vendredi 19 juin 2009

Une réponse aux Producteurs de Lait... un "OPEL"

Je pense que la majorité d'entre nous a entendu l'appel criant de nos agriculteurs, dépassés par des prix du lait indécent: 22cent le litre alors même que le produire en coûte 40...

Qui ne serait touché par leur situation? Mais aussi ... qui en est responsable? Souvenez vous d'un article écrit voici 2 ans (...et un jour très exactement!) sur la Wal-Martisation de la société. La recherche permanente du low cost rend la plupart des consommateurs complices de cette situation.

Mais je ne peux pas me limiter à vous dire "tous coupables"... les producteurs le sont au moins tout autant, et la réponse qu'ils cherchent auprès des autorités européennes n'est pour moi, qu'un manque de responsabilisation et d'intelligence... ou plutôt, c'est très intelligent et c'est gagner deux fois... pendant que le consommateur paiera...3 fois.

Retour en Aout 2007

Août 2007, la situation était quelque peu différente... Pour rappel, nous vivions une première crise alimentaire. Les prix des céréales et matières premières flambent, on accuse les prix du pétrole et les bio-craburants.

Dans le même temps, vous souvenez vous des prix du lait et de ce qu'il se passait sur ce marché? Et bien pareil... les prix du lait grimpaient, la production n'était plus suffisante! Le journal français le Monde mentionnait même :

Des mesures pourraient être prises dès fin septembre. "Si les tensions persistent et si les industriels rencontrent des difficultés pour s'approvisionner dans de bonnes conditions, nous pourrions augmenter les quotas de production de lait en consultation avec l'ensemble des acteurs de la filière", affirme Eric Alain. De façon durable, le gouvernement peut augmenter de 0,5 % les quotas des producteurs français. Il peut aussi leur allouer provisoirement des quotas supplémentaires de 10 % à 15%. (...)

Deuxième pays producteur en Europe derrière l'Allemagne, la France compte 3,8 millions de vaches et 100 000 producteurs, mais ne réalise même plus le maximum du quota qui lui a été accordé par Bruxelles jusqu'en 2015. (...)

"Il manque un milliard de litres en Europe", résume un industriel. (...)
En cas de pénurie sur le marché européen, les industriels avaient l'habitude de se fournir sur le marché mondial. Mais ce dernier est lui-même confronté à un excès de demande, en raison de la hausse de la consommation dans les pays émergents.
Malgré les prévisions pessimistes et l'annonce d'augmentation de tarifs de 10% en fin 2007 et de 5% en 2008, il semble que le marché se soit complètement retourné (-30%) au point que les prix du lait n'ont jamais été aussi bas (à l'achat dans les laiteries).

Alors... la faute aux quotas? Justement non... mais à une diminution forte de la consommation couplée à une pression forte des centrales d'achats.

La réponse dans les quotas?

NON, NON, NON! Trois fois non. Car ici, le dindon de la farce c'est... le consommateur. Alors OUI, il serait normal que le prix du lait augmente légèrement en grandes surfaces... pour autant que cela permette de rémunérer NORMALEMENT les producteurs. Actuellement la marge prise par les distributeurs sur les produits laitiers semble totalement disproportionnées (mais personne n'en a la preuve vu l'opacité de la formation du prix).

Premières mesures basiques (au niveau européen)

On peut donc déjà envisager deux actions sans toucher aux quotas. D'abord, l'application de la loi qui interdit de vendre à perte! Ce qui obligerait les centrales d'achats à acheter à minima le lait au prix coûtant, et aux agriculteurs de ne pas perdre de l'argent. Celà implique aussi que les grandes surfaces cessent de se servir du lait comme produit d'appel. En effet, de forts soupçons de ventes à pertes existent au sujet des prix pratiqués par certaines grandes surfaces.

Deuxième mesure, légère augmentation du prix du lait en grande surface. Bien que produit de base, de première nécessité, le prix actuel du lait devient tout de même indécent...

