jeudi 9 juin 2011

De l’importance des élections…

Happy Birthday to you
"Happy birthday to you, et hop un bourre pif en pleine paix, mais il est fou ce mec !" Bernard Blier dans les Tontons Flingueurs
Alors que nous approchons l’anniversaire des élections fédérales, tout Belge a pu remarquer que nous ne disposons toujours pas d’un gouvernement de plein exercice. Nous en sommes même très loin si nous pouvons en croire ce que nous lisons et entendons. Les négociations gouvernementales patinent. Elles s’enlisent, s’embourbent, sont au fond de l’ornière que nos politiques ont creusée depuis les années septante et qui nous sert aujourd’hui de tranchée séparant les deux grandes communautés de ce pays. Dans quatre jours, le 13 juin, cela fera un an que le citoyen belge a été voter. Une année que nous avons donné le mandat clair et habituel d’une élection : faites un accord de gouvernement correspondant aux programmes pour lesquels vous avez été élus.
Las, et je ne vais pas m’étendre sur la genèse de ce "non-gouvernement" (#NoGov), il fallait, parait il, d’abord trouver un accord communautaire, pardon institutionnel (tout de suite, ça en jette, ça fait tellement plus sérieux non de dire "institutionnel" plutôt que "communautaire".
Communautaire, tout de suite, ça fait petit, ça fait mesquin, égoïste, refermé sur soi…non, on va garder le mot "communautaire" pour les citoyens issus de l’immigration, nous on fait de "l’institutionnel").
Autant vous dire que mes contacts à l’étranger ne manquent pas de me signaler qu’on a vraiment des problèmes de luxe dans ce petit pays stupide qui a pourtant un tel potentiel de richesse et d’être le modèle d’une Europe fédérale. Ils me disent problèmes de luxe pour ne pas nous traiter de têtes de cons mais je m’éloigne de mon sujet et je deviens vulgaire.
Toujours est-il que ça n’avance pas. Pire, on a réussi à creuser un fossé encore plus grand qu’espéré par nos nationalistes (ah oui…il faut dire "nationaliste", ça fait plus sérieux et moins mesquin, égoiste ou fermé que "régionaliste". Régionaliste, tout de suite, ça fait un peu tête de con, oups, pardon, j’ai récidivé). On se retrouve donc comme en 14-18, au milieu de nos tranchées avec un mur de chicon et on se balance des patates communautaires à la figure. Guerre de position mais guerre quand même. De plus, jusqu’à récemment, nous n’avons abordé que le volet institutionnel des négociations. Entre le PS très fédéraliste et la NVA très séparatiste, fatalement, ça n’aboutit pas. Il nous restera après, pour autant qu’on arrive à l’après négociation institutionnelle un jour, à ficeler un accord socio-économique…et là, entre le PS très socialo-communiste et la NVA très libérale, vous imaginez bien qu’un accord fait partie d’un scénario de politique fiction tellement poussé que la "Guerre des Mondes" à côté c’est du pipi du chat.

Et si on n'aboutit pas?
Il m’arrive de plus en plus souvent de lire dans les journaux, venant de journalistes comme de politiciens : « si nous ne parvenons pas à un accord, nous avons deux solutions. La première c’est de retourner aux urnes (funéraires, ça fera un enterrement de première classe tiens), la deuxième est d’étendre les pouvoirs du gouvernement en affaires stagnantes courantes »
On nous dit aussi : « La première solution est mauvaise car elle ne fera que renforcer les acteurs actuels et radicaliser leurs positions (bienvenue dans le lisier belgo-belge) et donc n’aboutira pas plus à un accord qu’aujourd’hui. »
Reste donc la deuxième solution qui consisterait à étendre le mandat d’un gouvernement en affaires courantes… et là, clairement, les régionalistes auront gagné. C'est aussi évident qu'un pavé de Bruxelles au milieu d'une plage de sable fin.
D’abord, parce que la majorité gouvernementale en place ne représente absolument plus la majorité parlementaire. Le gouvernement évoluerait donc au gré des motions de confiance alternatives que des alliances parlementaires variables pourraient leur voter. Aujourd’hui, et comptez bien que je trouve cela heureux, le Parlement Belge est délié de la contrainte des accords de majorités. Notre Chambre des Représentants vote actuellement des lois avec des majorités qui se forment et se déforment au grés des thèmes abordés. Permettez moi de m’en réjouir, au final, l’organe le plus démocratique de nos institutions, à priori, c’est la Chambre.
Il n’en reste pas moins que sans élections, pas d’accord de majorité, et sans accord de majorité, pas de gouvernement de plein exercice.
On confierait donc mandat au Gouvernement existant, ne représentant lui pas de majorité élue.
Mais…on ne revoterait pas car "cela renforcerait les acteurs du blocage déjà en place et ne changerait pas les choses". [en même temps, Colluche disait que si les élections servaient réellement à quelque chose, on les aurait interdites depuis longtemps]. C’est tout de même faire bien peu de cas de la voix des électeurs. Voire de leur intelligence. Qui nous dit que, lassés de ce cirque, nous ne voterions pas différemment ? [je sais, je suis un doux rêveur parfois] Les sondages ? Ah, vous le savez bien, les sondages n’ont jamais été des élections que je sache.
Toujours est-il que cette proposition est extrêmement dangereuse pour qui croit un peu à la démocratie [toute détournée soit elle dans notre pays...qui est plus orienté particratie que démocratie, mais ceci est hors sujet] et surtout pour mes concitoyens unionistes (je m’en fiche, je ne le suis pas personnellement).

