vendredi 12 juin 2009

Le coût d'un emploi "Vert"

Je dois dire que j'ai toujours maintenu depuis des années que la vague verte recelait un énorme potentiel d'emplois et permettrait, comme chaque bond technologique, de créer une masse importante d'emplois qualifiés ... ou moins qualifiés.

Une connaissance m'a par contre communiqué un article du WSJ qui parle justement de cette problématique... et qui tend à prouver le contraire...

Alors... que coûte réellement un emploi "Vert"?

Du Postulat à la réalité

Le Wall Street Journal s'est penché sur le cas de l'Espagne, pays souvent cité en exemple pour son avance rapide dans le domaine de l'énergie verte et pays dans lequel de nombreuses expérimentations et études sont menées.

Autant on parle d'énergie durable, autant, de plus en plus on le met en parallèle (moi y compris) avec la notion d'emplois durables, les nouveaux "Green Collars"... ces emplois liés à la nouvelle ère de croissance autant aujourd'hui, il en devient iconoclaste, politiquement incorrect d'oser mettre ces postulats en doute. Tout qui le ferait est d'ailleurs rapidement taxé de réactionnaire, de conservateur et pourquoi pas de pollueur en puissance.

Pourtant il s'agit bien de postulat, aucune étude ni aucune démonstration mathématique n'ayant pu démontrer la chose. Or, tout un chacun sait que si un postulat ne peut être démontré, tout cas démontrant par empirisme le contraire élimine ce postulat.

Le Cas espagnol: 1 emploi vert détruit 2.2 autres emplois?

Ce n'est pas le Wall Street Journal qui l'affirme mais une très sérieuse étude publiée par l'Universitad Rey Juan Carlos qui démontre que pour 1 emploi créé dans les énergies renouvelables, on détruit 2,2 emplois ailleurs dans l'économie.

Comment parviennent-ils à ce résultat?

Les auteurs de l'étude calculent que les emplois dans les industries productrices d'énergie solaire, eolienne ou hydraulique ont été massivement subsidiés pour un montant global excédant les 28.6 milliards d'euro. Par ailleurs, ce montant n'inclut pas les aides directes, pour construire les fermes électriques par exemple, car le gouvernement espagnol n'en aurait qu'une vague estimation (d'environ 1.1 milliard d'euro).

Ce montant de 28.6 milliards inclu uniquement l'accroissement de prix que les consommateurs ont été obligé de payer par l'inclusion obligatoire de ces énergies dans le réseau électrique.

Si d'aucun commentateur dira que par emploi vert créé, l'Espagne a détruit 2,2 emplois, l'étude parle, elle, de coût d'opportunité. Ce qui n'est pas pareil du tout!

Le coût d'opportunité

Le coût d'opportunité (ou coût d'option) désigne le coût d'une chose estimé en termes d'opportunités non-réalisées (et les avantages qui auraient pu être retirés de ces opportunités), ou encore la valeur de la meilleure option non-réalisée. Plus trivialement, c'est la mesure des avantages auxquels on renonce en affectant les ressources disponibles à un usage donné.

En français dans le texte, cela signifie que SI on n'avait PAS créé ces emplois verts, on aurait pu en créer 2,2 fois plus. C'est le prix que l'on paie pour avoir utilisé les resources de manière dite "non efficace" (voir le sophisme de la vitre brisée de Bastiat).

On reconnaitra que le raisonnement est pernicieux. Mal interprété, cela revient à aller dire à un "green collar" que le fait que l'on ait créé son emploi a détruit un peu plus de deux opportunités d'emplois. Qu'à cause de lui, 2 à 3 personnes au chômage ne trouveront pas d'emploi.

Mais pour pernicieux soit-il... le raisonnement n'est pas faux... sauf s'il revient a accuser l'employé vert qui, lui, a trouvé un emploi plutôt que d'inciter les 2 ou 3 chômeurs à trouver ou créer leur emploi, ou d'admettre que la création de cet emploi implique que l'on en détruit 2,2 ailleurs... et donc, non par la faute des personnes qui se trouvent au chômage.. mais par celle du gouvernement qui gère mal sa politique de subsides, alloue ces ressources de manière non optimale. On a connu pire bombe électorale d'après vous?

Et une...bulle...une!

Ce qui est aussi moins dit, c'est que cette politique de subsidiation massive conduit à créer une bulle qui finit par éclater (je vous fais un dessin? La crise actuelle, comme celle de 2001 ont été dûes à des bulles...)