Déjà, ces deux mesures doivent permettre de rétablir un tant soit peu les prix du lait et permettre aux agriculteurs de mieux vivre de leur travail.

Il faut aussi savoir qu'à ce stade, les quotas sont toujours en place... ils ne disparaîtront qu'en 2015. Entretemps, demander de remettre en place les quotas me semblent pour le moins malheureux. De plus, quand on limite la production... on garanti aussi une aide à l'agriculteur pour ce qu'il n'a pas le droit de produire... Donc, dans les deux mesures simples et évidentes, l'agriculteur commence à gagner trois choses : prix à l'ahcat, prix à la vente, aide sur quota.

La raison du refus de quotas

Je refuse les quotas car ils ne répondent en rien à la problématique qui existe. La crise de 2007 est là pour le démontrer. Une fois on produit trop, une fois on produit trop peu. Le système n'est pas très flexible.

Je m'oppose aux quotas car on déresponsabilise les agriculteurs. Parce que la PAC est déjà le premier budget européen et que généralement, justement, les aides en place ne vont pas sauver la "petite" agriculture, celle qui est vraiment menacée. Dans les différentes publications européennes, on s'apperçoit que les bénéficiaires principaux des aides européennes en matière d'agriculture sont justement les grandes exploitations qui du coup, bénéficient à la fois des économies d'échelles et des aides publiques. En résulte un dumping "subsidial". Ils peuvent écraser leur prix en dessous même de leurs coûts de prodution et faire du bénéfice grâce aux subsides.

Je m'oppose aux quotas car au lieu de s'organiser (comme on les voit capable de le faire en bloquant Bruxelles...) ils demandent à l'Europe de prendre des décisions et que les choses leur tombent toutes cuites dans la bouche (ok, je caricature un peu là, je ne perds bien sur pas de vue que c'est un métier extrêmement pénible et difficile).

Je m'oppose aux quotas car le pigeon dans l'histoire, c'est le consommateur... et on ne règle toujours pas l'abus de position dominante des Centrales d'achats.

La résultante de la mise en place de quotas est quadruple:
  • L'effet mécanique pur:
    ==>quota = moins de production
    ==>Moins de production=baisse de l'offre à demande constante
    ==>Augmentation prix à l'achat
  • L'effet induit:
    ==>Augmentation du prix à l'achat= justification d'augmentation du prix à le vente
    ==>Généralement, comme on a une justification, on en profite pour augmenter aussi la marge (ce qui ne bénéficie pas aux producteurs soit dit en passant)
    ==>Augmentation de prix triple!
  • L'effet européen:
    ==>Qui dit Quota dit limitation de le production
    ==>limitation légale de production alors que capacité existe = indemnisation pour quantité non produite
    ==>Indemnisation = budget en augmentation (ou coût d'opportunité sur d'autres filières!)
    ==>Soit augmentation de taxe soit autre filière pénalisée.
  • Déresponsabilisation des acteurs en place (proposition dans la section suivante)

En conséquence, je ne peux pas accepter que l'on vienne exiger, manu militari, la mise en place de quota qui ne sont en rien une réponse aux véritables problèmes des agriculteurs et qui sont :

  1. la baisse de la consommation (je cherche les chiffres officiels)
  2. le rôle des centrales d'achat
  3. une modernisation mal maitrisée

La réponse dans "l'OPEL"?

Petit clin d'oeil à l'automobile ici (qui n'est pas non plus à la fête ces temps ci.. et pour le même genre de problèmes de surcapacité d'ailleurs et de manque de responsabilisation des acteurs).

OPEL? Mais cèkoiça?

Simplement un acronyme de mon invention en référence à l'OPEP... Ce pourrait être "l'Organisation des Producteurs et Exportateurs de Lait" par exemple.

Vous me demanderez en quoi ils peuvent ainsi résoudre leurs problèmes...

Ce que moi j'ai vu dans Bruxelles, c'est une mobilisation européenne, c'est une mobilisation organisée et qui aurait pu avoir encore plus d'ampleur. Si localement les producteurs d'allient parfois en coopérative, pourquoi ne pourraient-ils pas s'organiser plus largement?

