vendredi 5 février 2010

Grèce: un scénario crédible?

Ce jeudi 5 février, le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn suggérait aux pays de la zone euro "d'aider d'une façon ou d'une autre" la Grèce pour qu'elle surmonte ses problèmes.

Comparaison n'est pas raison... mais...

D'une façon ou d'une autre... et si la meilleure solution consistait à considérer que ne pas aider la Grèce était une véritable option?
Si on considérait que la Grèce ne représentait pas un risque systémique?
Que, par contre, l'aider ferait peser un poids trop lourd à une Europe toujours fragilisée par ses dernières intégrations?

Si on considérait que l'Europe, comme ces banques qui ont vu trop grand, a racheté trop de petites banques trop fragiles...et que certaines étaient même sur-gonflées de subprimes?
Maintenant, observons ce qu'ont fait les banques pour sauver le système? Ils ont provisionné des pertes et éliminés autant de branches pourries qu'ils ont pu. Ils ont constitués des fond d'actifs toxiques qu'ils ont vendu sur le marché. Le marché, en toute connaissance de cause, a acheté ses fonds misant qu'ils pourraient en retirer malgré tout plus que leur prix d'achat.

A ce compte, l'Europe prend un énorme risque en voulant sauver la Grèce à tout prix. L'Europe entame quasi le combat wallon pour la sidérurgie dans les années 80. Ca ne sert à rien... pire, ça risque bien de mettre tout le système en péril! Pire... ce sont les règles édictées par cette même Europe qui vont condamner la Grèce.

Car les engagements pris dans les différents traités instituant l'Union Européenne et l'Euro privent de facto l'Europe et les pays européens des outils classiques pour lutter contre la crise qui nous touche. On se prive, officiellement du moins, des armes monétaires et budgétaires... même l'outil inflationniste devrait rester limité. Je reviendrai sur ces points dans un futur post (promis, je ne tarderai plus deux mois la prochaine fois.) Les traités signés interdisent même explicitement à l'Europe de renflouer les dettes d'un des ses pays membres.

Et la Grèce, en ce moment, nous fait une partie de poker... elle pense que l'Europe ne la laissera pas tomber donc elle ne fait rien pour réellement s'améliorer. On n'a pas vraiment le choix... si on veut rester crédible nous devons désavouer la Grèce, la laisser tomber. Elle n'est pas systémique et servirait d'exemple pour tout pays membre tenté d'abuser de la faiblesse de la Commission et d'abuser de la solidarité des 26 autres membres.
Alors pourquoi sauver la Grèce? D'abord, ce ne serait pas "éducatif"... mais en sus, nous n'en avons plus les moyens. Avec quels fonds? L'Europe n'est pas encore à genoux mais demander aux pays, qui rament tous aujourd'hui avec des déficits, d'aller en plus aider ce membre à l'agonie. Quelles solutions? Creuser toujours plus les déficits? Nous porter garant de la dette grecque? Tenter de faire baisser le rating de la Grèce pour qu'elle puisse emprunter à meilleur prix?

Et si on laissait tomber la Grèce tout simplement?

Comme on a laissé tomber énormément de banques. C'est une chose qui est d'ailleurs peu connue en Europe mais outre Atlantique, on n'a sauvé que les banques systémiques (et on pense mettre en place des règles pour les éclater en plus petites entités non systémiques ou re-séparer leurs activités d'investissement de leurs activités collecte de l'épargne - prêt) et un bon nombre de banques ont fait la culbute (124 faillites bancaires à la fin Novembre 2009) ou ont été rachetées...

Le scénario? L'Europe déclare qu'elle ne peut supporter la Grèce. Scénario que les marchés semblent d'ailleurs utilisé cette hypothèse ces derniers jours malgré les appels rassurant de la BCE et du FMI.

La Grèce doit trouver à court terme 40 Milliards d'Euro et rien que pour l'année 2010...58 Milliards d'Euro. Qui va pouvoir lui avancer ses fonds? Aujourd'hui l'Europe semble être prête à participer mais à priori, le seul choix qui s'offre aux hellènes est le financement sur les marchés internationaux. Hors, nos voisins méditerranéens ont un rating de junk bond ou presque. Autant dire que tout prêt ne leur est accordé qu'avec un taux d'intérêt à la limite de l'usure vu le risque de faillite patent. (ces différences de taux d'intérêts pour des pays sensés être une union politique-économique et monétaire sont d'ailleurs très intéressant, j'y reviendrai prochainement aussi).

Les signaux actuels du marché montrent aussi que les acteurs financiers ne croient pas dans la mise sous tutelle de Bruxelles des pays du Club Med (que je préfère personnellement à PIGS... dont je pense aussi que, par exemple, l'Espagne n'y a pas sa place). Nos investisseurs ne pensent pas que la Commission oserait annuler un plan budgétaire d'un de ces pays si ce plan s'avérait inadéquat, il ne pense pas que la tutelle sera réellement effective. La BCE ne veut pas déstabiliser l'ensemble du système donc ne bougera pas pour la seule Grèce. Le FMI préfère une solution européenne à une solution de prise en main par le FMI. A plus d'un titre, j'avoue que si le FMI devait s'en mêler, l'Union Européenne s'en trouverait tellement décrédibilisée qu'on pourrait se demander si elle s'en relèverait.

Qui pour acheter la dette grecque alors?

Alors? Alors... il reste un acteur majeur qui s'offrirait bien une tête de pont en Europe... et ce sont nos meilleurs ennemis les chinois... Avouons d'ailleurs que nous sommes en train de fabriquer nous même les balles qui serviront à nous exécuter mais passons, c'est une autre histoire.

Ce sont d'ailleurs les Grecs qui ont discrètement sollicité nos amis chinois fin janvier pour que ceux ci achètent pour 25 Milliards d'Euro d'obligations (à un taux de 6,1%...). Les Chinois ont, officiellement, refusé mais acquerraient quand même une petite dizaine de Milliards discrètement. Ce refus chinois a d'ailleurs alimenté les spéculations sur le marché sur une possible sortie de la Grèce de la zone euro (ce que je prône personnellement)..

Pourquoi la Chine le ferait? Simplement parce que nous sommes entrés discrètement mais sûrement dans une nouvelle ère de guerre froide... certes discrète mais ou deux blocs sont face à face et posent leurs zones d'influences. La Chine face aux pays Occidentaux (USA/UE). La Chine qui est en train de doucement étendre sa zone d'influence, voire de contrôle, sur l'Afrique verrait d'un bon œil une porte d'entrée sur l'Europe...

Politique fiction

Tout ceci n'est bien sur que politique fiction à ce stade. Je suppute néanmoins à titre personnel que ce scénario est crédible. Aujourd'hui, l'Europe essaie de ne pas perdre la face. Demain, elle n'aura plus la force de porter le masque...

L'Europe abandonnera la Grèce...
La Chine achètera la dette grecque (comme elle le fait avec les USA....prenant doucement mais sûrement un grand contrôle économique et financier sur ce pays).

Ensuite... la Grèce quittera l'euro...
Ensuite... ensuite, je vais réfléchir à la suite potentielle de l'histoire... voyons déjà si mes prédictions se réaliseront dans les 2 ans à venir...

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