lundi 22 février 2010

Disgression 3: Pension par redistribution... la très Officielle pyramide de Ponzi

Principe de la Pyramide de Ponzi

Est-il besoin de ré-expliquer le Principe de la Pyramide (ou Chaîne) de Ponzi? Pour ceux qui ont loupé un épisode, et en faisant bref:

Imaginons que quelqu'un propose un investissement à 100 % d'intérêts : vous lui donnez 10 euros, il vous en rend 20 au bout d'un an. Logiquement, et du moins, ce qu'il vous en dit, c'est qu'il a "créé" de la valeur, "créé" de la richesse en investissant cet argent dans une activité qui est très rentable.

En réalité, il vous rend vos 10 euro. Les 10 autres euro viennent de 6 nouveaux entrants dans le système. L'idée est que pour rémunérer l'investisseur x, on fasse entrer peu après 6 nouveaux investisseurs. (source du schéma: US Securities & Exchange Commision)

Ainsi, sur une ligne du temps, à l'année 0, je rentre dans la pyramide, je mets 10 euro.
Année +6mois, j'ai 6 personnes qui entrent : 6x10 euro
Annéé + 1 an: je reçois 10 euro d'intérêts. Les 50 autres servent à rémunérer d'autres participants et de "commission". Qui s'offusquera que le gestionnaire d'un fond aussi rentable se rémunère aussi bien?

Bien sur... avec un pareil système, on s'aperçoit qu'au 13eme niveau...nous dépassons la population mondiale, donc impossible à financer.  Le système est viable tant que la clientèle afflue, attirée en masse par les promesses financières (et d'autant plus tentantes que les premiers investisseurs sont satisfaits et font une formidable publicité au placement).

Le phénomène fait alors boule de neige, entretenu tant que l'argent rentre et permet de payer à 100 % les nouveaux investisseurs. L'organisateur prend une commission, bien compréhensible lorsque l'on voit les promesses qu'il fait, et qu'il tient. La chaîne peut durer tant que la demande suit la croissance exponentielle imposée par ce système, les clients arrivant par 6, 36, 216, etc. Lorsque la chaîne se coupe, la bulle éclate : tous les derniers investisseurs sont spoliés. Sont gagnants ceux qui ont quitté le navire à temps et, surtout, l'organisateur.

Le principe est donc tout bête: on ne capitalise pas, on redistribue aux primo investisseurs (ou non... ils n'ont en fait à la limite même pas du mettre le premier cent... la seul premier degré important, c'est la deuxième ligne...) ce qu'on engrange par l'arrivée des nouveaux entrants...


Maddoff...

Donc, voici peu, éclate un des plus grands scandales financiers de notre époque, le scandale Maddoff qui a appliqué savamment cette escroquerie quasi aussi vieille que les mathématiques. Sont tour de force aura d'avoir réussi à faire tenir le système pendant 48 ans...
L'homme d'affaires américain Bernard Madoff, président-fondateur d'une société d'investissements et très actif dans le NASD et NASDAQ, a créé un schéma de Ponzi qui a fonctionné pendant 48 ans, de 1960 à la crise financière de 2008. C'était un gérant de hedge fund qui promettait des retours sur investissements relativement élevés, de l'ordre de 8 à 12 % par an. Mais ce qui sortait le plus de l'ordinaire avec les performances qu'affichaient ses fonds était l'absence de retours négatifs sur de très longues périodes et une volatilité (l'équivalent du risque de l'investissement) très faible. Autre indice alarmant, à la clôture de chaque exercice, Madoff déclarait être liquide, c'est-à-dire détenir tous ses avoirs en liquidités, et ainsi ne publia jamais de relevés indiquant la quelconque possession de titres financiers. Enfin, les titres sur lesquels il disait investir, notamment des options sur indices, n'étaient pas assez liquides pour « absorber » les volumes qu'un fonds de la taille de celui de Madoff aurait engendré. L'utilisation de modèles mathématiques financiers, des clients réputés, des postes élevés dans l'administration, l'assuraient d'un prestige important. Lorsque de nombreux clients ont souhaité retirer leurs avoirs de sa société d'investissement lors de la crise financière de 2008, ils se rendirent compte que les caisses étaient vides et qu'ils avaient perdu tout leur argent. Avant son arrestation, Bernard Madoff gérait officiellement 17 milliards de dollars. (source Wikipedia)

Les Pensions ont largement précédé Maddoff...

Bien entendu, nous avons, suite à cette affaire, entendu pis que pendre sur le libéralisme, le capitalisme, et bla et bla et bla... Et pourtant... j'ai bien peu entendu que ce cher Maddoff n'a finalement que peu de mérite. Le seul qu'il ait est d'avoir tenu 48 ans, d'avoir réussi à passer à travers de multiples audits (et il faudra quand même qu'on m'explique comment ces audits étaient menés soit dit en passant) et d'avoir été un communicateur et marketeur génial... ok, ce n'est pas rien quand même quand on y pense.