Je sais qu'on n'aime pas les acteurs dominants.. .mais si celà a pu être fait pour le Pétrole, pourquoi ne pourrait-il en être de même pour les producteurs de laits ou autres produits agricoles?

Nos petits acteurs sont bien confrontés à d'énormes centrales d'achat qui imposent leurs conditions non? Donc qui sont à tout le moins Dominantes si pas organisées en Cartel pour imposer leur prix d'achat! Bref, pour y répondre pourquoi pas des Centrales de Ventes, voire, au niveau Européen un OPEL?

Reprendre la maîtrise de son marché : centrales de vente

L'idée que je mets derrière, c'est un monde agricole qui rentre de plein pied dans le 21ème siècle et qui utilise l'économie de marché plutôt que la subisse. On ne sait pas toujours changer les règles, mais on peut se changer soi.

Si les producteurs s'allient au delà des petites coopératives et répondent aux Centrales d'Achat par des Centrales de Vente avec des vendeurs aguerris aux méthodes des multinationales, il commencent déjà à reprendre une certaine maitrise.

Si on vend 1.000litres, on n'est rien... si on en vend 1 Millions, on commence à pouvoir vendre à ses propres conditions. On commence à travailler avec des partenaires et non avec des dominateurs. On rééquilibre la donne.

Enfin, certains acteurs / producteurs dominants ont même le moyen d'imposer un prix de vente final ou a tout le moins de publier un prix recommandé ce qui limiterait la prise de marge indécente par les distributeurs...

Reprendre la maîtrise de son marché : contrôler sa production

Deuxième action sur un terme plus long, agir sur le marché de la production. Ce n'est rien faire d'autre qu'utiliser les règles du marché: si l'offre diminue, le prix augmente... L'OPEP organise elle même sa pénurie de Pétrole et maîtrise quelque peu la production... les producteurs agricoles peuvent faire de même! Ils veulent des quotas? Qu'ils les mettent eux même en place! Qu'ils organisent une forme de "pénurie".

On revient aux effets mécaniques d'une baisse de l'offre avec une demande constante, les prix augmentent. Si en plus ils s'organisent en Centrales de Vente, ils peuvent gagner deux fois:

  1. l'effet mécanique
  2. l'effet négociation

Responsabilisation

Bien sur, ce qui leur déplaît ce sera de perdre l'aide européenne qui va avec les quotas...

Ca m'a l'air évident. Pourtant, les agriculteurs (surtout les plus petits) sont des gens courageux, travailleurs, levés aux aurores et couchés à pas d'heure... ils ont les moyens de prendre leur destin en main.

Ils ont des syndicats? Ils ont montré qu'ils savent se mobiliser, ils peuvent aller plus loin.
Moi, j'en ai marre des syndicats donneurs de leçons à tout va mais qui n'ont jamais, eux, créé et géré une entreprise!

Qu'ils aillent au charbon et mettent en place les structures et organisations modernes qui permettent de répondre à une problématique moderne! Ils ne peuvent tout attendre de l'Europe et demander un soutien toujours croissant quand ils refusent leur part de travail.

Je refuse que l'on continue à mettre en place des solutions inéfficaces qui in fine mèneront à des situations aussi problématiques que l'état de l'automobile dans le monde. Les surcapicités et les demandes d'indemnisations pour limitation de capacité ne résolvent rien et incitent de plus, à organiser la surcapacité.

Réponse immédiate

Alors, que pour une fois, l'Europe donne une réponse claire et immédiate avec une mesure intelligente. Non, on ne touche pas aux quotas... mais

  1. on commence par demander la publication des marges réelles des distributeurs et intermédiaires de la filière, cette simple publication mènera à une autorégulation.
  2. interdiction d'acheter à perte aux producteurs (et mise en place de barrière d'entrée aux produits non européens pour éviter les dumping divers. la mondialisation oui, mais bien pensée)

Ensuite, d'ici à 2015 (fin des quotas) mise en place des structures modernes d'une sorte d'OPEL. Répondant aux besoins du marché par une offre adapatée via une responsabilisation et une auto-régulation du secteur.

