mardi 14 juin 2011

Solar Impulse


Moi...et l'écologie

La plupart d'entre vous, à force de me lire sur twitter ou via mes blogs, savent que je suis loin d'être un ecolo freak. Très loin même. Pour s'en convaincre, il suffit de relire certains articles que j'ai pu écrire sur les éoliennes en Belgique ou le GIEC ou les coûts d'un emploi vert etc. Et ce n'est pas aujourd'hui que je vais faire mon petit converti vert politiquement correct qui bouffe bio, roule à vélo et cultive son petit potager. Je respecte éminemment le choix de ceux qui le font, ce n'est pas le mien. Je suis pourtant convaincu par l'écologie, mais pas n'importe comment.

Et donc, paradoxalement, penseront certains, je suis un fervent supporter et défenseur de certains projets. Par exemple, le projet Tesla, ou plus récemment, le projet Solar Impulse. Le paradoxe n'est pas si énorme qu'il y parait en réalité. En effet, en qu'économiste, chef de projets, directeur des tests etc, je ne connais qu'une chose: la rationalité. Les faits, les chiffres. Ils ne mentent pas, ils sont objectivables, ils sont mesurables, je peux remonter à leur source, les étudier, les corréler. Non non, ma vie n'est pas terne et triste, je ne suis pas un être sans émotions, dans la plupart des projets que je mène ne sont possibles que parce qu'il y a des êtres humains derrière. Des personnes avec qui je collabore, avec qui je développe des liens personnels. Un projet, c'est avant tout une histoire d'êtres humains qui travaillent ensemble pour un but commun.

Il n'en reste pas moins, que le projet en lui même, avant de le démarrer, je le chiffre au mieux, j'en étudie les objectifs, le ROI, l'IRR, j'en fais des business cases etc... En fonction des objectifs, je peux dire si le projet peut ou non être rentable. Cette rentabilité ne doit pas forcément être financière, elle peut être sociale, légale, écologique. Ainsi, je m'oppose à certains projets éoliens parce que ceux-ci ne sont ni économiquement rentables ni écologiquement positifs. En ce sens, je saluais la décision du gouvernement wallon de ne plus subsidier les panneaux solaires produisant de l'énergie, économiquement inefficaces et à l'aspect écologique contestable. C'est ma position, on peut ne pas être d'accord, c'est juste la logique que j'applique.

Le Projet Tesla?

Oui, ce projet là, j'y crois...comme je l'ai souligné par le passé, le modèle économique qui y préside est sensé et l'aspect écologique, d'après ce que j'en ai lu toujours, est positif. On m'objectera que c'est un jouet de gosse friqué. Et bien justement, c'est parce que c'est un jouet de gosse friqué que ce projet permettra la plus grande démocratisation des véhicules électriques.

Pour une fois, on a conçu à l'époque une voiture électrique qui n'est ni moche, ni non-performante. Ces prestations sportives concurrencent les meilleures supercars, l'autonomie est plus qu'acceptable, elle est techniquement, ergonomiquement, visuellement réussie. Les solutions techniques pour y parvenir sont certes chères, mais c'est ainsi que l'automobile a commencé. Des véhicules chers et élitistes. C'est par la suite la production de masse qui a contribué à la baisse des prix et à la démocratisation des automobiles. C'est un jouet de gosse de riche? Putain oui c'est un jouet de gosse de riche! Et alors? Regardez les espèces de tetrapacks moches et inefficaces, ils se vendent eux? Combien de ces projets ont fini par être abandonnés? Ils n'étaient guidés que par l'idéal et l'utopie. Et ça, permettez moi de faire le gros rabat-joie, ça n'a jamais fait réussir un projet. Alors oui, figurez vous que je trouve que ce jouet de gosse de riche à un sens écologique et économique. Et ça, pardonnez ma rationalité, ça fait avancer la science et la société. Dans notre société, un projet non rentable ça ne marche pas.

Ce projet ne coûte rien à la société, il est financé par des fonds entièrement privés. On peut en contester la logique, mais ça force un projet non rentable à être abandonné. Ce projet aura apporté à la société de nouvelles solutions technologiques, de l'innovation. Oui, il y a des brevets derrière, mais on peut s'en inspirer, recombiner les solutions, les améliorer etc. Bref, j'aime ce projet, il fait sens pour moi.


"Le rapport mathématique entre la dimension des ailes et le poids du ... Mais le bourdon l'ignore; c'est pourquoi il vole  "Igor Sikorsky
 Voila qui nous mène au projet que je suis avec intérêt aujourd'hui. Voilà donc un avion solaire...qui n'avance pas... Bruxelles-Paris en environ 16h... Une course cycliste fait la distance plus rapidement. Les panneaux solaires? Rentabilité 12%...ridicule! 8CV de puissance...pas mieux que les frères Wright... Mais alors, qu'est ce qui m'attire dans ce projet?