C’est dangereux car cela ferait jurisprudence. Surtout, ne pas revoter, nous radicaliserions les positions. Autrement dit, ne serait on pas en train de nous raconter que voter est dangereux pour la démocratie

Quo Vadis?
Et si nous ne revotons plus [jamais] au Fédéral, comment les choses se passeront-elles ? Tout passera simplement par les Régions. Il faut savoir qu’en réalité, en Belgique [je dis ça pour les lecteurs étrangers éventuels], le nom « élections fédérales » est totalement usurpé car chaque citoyen ne peut au final voter que pour une personne ou un parti de sa propre Région. Donc, politique fiction, la solution consisterait à dire, puisqu’il ne peut plus y avoir d’élections fédérales, nous nous baserons sur les majorités régionales. A charge pour elles de désigner au sein de leur communauté / région, qui sera envoyé comme Ministre Fédéral.
Mais, s’il n’y a plus d’élections, les premiers touchés, car mis en place utile sur les listes par leur président de parti élus, sont les Parlementaires et Sénateurs. Comment alors reconstituer ces assemblées ? Pour ce qui est de ces deux Chambres Fédérales, il n’y aura plus que des parlementaires cooptés par les assemblées régionales et la boucle est bouclée.
Reste que nous nous retrouvons quand même avec un problème sur qui nous colle à la démocratie comme un chewing gum à un dentier : comment atteindre un accord de Gouvernement avec des partis ayant des positions aussi antagonistes ? On ne pourra pas. On aura déjà gagné du temps (et préparé un peu plus l'opnion), c’est simple. Les Régionalistes auront par contre réussi un tour de force : on sera passé à une structure confédérale.
L’étape suivante consistera à dire, puisqu’ils sont des thèmes que nous ne parvenons pas et ne parviendrons jamais à résoudre ensemble, sortons ces compétences du niveau fédéral et redescendons les aux niveaux communautairo-régionaux. Il ne restera alors que les compétences régaliennes au niveau fédéral :
  • Les affaires extérieures (sauvons la farce face)
  • Les affaires intérieures (et encore)
  • La Justice (enfin, ce qu’il en reste tant elle manque de moyens chez nous)
  • La politique économique (mais là, pas d’inquiétude, la dette nous unit et comme on nous le dit souvent : "les fondamentaux (22 milliards d’euros à trouver d’ici 2015, un taux d’emploi ridicule, une notation menacée, un problème toujours plus aigu des pensions et du vieillissement…) sont bons". Heureusement qu’on vit dans un pays d’optimistes…
Alors faites ce que vous voulez, mais surtout, ne dites pas après que vous ne saviez pas. Que renforcer le gouvernement en affaires courantes pour éviter des élections radicalisantes c’est accélérer le tempo des séparatistes.

Vous savez, je m’en fiche un peu moi, tout ceci reste bien dans la droite ligne du « Scénario 2007 » que j’avais écrit en octobre 2007. (En très résumé et sans l’argumentation que vous trouverez par ailleurs : La Belgique est morte, ça a été décidé après l’échec de la tentative d’Orange Bleue. La seule chose que nos gouvernants font depuis et qui durera un peu moins de dix ans, c’est préparer l’opinion, communiquer et préparer la scission technique.)
Comme l'avait écritCharles Etienne Lagasse dans son livre sur les Institutions Belges (et ça date de 1992 si je ne m'abuse) Akufi aye bite (si je ne me trompe pas hein) ce qui veut dire "elle est morte mais elle ne le sait pas encore..."

Bonne soirée

1 commentaire:

  1. Très bon article
    Mais hâte également de vous lire sur le sujet particratie/démocratie !

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