Ne demande pas à l'Europe ce qu'elle peut faire pour toi... aide toi toi même!

7 commentaires:

  1. J'ai entendu que cela s'est fait au Canada. Les producteurs se sont ligués et imposent leur prix, ce qui a fait augmenter sérieusement le prix du lait là-bas vu l'imposition d'un prix minimum. Maintenant je ne suis pas certain que cela soit légal au niveau européen. L'OPEP si elle était européenne serait sans doute illégale car tout cartel ou entente sur les prix est illégal au sein de l'UE. Nous ne sommes pas à une contradiction près.

    Il y a aussi le problème du lait en tant que telle qui ne peut être jeté (illégal) mais on doit continuer à traire les vaches quand même. Ca ne se controle pas comme du pétrole donc la quantité est difficilement gérable à flux tendu ou il faut jouer sur des stocks. Mais quelque soit la solution, on doit traire une vache même s'il y a trop de lait en circulation. Ce n'est pas bon pour la vache de ne pas la traire.

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  2. Salut Guillaume,

    Je ne savais pas que ça se faisait au Canada, mais il y a moyen de mettre en place le systèùe de manière toute à fait légal.

    Il faut savoir que les laiteries et les récoltants n'ont pas de contrats écrits... ça, c'est pour le début, bienvenue au XXIème siècle.

    Ensuite, il suffit que les producteurs de lait vendent au plus offrant... il peuvent très bien mettre en place cette entreprise centralisatrice. En réalité, rien d'autre qu'une centrale de vente... ce n'ets pas un cartel (et c'est de la même manière que fonctionnent les grands magasins non?).

    Il n'y aurait pas d'entente sur les prix (comme dans la grande distribution...) mais vu le nombre réduits d'acteurs vendeurs, une position de négociation nettement meilleure.

    Je sais que l'on ne peut jeter le lait légalement... mais on n'est pas non plus obligé de le vendre... que prévoit la loi si le lait n'est pas vendu? Faut bien en faire quelque chose non. Il est clair que dans un premier temps, le bras de fer ne sera pas agréable, mais la situation actuelle dans laquelle il produisent à perte est elle meilleure?

    D'ailleurs, j'accepte une intervention de l'etat... pour interdire la vente à perte de manière effective... Pour rappel, ce n'est autorisé en Belgique qu'en période de soldes ou de liquidation.

    En attendant, je reste sur ma position: pas de quotas.
    Limite, l'imposition d'un prix minimum... mais je n'apprécierais pas qu'une fois de plus, ce soit l'Etat qui doive intervenir pour corriger des attitudes irresponsables...

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  3. Je rejoint Guillaume sur le fait qu'on ne peut comparer une méthode appliquée au pétrole et le lait...

    Outre le fait que du lait invendu pourrit sur place... ce qui n'est pas le cas du pétrole, les modalités de production sont elles aussi différentes :

    Ainsi, si l'OPEP décide de réduire sa production de pétrole, la Belgique ou l'Allemagne n'aura pas l'opportunité d'en produire...

    Mais si l'Europe (ou l'OPEL) réduit sa production, il ne fait aucun doute qu'au Brésil ou en Argentine, la production augmentera !

    Il faudrait donc mettre des barrières protectionnistes aux portes de l'Europe : mais comme tout est mondialisé, je doute que les partenaires des européens acceptent cette situation sans compensations dans un autre domaine !

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  4. Salut Anonyme,

    Bien que libéral, je reste convaincu qu’il faut une dose de "protectionisme". Entendons nous, non pas en dressant des barrière, mais en disant :

    les conditions sociales de production de votre pays ne sont pas compatibles avec notre éthique. Ce qu enous produisons coute plus cher mais c’est aussi parce que nous assurons un niveau de bien être.

    les conditions de production ne sont pas compatible avec nos standards de qualité...