Outre le fait que je suis un tout petit peu passionné par l'aviation, ce qui je le crains m'ôte une couche d'objectivité, je pense que ce projet peut mener à quelque chose...

Si je devais vous donner mon sentiment du projet? Je vous dirais que je n'imagine jamais un avion long courrier transportant 200 passagers et fonctionnant à l'énergie solaire. Je ne pense pas que le solaire soit l'avenir de la motorisation. Je pense que le futur sera fait de combustible écologique, liquide ou solide. Je ne pense pas que le solaire soit l'avenir de l'aviation. Et pourtant...

Et pourtant, en vous disant cela, je sais que j'ai 90% de chance de dire une connerie. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder l'histoire de l'aviation:
  • 1903: les frères Wright font le premier bon de l'histoire de l'aviation, le premier vol motorisé soutenu et contrôlé...
  • 1925: Edmond Thieffry relie Bruxelles à Kinshasa en 51 jours dont 75h de vol effectif...
  • 1927 : Charles Lindberg traverse l'Atlantique en 33 heures, soit une vitesse moyenne de 173 km/h
  • 1937: Auguste Piccard invente la cabine pressurisée 
  • 1949: les vols pressurisés (B377) commencent permettant de voler à haute altitude
  • 1969: le Concorde est lancé...il peut traverser l'Altantique en 3 heures 26 minutes
  • 2005: le premier avion double deck (A380) pouvant transporter 800 passagers est lancé
  • 2010: André Borschberg vole 26 heures d'affilée sur un avion solaire, n'emportant aucun carburant...
  • 2011: André Borschberg relie Bruxelles à Paris en avion solaire à une vitesse moyenne de 40-50km/h (je n'ai pas encore lu toutes les données du vol)
...qui en 1903 eut pu imaginer qu'on transporterait un jour 800 passagers à plus de 30.000 pieds et plus 900km/h?
...qui en 1927 aurait pu imaginer un Paris-New York en 3h26 minutes?
...qui en 2000 aurait cru qu'on pourrait faire voler un avion habité alimenté uniquement en énergie solaire pendant plus de 24 heures, pouvant voler de nuit sur l'énergie accumulée la journée?

Alors oui...quand je dis que je ne vois pas l'avenir de l'aviation passant par le solaire, j'ai toutes les chances de dire une connerie.

Solar Impulse, c'est l'envergure d'un Airbus A340, le poids d'une voiture et la vitesse d'un scooter...et pourtant, il vole. Et il vole sans carburant. Alors, peut être bien que je ne vois pas l'avenir de l'aviation passant par le solaire, il n'en reste pas moins que le projet, je le suis attentivement. Pour plusieurs raisons:
  1. Les manufacturiers spécialisés en matériaux aéronautiques ont cru que c'était impossible...et parce qu'il ne savait pas que c'était impossible, un manufacturier nautiques à produit le matériel nécessaire pour fabriquer l'avion. 
  2. Caractéristique de constrtution, des solutions innovantes: pour parvenir à ce résultat, il a fallut créer, agencer, mettre en place des solutions innovantes. A tout le moins, le projet apportera un plus au niveau des matériaux, de la conception,de l'aérodynamisme et de la construction d'un avion
  3. C'est une nouvelle façon de piloter... on parle de voler en structure chaotique (dois je préciser que moi et les théories du Chaos?), suivre les vents, voler avec la nature et non contre elle. Contre elle, on gaspille l'énergie, il faut voler "coulée comme on dit en parlant de moto
  4. La gestion de l'énergie,recueil de l'énergie, stockage, conservation, optimisation de l'énergie et son utilisation.
  5. C'est un projet entièrement privé...et un projet privé, ça doit être rentable d'une manière ou d'une autre. Le projet, comme il continue à être poussé, aura des débouchés industriels. Il est riche d'enseignement et probablement d'apport à la société. Bien plus riche qu'une éolienne subsidiée dans un endroit pas assez venteux.
  6. C'est un vrai changement dans la façon de penser l'aviation...or ceux qui me connaissent savent que je ne vis que par et pour le changement, ce projet  ne pouvait que me séduire.
  7. Enfin, c'est un projet que j'aurai plaisir à citer en exemple comme "projet", une aventure humaine qui rassemble des individualités différentes, menées vers un seul but et poussées à se dépasser, à innover et à rendre l'impossible possible.
Alors oui, les performances de Solar Impulse aujourd'hui peuvent prêter à sourire. Oui, Solar Impulse a fait une tentative avortée de vol vers Paris il y a quelques jours, oui, il y aura probablement des revers...mais il y a dans ce projet un potentiel énorme d'évolution en terme de matériaux, d'aérodynamisme, de gestion de l'énergie, etc que l'on ne peut ignorer.

