jeudi 3 septembre 2009

En attendant l'inflation...et la reprise en 'W'

Petit retour sur la crise...

Pour rappel, nos économies sont donc en crise... Nous avons déjà parlé des subprimes et des causes potentielles... Pour contrecarrer au maximum les effets de la conjoncture, les gouvernements ont pris une série de mesures de soutien...

Et au plus je regarde les mesures prises, au plus je me pose la question de leur réelle efficacité... et du monitoring qui a accompagné ces mesures.

Pensons à la prime à la casse (au passage, les primes en Allemagne sont épuisées...) qui a, je pense, juste retardé l'effet de la crise. A ce sujet, quand les effets de la prime seront épuisés, et si vous avez toujours rêvé de votre berline Allemande, ce sera le moment de regarder, ça va être la grande braderie!

Puis souvenons nous des garanties aux banques... aujourd'hui tout le monde semble s'émouvoir qu'elles renouent avec les bénéfices. Rien d'anormal cependant, les banques ont acté leurs réductions de valeur... les banques européennes n'étaient pas si touchées. Le vrai problème qui s'est posé c'est le manque de confiance. Du coup, plus de prêts interbancaires très court termes et des banques qui ne peuvent alimenter le marché ni honorer leurs obligations. Ce n'est pas pour autant qu'elles étaient en mauvaise santé...

Je ne vais même pas vous parler de la lamentable affaire Fortis dont on a dit que la banque se mourrait alors que son ratio de solvabilité est un des plus solides en Europe... et ce , encore aujourd'hui.

La probablement pire solution (mais y en avait il une autre) c'est l'inondation massive de devises, le fait de faire tourner la planche à billet à tout va. Nous nous préparons une inflation carabinée et une nouvelle chute des bourses. Pour moi, nous aurons une reprise en W.

Et les robinets restent grands ouverts. Ainsi, le WSJ nous explique que
Jean-Claude Trichet, president of the European Central Bank, said Thursday that the significant contraction in the euro-zone economy has ended, but that the ECB will keep its money taps open to support a recovery.
(...)
Economists warn that failure to withdraw stimulus programs soon enough will speed a recovery-induced inflation surge. Pulling out too soon could stifle the recovery. The topic is at the top of the agenda for finance ministers from the Group of 20 leading industrial countries in London beginning Friday.

Mr. Trichet's message was that the ECB, at least, will continue injecting additional liquidity into the bank system to spur lending to households and businesses.

The ECB has offered abundant liquidity to the euro-zone banking system -- including €440 billion in 12-month funds at 1.0% earlier this year -- and a €60 billion facility for direct purchases of covered-bonds from banks


Si ça, ce n'est pas préparer une inflation...

Mais à côté de ça... n'y aurait-il pas pire? Oui...il y a pire, ce sont les mensonges diffusés à cet égard. Selon nos gouvernants, ça ne causera aucune inflation, tout est sous contrôle... C'est ça quoi, tout va très bien madame la Marquise.

Pourquoi une inflation?

Parce qu'on ne met pas autant d'argent en circulation sans en subir un moment les effets secondaires. Les politiques en place prétendent maitriser l'inflation à venir pourtant les autorités n'en feront rien. Elles ont même besoin de cette inflation.

Prenons le cas des Etats Unis (source Trends Tendances). En ce moment, les USA dépensent 185% de leurs recettes et s'acheminent vers un déficit de 13% de PIB. Pour clôturer leur budget, les américains doivent trouver 1.800 Mia de dollars... Et il ne pourront en emprunter que la moitié (en interne ou à l'étranger) .

Le reste? La planche à billet devra s'en charger et s'en charge déjà. Il existe différentes théories sur l'inflation (FTPL, Sargent et Wallace (politique budgétaire dominante), Sargent (Système Ricardien et non Ricardien), Begg et Haque (Dette publique), Woodford, Buiter etc etc) et si l'on compile les différentes approches, que l'on essaie d'en faire la synthèse en utilisant les données de la conjoncture, j'en arrive à la conclusion qu'on ne coupera pas à l'inflation. Et qu'à cet égard, ce ne serait pas mal de s'y préparer...

