majorité. Chaque parti n'obtient des sièges qu'en fonction des votes valables. Les votes blancs et nuls sont donc totalement séparés des votes valables et ne profitent à personne."
    Je pense que la confusion vient du fait que certains disent que ne pas voter, voter blanc ou nul renforce le parti majoritaire simplement par le fait que ces voix ne sont attribuées à personne, pas même à un parti d'opposition ou minoritaire.

    Lorsque le suffrage universel fut établi, il fut décidé de rendre le vote obligatoire.
    Certainement pas pour gâcher un dimanche des braves gens ni parce qu'ils seraient trop idiots que pour pouvoir décider par eux-mêmes, mais pour éviter qu'on empêche les électeurs de voter (essentiellement que les patrons empêchent leurs ouvriers de voter)
    Ceci est maintenant perçu comme une infantilisation de la population par ceux-là même qui considéraient alors cette obligation une avancée sociale. Drôle de retournement...

    Le système électoral belge est ainsi fait qu'aucune voix n'est perdue. C'est la raison pour laquelle les voix qu'un candidat reçoit en trop sont reportée sur le candidat suivant de la même liste et ainsi de suite jusqu'à épuisement (et je ne parle pas des voix accordées à un parti qui bénéficient à un autre par le jeu des apparentements) C'est pourquoi chaque parti place dans sa liste des faiseurs de voix afin de ratisser large.
    N'oublions pas non plus le vote en tête de liste qui entérine l'ordre des candidats.
    Voter nominativement pour un candidat est la seule manière de faire éventuellement élire quelqu'un qui ne serait pas en ordre utile.
    Quand vous dites que les présidents ont un pouvoir exorbitant, c'est parfaitement exact mais ils ne l'ont pas pris, il leur a été donné par la loi électorale.
    Donc la manière la plus simple de changer cela est de changer la loi électorale. Je ne suis pas très sur qu'on trouve un seul parlementaire pour défendre ce changement. Chacun d'entre eux peut devenir président de parti un jour...

    @François Collette
    Pourquoi le mal wallon ? La loi électorale est encore fédérale dans ses grandes il me semble. C'est la même chose en Flandre et à Bruxelles.
    La proportionnelle ?
    Je ne vois pas très bien en quoi le vote à la proportionnelle est fait pour les moutons.
    Avec un vote majoritaire, nous passerons de 4 partis à 2 partis et l'émergence de nouveaux partis serait encore plus compromise. Il suffit de voir l'état des Verts ou du Modem en France.

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  3. ...
    Merci pour ces précisions. Il est vrai que j'aurais pu vérifier la façon dont les votes blancs sont comptabilisés mais il est tout aussi vrai que j'étais persuadé que telle était la façon de les enregistrer...
    Mea culpa donc, et merci.

    Quant à la loi électorale... au final, même si ce ne sont pas les présidents de parti qui ont pris ce pouvoir... ce sont leurs affidés dans les différentes assemblées qui les ont votés... je trouve l'argumment consistant à dire, "on nous a donné ce pouvoir"... ou "c'est la loi" alors même qu'ils sont là pour les pondre et les voter est un peu triste.

    @François
    ...d'accord avec Ø... rien à voir avec le mal wallons. D'ailleurs un des seuls argumments (qui ne peut par ailleurs pas être érigé en défense) de José Happart qui est intéressant : on devrait savoir ce qui se passe dans les autres assemblées...

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