    Puis, il faut se rendre compte qu’on peut toujours trouver moins cher... et ici, il n’est pas question de réelle concurrence mais de concurrence déloyale (d’où l’utilisation du mot "dumping")
    IL est facile de produire moins cher quand on ne met pas de sécurité sociale ou de sécurité alimentaire en place...
    Ou alors des méthodes.. douteuse (ex : poulets au chlore, boeuf aux hormones...)

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  5. Toutes des libérales sauf ma mère3 juillet 2009 à 10:49

    Bonjour Chaos,

    Permettez-moi de vous dire que, chez vous, vous êtes un libéral plus nuancé que chez notre ami himself.

    A mon humble, avis votre article fait quelques rappels très utiles (situation en 2007), souligne le rôle essentiel des quotas mais se heurte à quelques écueils quant aux solutions proposées.

    1°) D'abord, une mise au point technique. Aujourd'hui, si je suis producteur laitier, je suis soutenu par la puissance publique selon les modalités suivantes : soutien direct par hectare de surface agricole exploitée (prairies et céréales) - en fait une rente foncière - sous conditions agro-environnementales (éventuellement renforcée par contrat dans le cadre d'engagements environnementaux supplémentaires) et le cas échéant, subvention à l'investissement sous présentation de dossier. Vous mentionnez des compensations à la non-production… A ma connaissance, cela n'existe pas (ou plus).

    2°) Dans la gestion publique du marché du lait, les quotas jouent un rôle essentiel depuis 1986 (date à vérifier). Vous affirmez que les quotas déresponsabilisent les agriculteurs, Je pense au contraire que leur objet était de poser une contrainte nécessaire à cause du véritable facteur déresponsabilisant : la fixation de prix garantis par la PAC. La réforme de 1992 centrée sur l'abolition progressive des prix garantis visait la correction de cette impasse. Pour mémoire, des régulateurs de marché (stockage du lait en poudre, du beurre) ont joué un rôle important dans la gestion des quantités mais ce type de mesure demeure à l'état vestigial.

    3°) Enfin, la mise au point de Guillaume est parfaitement juste. Un OPEL n'est pas conforme à la réglementation européenne. L'idée n'est cependant pas absurde : l'Europe soutient dans une logique dérogatoire (!) le secteur le secteur des fruits et légumes en finançant les organisations de producteurs (OP) pour qu'elles remplissent des fonctions similaires à celles que vous préconisez pour le lait. Des syndicalistes agricoles français défendent d'ailleurs votre idée pour le lait (en fait leur idée) mais l'Europe (libérââââale) ne le souhaite pas. Pas de distorsion du marché par un cartel...

    4°) A propos des syndicalistes vous les enjoignez à aller au charbon en mettant en place les structures et organisations modernes qui permettent de répondre à une problématique moderne! En l'occurrence, ces syndicats sont des organisations patronales (représentée en France par les chambres d'agricultures reconnues comme corps consulaires). Observez qu'historiquement, nombre d'acheteurs/transformateurs de lait étaient à l'origine des coopératives créées par ces syndicats et petit à petit… walmartisation.

    5°) Et au risque de me contredire sur mon point 2°), l'idée d'une intervention publique sur la formation des prix ne devrait pas être rejetée par orthodoxie doctrinale.

    Reste un débat passionnant : la PAC, ce qu'elle est réellement ; ce qu'elle devrait être et ce qu'elle révèle sur la pensée économique.

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  6. Toutes des libérales sauf ma mère3 juillet 2009 à 10:50

    Bonjour Chaos,

    Permettez-moi de vous dire que, chez vous, vous êtes un libéral plus nuancé que chez notre ami himself.

    A mon humble, avis votre article fait quelques rappels très utiles (situation en 2007), souligne le rôle essentiel des quotas mais se heurte à quelques écueils quant aux solutions proposées.