Qu'est ce que j'en retiens pour ma part dans la situation actuelle?
  1. les Etats se sont endettés bien au delà du raisonnable (et pas uniquement pour sauver les banques...ça, c'est le prétexte, à la vérité le sauvetage des banques devrait rapporter aux Etats... cessons d'agiter des épouvantails!)
  2. ils se sont partiellement financés sur les marchés, le reste est constitué de l'émission massive de devises
  3. je pense que nous sommes dans un système Ricardien, c'est à dire un système où les ménages anticipent les difficultés de l'Etat et s'attendent à une augmentation du niveau d'impôts. Donc dans cette perspective augmente leur niveau d'épargne, ce qui peut limiter la demande donc limiter la hausse des prix.
  4. certaines théories (Aiyagari & Gertler) prétendent que la dette n'est pas à rembourser mais représente une richesse nette des ménages, ce qui s'opposerait au point 3. Je conteste que ce soit une richesse nette. Cette dette doit être remboursée et nous nous en apercevons tous les jours en Belgique. Ce qui est intéressant c'est que dans leur article, ils tablent sur un partage équitable de la dette entre monnaie et obligation (ce qui semble être le cas aujourd'hui). On arrive au résultat que le niveau général des prix (donc l'inflation) dépend de la politique budgétaire...
Le résultat global est donc aujourd'hui, un endettement massif en devenir, des devises à profusions avec une planche à billet qui ne cesse d'émettre et, de l'épargne...

Première action discrète de la BCE : on maintient les taux bas. Le but des taux bas est de relancer l'activité et de mettre de l'argent (encore!) a disposition à bon marché, ce qui n'est pas répercuté par les banques aujourd'hui. Tant que les banques ne le répercuteront pas sur les marchés, inutile de rêver à un quelconque frémissement.

Deuxième action à venir : à mon avis est que les banques vont être forcées par les autorités publiques à répercuter les taux vers leurs clients (mais en conservant une marge qui permettra d'alimenter les budgets des gouvernements actionnaires de nos banques). Limite, les banques attendent juste d'avoir reconstitué leurs réserves, et elles s'y emploient croyez moi, pour commencer à répercuter les taux. Le gouvernement a besoin que la demande augmente... car celle-ci pourra causer l'inflation dont ils ont besoin pour diminuer leur dette.

A ce moment là, nous aurons un redémarrage de la consommation, et ce sera aussi le moment ou le niveau général des prix augmentera... mais ce n'est pas tout.

La Poule Mouillée

En dehors de l'aspect consommation, si on reprend les équations de Leeper, mon hypothèse de ménages Ricardiens et que l'on pose que nous sommes en situation de politique monétaire active et de politique budgétaire active...( aux objectifs par ailleurs opposés!)

Ceci est possible car nous avons deux autorités différentes qui tiennent chacune un des leviers et chacune à une mission, un objectif différent (Sargent & Wallace):
  • La BCE dont la mission est de contrôler l'inflation à un bas niveau
  • L'Etat dont la mission est de favoriser la production

Le premier résultat des équations de Leeper (Regime IV, pol. Mon. et Budg. active) est un modèle instable. Imaginons un choc permanent de la demande (démarré grâce à un taux d'intérêt faible). L'inflation est durablement plus élevée. Le taux d'intérêt réel est plus fort. La politique budgétaire ne réagit pas et la dette publique est explosive (le Trends du 08/09/2009 nous signale que nous nous orientons vers une dette publique à nouveau supérieur à 100%).

Je pose donc comme acquis que nous n'échapperons pas à l'inflation. Ce qui est plus inquiétant encore, c'est le "jeu de la poule mouillée" (voir théorie des jeux) qui est lentement en train de se dessiner.

Chaque autorité, l'Etat ou la Banque Centrale, suis sa propre logique et refuse de l'infléchir, ce qui amène à la catastrophe (la dérive de la dette publique). L'autorité qui cède permet d'éviter la catastrophe, mais doit accepter la domination de son partenaire.

On retrouve une configuration similaire si l'Etat et la Banque Centrale indépendante n'ont pas les mêmes objectifs en terme d'inflation, et donc de production: la Banque Centrale augmente le taux d'intérêt pour lutter contre l'inflation tandis que l'Etat augmente le déficit public pour relancer l'activité. Il en résulte, tant qu'aucun ne cède, une hausse continuelle du taux d'intérêt et du déficit public. (source, ww.CAIRN.info, La théorie budgétaire du niveau des prix, un
bilan critique, Revue d'économie Politique. pg 914
)

Nous nous retrouvons donc dans une situation qui risque bien de s'empirer malgré la relative embellie actuelle.

Et la reprise actuelle alors?

Il y a effectivement une embellie pour le moment sur le terrain économique. Je n'ai pas envie de jouer les Cassandre mais mon hypothèse actuelle est que nous sommes dans une configuration en W et que la crise n'a pas encore fini de purger les toxiques de nos économies.