Mais bon... encore une fois le système existe depuis longtemps. Ponzi c'est un arnaque qui date de 1921... Et qui depuis la deuxième guerre mondiale est même très officiellement appliquée par la majorité des pays européens... dans le plus grand silence et la plus grande ignorance des populations.

Nos systèmes de pensions sont en effet basées sur la redistribution et non la capitalisation. Ainsi, sous prétexte de "solidarité inter-générationnelle" ou de "droits acquis", les travailleurs d'hier (qui ont... ou n'ont pas cotisés... car à l'origine du système, les premiers bénéficiaires des pensions n'avaient jamais cotisés)  perçoivent une rente payée par les travailleurs d'aujourd'hui.

En effet, quand vous financez le système des retraites, vous n'épargnez pas pour vous même, l'argent perçu est intégralement redistribué au bénéficiaire de l'étage du dessus... ça vous rappelle quelque chose?
Ce système est évidemment performant tant que votre pyramide des âges et vos courbes démographiques produisent toujours plus de descendants. Non, quand vous cotisez pour votre retraite, cet argent n'est pas épargné!

Pire... dans nos civilisations européennes, le taux de natalité est aujourd'hui trop faible, le pourcentage de personnes âgées est en constante augmentation et l'espérance de vie ne cesse d'augmenter, la proportion d'actif ne cesse de baisser... en langage Ponzien, les étages du dessus ont un gros soucis à se faire, il n'y a plus assez d'entrants dans la pyramide! C'est encore pire pour les entrants actuels...il n'ont aucun espoir qu'un nombre d'entrants suffisants apparraisse. Les couches les plus basses de la pyramide investissent à fond perdu. On le sait... on le tait et on les oblige même à continuer à financer alors qu'eux n'auront rien. (voir les origines et l'évolution du système du Carhop... Intéressant car du même constat, il propose des solutions différentes, logiques de pas son orientation. Ici, mon propos n'est pas le futur du système mais le constat. Je constate qu'un niveau du constat au moins, nous sommes d'accord.)

La bulle est à la veille de l'éclatement. Et que nous dit-on? "Tout va très bien Madame la Marquise" et tout idée même de transition vers un système à capitalisation est rejeté au nom d'une pseudo solidarité. ...plus triste: ce problème n'est pas neuf, j'ai retrouvé des articles de presse de 1979 signalant le problème à venir. Oh, je sais, on me dira que la faillite est souvent annoncée mais ne s'est jamais produite. En attendant la pression sur les "financeurs" du système n'a cessé de croître.

Alors, oui, clairement, Maddoff est un escroc qui doit être condamné... mais au même titre que les Etats imprévoyants qui nous bercent de douces illusions et nous laissent entrevoir un Eden dont ne bénéficient que les étages supérieurs de la pyramide... et le gestionaire du fond (nos différentes autorités pléthoriques) ne l'oublions pas. 

3 commentaires:

  1. Billet interessant et un peu effrayant en meme temps. Suite a la lecture j'ai quelques petites questions:

    Tu dis que la capitalisation des pensions n'est pas stimule car ce n'est pas dans l'esprit solidaire mais est-ce que la creation du cadre legal du deuxieme pillier n'est-elle pas une confirmation que le 1er pillier est en effet deficitair?

    Quid garantir le 2eme pillier par obliger de reserver x% de son salaire en plus? Est-ce que cela serait une "solution" et comment la garantir pour ceux qui sont moins aises? Il y a la proposition du SP.a d'integrer les deux pilliers mais je suppose que cela serait un pas en arriere.

    Quid les pensions en secteur public > < prive?

    Merci!
    C.

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  2. oups. Si nous allions boire une bière? je ne suis pas sûre d'en avoir encore les moyen à ma pension...

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  3. @kattebel :

    La capitalisation des pensions est vivement encouragée pour qui possède un peu de bon sens économique. Je précise que, jusqu'ici, les fonctionnaires et les élus du peuple ont toujours favorisé la capitalisation, au détriment de la répartition, qu'ils savent vouée à la faillite.
    On en est arrivés au point que l'administration des Pensions elle-même recommande aux fonctionnaires de délaisser leur caisse actuelle (capitalisation), pour contribuer... au trou de la répartition (directive Daerden envoyée aux Villes et communes).
    Bref, tout le monde se dirige dans le mur, et seule la capitalisation intégrale permettra à chacun de vivre ses vieux jours comme il l'entend. Une vingtaine de pays appliquent ce système actuellement, et aucun pensionné ne se plaint. Seulement, la transition sera extrêmement douloureuse. Je n'aimerais pas travailler pour l'Etat au cours des années qui viennent...
    Pour la différence secteur public vs secteur privé, inutile de se demander lequel est le plus favorisé. Echevin huit ans dans une ville de 60.000 hab. = 1.100 euros NETS de pension, cumulables évidemment avec tout le reste.
    Le pire, c'est que les politiciens savent (depuis les années 80 et le retournement démographique) que le système fonce dans le mur. Rassurez-toi : certains ont assuré leurs arrières...

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