Je signale d'ailleurs que l'on fait aujourd'hui la même chose en Belgique ou en France! C'est politiquement incorrect à signaler, mais depuis deux ans, les parcs éoliens déployés et à déployer ne rapporteront rien... ni économiquement, ni écologiquement. Cela rapportera finacièrement à ceux qui les ont déployés grâce aux énormes subsides reçus pour les installer. Mais les meilleurs emplacements, les plateaux venteux, sont déjà pris depuis longtemps. Avec la technologie actuelle, les nouveaux parcs éoliens coûteront plus chers à la collectivité qu'ils ne rapporteront.

De ce fait, coût d'opportunité, des subsides auraient pu être mieux dirigé, mais en plus, on crée une véritable bulle financière en faisant miroiter des revenus qui disparaitront avec les subsides...et les prix garantis... et une bulles d'emplois qui ne sont que le résultats de subsides et non d'une réalité économique.

Car les prix garantis, donc le coût direct à charge de la collectivité, implique une augmentation de tarifs pour garantir un prix minimum aux producteurs d'énergie verte!

En chiffre?

Sur 10 ans, un coût de près de 30 milliards dans les factures d'électricité.
La garantie d'un prix de 575% (oui, 575!) du prix du marché pour les petites fermes solaires et de 300% pour les plus gros producteurs d'énergie solaire.

Ce genre de garantie a, fatalement, eu pour résultat la mise en place de petites fermes solaires inefficaces (comme nos éoliennes belges...) tant sur les plans économiques qu'écologique d'ailleurs...mais qui rapportaient le plus de subsides!

En 2007, le Gouvernement Espagnol comprend ce qu'il se passe et décide de réorienter les subsides pour favoriser les plus gros producteurs plus efficaces. Mais malgré cela, les primes restent si généreuses que la situation ne change pas foncièrement... Mi-2007, le gouvernement espagnol donne un sursis d'un an au système de subsides avant de le changer drastiquement...pour les nouveaux entrants, les autres conservants les avantages concédés. Résultat... on n'a jamais tant construit d'installatione solaires que durant cette année! 83% de la capacité totale de l'Espagne a été déployée cette seule année!

2005 : la capacité en énergie solaire croit de 118%
2006 : 308%
2007 : 458%!
Entre 2004 et 2008 la capacité en énergie solaire à cru de 20.000%!
Si ça, ce n'est pas une bulle, il faudra me dire ce que c'est!

Conséquences...

La méthode espagnole pour définitivement régler ce problème a été d'imposer un quota de nouvelles constructions. Le résultat ne va pas être très long à se faire sentir et la douce euphorie de la croissance verte retombera comme un soufflé...

L'Espagne limitera dorénavant les nouvelles constructions à 15% du nombre installé en 2008... Or, la majorité (66%) des emplois verts créés (50.000) ne l'ont pas été dans l'énergie elle même mais ... dans la contruction et l'installation des infrastructures solaires.

Les conclusions de l'étude sont que le déploiement des énergies vertes ne fonctionne que par l'injections massives de subsides transférés de secteurs productifs vers ceux qui, comme les oligarques russes en leur temps, cherchent à s'enrichir rapidemment sur le dos de la communauté. Et ... le maintient de ces même jobs ne serait possible que par la mise en place de prix garantis au détriment des consommateurs...

Interrogations personnelles

Personnellement, je prends certaines précautions et pose certaines questions sans remettre pour autant en cause le contenu, intéressant, de cette étude

  • D'abord, je ne sais pas qui l'a financée et ça, c'est un des éléments qui doit permettre de juger de la pertinence des argumments...
  • Ensuite, si effectivement, cette politique d'injection massive de subsides cause une bulle qui va éclater (si ce n'est déjà en cours), on peut imaginer des variantes plus correctes et mieux orientées.
  • Sans cette "amorce" financière pourra-t-on obtenir la mise en place d'énergies vertes?
  • Sans cette mise en place d'infrastuctures, même inefficaces, peut-on faire avancer la technologie pour suffisamment l'affiner que pour qu'elle devienne rentable?
  • Pourrait-on être plus strict dans l'attribution des subsides de manière à ne financer que les installations avec un réel potentiel de rentabilité?

Peut être que poser ces questions c'est déjà y répondre... Ne devrait-on pas attendre que les technologies soient vraiment mures et prouvent leur efficacité que pour les déployer?

Aujourd'hui, en Brabant Wallon, de nouveaux projets voient le jour... ils ont les mêmes caractéristiques que celles décrites ci dessus et ne seront probablement pas rentables... ni écologiques. Il est normal de s'y opposer (même les Ecolos s'y opposent d'ailleurs). Seul les vrais projets démontrant une vraie rentabilité, écologique à tout le moins, devraient être acceptés.

A défaut, nous allons créer les prémisses d'une bulle verte qui éclatera dans quelques années aussi fort que la bulle internet de 2001... qui causa elle aussi la perte de nombreux emplois...

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