La reprise actuelle s'explique par le fait que les entreprises ont cessé toute commande et fourniture vu la diminution de leur carnet de commande. Leurs stocks étant arrivé à leur limite, ils doivent les reconstituer ce qui explique partiellement du moins la reprise dans le secteur industriel.

Les bourses rebondissent aussi car les faibles taux offerts par les banques et les quelques bonnes nouvelles redrainent une partie de l'épargne vers le terrain des actions...

Néanmoins, les signaux inflationnistes et le probable relèvement des taux de la BCE et autres Fed à venir risquent bien de briser cette reprise ne reposant sur aucune vision long terme de nos économies et des entreprises qui les constituent. Aujourd'hui, on pare au plus pressé...

Nous n'avons pas encore trouvé la nouvelle technologie, le nouveau hype qui tirera de nouveau l'activité et recréera une bulle. Pardon? Vous imaginiez que les bulles c'était fini? Alors c'est ma prochaine mauvaise nouvelle, l'économie ne progresse que par le biais de bulles et de crises. Toute l'histoire de l'économie n'est faite que de cela. Et vouloir les éviter serait aussi la pire erreur que nous commettrions: adieu évolution et innovation. Le jeu est de sentir à temps quand ça va nous sauter au visage...

Alors que faire?

Comme toujours, diversifiez vos placements. Ce qui s'annonce n'est absolument pas réjouissant mais nécessaire (et ça nous fait une belle jambe, je sais...).

N'épargnez pas trop en liquidité, la valeur de votre argent va diminuer... les Obligations et Bon d'Etat même combat.. l'Etat compte dessus pour se financer à bon compte grâce à l'inflation. Ne refuser par une petite part de risque... mais les conseilleurs ne sont pas les payeurs n'est ce pas?

Tout concoure en tout cas à nous mener droit dans l'inflation et le déficit monumental. Bon courage...

4 commentaires:

  1. J'ai pas tout pigé mais au fond, ce que vous nous dites c'est que la meilleure chose à faire c'est de tout dépenser dans des valeurs sures, brique ou autre, acheter une bonne voiture qui durera 10 ans (plutot que d'attendre un an ou deux) qitte a s'endetter un peu ?

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  2. pour la brique, je reste assez circonspect pour ma part.
    Certaines études penchent pour une baisse pour les 5-10 prochaines années à cause du papy boom et du déficit démographique...

    Je plaiderais pour des actions et des matières premières comme l'or ou l'agro alimentaire ou les pétrolières...mais...je ne suis pas très calé en bourse... pour ça, je m'adresserais plutot à un spécialiste...

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  3. Ce qui etonne dans cette crise c'est qu'on en ressente si peu les effets. Et puis Van Rompuyt qui nous annonce 10 ans d'austerite, d'autres qui estime que dans deux ans elle sera derriere nous, certains qui nous disent meme qu'elle est finie. La derniere theorie nee en date, la crise en W. Au fond on a un peu l'impression que les analystes sont comme les meteorologues, ils appliquent des theories justes et verifiees mais il y a tellement de parametres qu'ils ne peuvent finalement pas etre predictifs. Un peu comme ces chercheurs en sciences fondamentales qui decouvrent des choses qui n'ont pas d'application immediate.

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  4. Je ne sais pas ce que vous faites dans la vie mais... la crise, beaucoup de gens la ressentent.

    J'ai un réseau assez étendu qui s'étend du secteur industriel au services en passant par les administrations...

    Nombre de connaissances freelance n'ont pas eu de reconduction de contrats, ou alors les négociations sur les tarifs sont extrêmement ardues.

    Nombre de connaissances employées ont du passer à 4/5...

    Pour les ouvriers, c'est du chômage économique. Les administrations commencent aussi à être placée en régime secs... et croyez moi... la facture de vos impôt, si vous travaillez, ne va pas tarder à augmenter...

    Quand à l'économie... ce n'est pas une science, tout au plus de la psychologie à mon sens. Le mode de fonctionnement des marchés et des agents économiques, le capitalisme tant décrié, n'est que le résultat de nos comportements psychologiques individuels... et c'est pour ça que malgé les crises et les tentative de planification, il ne pourra jamais etre détruit... le détriure c'est simplement détruire la psychologie et la liberté de l'être humain... donc, on l'encadre.

    Mais ce n'est pas une science... toutes les formules que l'on apprend en science eco nous permettent d'estimer et d'avoir une probabilité d'occurence... rien de plus.

    Et ceux qui disent le contraire... et bien ils auraient pu nous prévenir pour la crise et limite nous en donner le remède. ;-)
    Belle journée

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