    1°) D'abord, une mise au point technique. Aujourd'hui, si je suis producteur laitier, je suis soutenu par la puissance publique selon les modalités suivantes : soutien direct par hectare de surface agricole exploitée (prairies et céréales) - en fait une rente foncière - sous conditions agro-environnementales (éventuellement renforcée par contrat dans le cadre d'engagements environnementaux supplémentaires) et le cas échéant, subvention à l'investissement sous présentation de dossier. Vous mentionnez des compensations à la non-production… A ma connaissance, cela n'existe pas (ou plus).

    2°) Dans la gestion publique du marché du lait, les quotas jouent un rôle essentiel depuis 1986 (date à vérifier). Vous affirmez que les quotas déresponsabilisent les agriculteurs, Je pense au contraire que leur objet était de poser une contrainte nécessaire à cause du véritable facteur déresponsabilisant : la fixation de prix garantis par la PAC. La réforme de 1992 centrée sur l'abolition progressive des prix garantis visait la correction de cette impasse. Pour mémoire, des régulateurs de marché (stockage du lait en poudre, du beurre) ont joué un rôle important dans la gestion des quantités mais ce type de mesure demeure à l'état vestigial.

    3°) Enfin, la mise au point de Guillaume est parfaitement juste. Un OPEL n'est pas conforme à la réglementation européenne. L'idée n'est cependant pas absurde : l'Europe soutient dans une logique dérogatoire (!) le secteur le secteur des fruits et légumes en finançant les organisations de producteurs (OP) pour qu'elles remplissent des fonctions similaires à celles que vous préconisez pour le lait. Des syndicalistes agricoles français défendent d'ailleurs votre idée pour le lait (en fait leur idée) mais l'Europe (libérââââale) ne le souhaite pas. Pas de distorsion du marché par un cartel...

    4°) A propos des syndicalistes vous les enjoignez à aller au charbon en mettant en place les structures et organisations modernes qui permettent de répondre à une problématique moderne! En l'occurrence, ces syndicats sont des organisations patronales (représentée en France par les chambres d'agricultures reconnues comme corps consulaires). Observez qu'historiquement, nombre d'acheteurs/transformateurs de lait étaient à l'origine des coopératives créées par ces syndicats et petit à petit… walmartisation.

    5°) Et au risque de me contredire sur mon point 2°), l'idée d'une intervention publique sur la formation des prix ne devrait pas être rejetée par orthodoxie doctrinale.

    Reste un débat passionnant : la PAC, ce qu'elle est réellement ; ce qu'elle devrait être et ce qu'elle révèle sur la pensée économique.

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  7. Des points de vue intéressants mais aussi une approche du problème avec beaucoup d'a-priori qui embrume un peu le sujet.
    Toutes des libérales...apportent des éléments intéressants qui ne dénatureraient pas ton raisonnement.
    Les quotas te sont manifestement antipathiques : ils ont servi cependant à responsabiliser les producteurs (et les Etats) alors que la taxe de corresponsabilité qui les précédait ne le faisait pas du tout. De toute manière, ils sont morts ou en sursis mais ne jouent déjà plus leur rôle.
    Mais il faut imaginer une autre régulation que cette foutaise de régulation par le marché qui ne marche absolument pas avec ce genre de produits longs à produire et de péremption rapide (pour 75% des produits laitiers).
    Autre point, dans le monde, il y a une corrélation négative et nette entre prix à la production du lait et tarifs à la consommation? Les prix les plus bas aux consommateurs se trouvent là où l'organisation des producteurs et le soutien des pouvoirs publics a permis de maintenir un prix rémunérateur à la production, Canada, Europe vs Argentine, Brésil, N-Zélande, Australie. Ce n'est pas conforme aux modèles économiques courants. Mettons que ce soit l'exception laitière.
    Le problème aujourd'hui, c'est bien de savoir organiser la mise en marché. Tout aussi important, c'est de trouver les moyens de vivre sans cette gaine sclérosante et asphixiante de subventions qui faussent toutes les approches de la production, de l'industrie de transformation et du rapport contribuable/acheteur du consommateur.
    Bon vent!

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