Et, aux esprits chagrins qui se plaindraient du coût...c'est gratuit pour vous. Ce ne sont que des fonds privés qui investissent dans le projet...Bizarrement, le politique préfère encore consacrer de l'argent public à des GP de F1 déficitaires (et ma foi, peu écologique) ou à des éoliennes non rentables qu'à des projets ambitieux ouvrant une vraie perspective écologique et un vrai développement technologique. (Mais ils veulent par contre bien être sur la photo avec l'équipe de Solar Impulse si l'occasion se présente).

Alors oui... moi le chef de projet rationnel, j'aime ce projet, y investirai et le défendrai. Je saurai aussi reconnaître des revers s'il y en a, mais à tout revers sa leçon. J'aime aussi l'équipe qui mène ce projet car des leçons, elle en reçoit humblement tous les jours lors des vols expérimentaux et ça la pousse à améliorer encore l'avion.

Bonne soirée

7 commentaires:

  1. J'aime bien votre article, d'ailleurs, les autres aussi je pense, ils le "retwitte" sur le site de Solar:-).
    A bientôt.
    Pascale

    RépondreSupprimer
  2. Bizarre que dans ton histoire de l'aviation tu fasses l'impasse sur la conquête spatiale...c'est pas de l'aviation ?

    RépondreSupprimer
  3. Moi qui vote ecolo depuis 20 ans, qui bouffe bio si possible, qui a quitté un boulot de consultant motorisé pour un autre où je me rends en vélo, et qui essaie tant bien que mal de cultiver tomates, concombres et salades dans son jardinet bruxellois, l'aventure humaine et technologique que représente solar impulse m'intéresse aussi.
    Toute rationnelle qu'elle soit, je pense que ton approche manque un point fondamental si elle oublie la part de rêve qu'il y a dans un tel projet, l'envie de se dépasser, de repousser les limites.
    La part de rêve, tu la mentionnes quand même un peu en parlant de jouet à propos de la voiture.
    A propos du fait que ce sont à chaque fois des entreprises privées, je reconnais bien là l'allergie à tout ce qui pourrait être géré collectivement, et c'est dommage je trouve. Il y a un tel désenchantement dans la population de nos riches continents (pour combien de temps encore ?), des projets qui parleraient aux multitudes, qui apporteraient du souffle, de l'espoir, nous manquons de ça. Dramatiquement.

    RépondreSupprimer
  4. @waldorf_be: c'est en effet un choix délibéré. Il est vrai que j'aurais pu enrichir l'article avec la conquête spatiale mais ce serait devenu un peu "longuet" ;-)

    RépondreSupprimer
  5. @krakou plusieurs réflexions:
    1. je n'oublie pas la part du rêve car, comme je le dis, je suis passioné d'aviation. Maintenant, ici, je tente de m'en tenir à des faits mais, rassure toi, ça ne m'empêche nullement de rêver. C'est vrai que j'eus du le mentionner, c'est à partir de rêve qu'on conçoit les plus magnifiques projets.
    2. Concernant le sprojet collectif, je crains que ce ne soit pas une allergie fondamentale de la population ou des entreprises privées. Que du contraire, regarde les privés qui participent collectivement à ce projet. La frilosité vient, selon moi, plutot des autorités publiques qui sous investissent en R&D et imposent aux populations des solutions qui semblent déjà dépassées. Si je prends les transports collectifs par exemple, je note que le public refuse, au nom d'un libéralisme malvenu ici (tout libéral sois-je) d'investir, de rendre plus performant dans le rail par exemple. Ce serait long de développer l'argumentaire, mais en l'occurence, pour moi, le frileux, ce sont les gouvernements...

    RépondreSupprimer
  6. Et ne pas oublier d'autres projets, tels que PlanetSolar, un bateau solaire qui a déjà effectué la moitié du tour du monde et qui se trouve actuellement à Cairns en Australie. Les deux tours du monde possibles, par les airs pour par l'eau, sont deux projets suisses nés à quelques kilomètres de distance... > http://www.planetsolar.org/

    Et aussi d'autres projets suisses: Le projet Icare: http://www.projet-icare.ch/, ou encore Zero-Race: http://www.zero-race.com...

    A suivre :-)

    RépondreSupprimer