dimanche 15 avril 2012

Les indépendants aussi se cachent pour mourir

Extrait de la Libre Belgique du 06 avril 2012...
La stratégie, définie par le Premier ministre, s’articulera autour de 6 axes :
- favoriser la création d’emplois durables et de qualité;
- soutenir les entreprises et leur développement en étudiant notamment la question du coût des facteurs de production, de la productivité, de l’accès au financement et du soutien à la demande intérieure;
- garantir une politique de concurrence ambitieuse centrée sur les secteurs clés, une analyse et une maîtrise effective des prix, en particulier des marchés du gaz et de l’électricité;
- conforter la recherche et le développement et renforcer la transition vers l’innovation;
- soutenir la transition de notre économie vers un modèle de croissance durable et réduire l’intensité énergétique élevée de notre économie;
- promouvoir un climat favorable au développement de l’entreprenariat et favoriser la simplification administrative. Le dossier des grandes infrastructures a été ajouté à la liste initiale. Encore faut-il, évidemment, trouver des sources de financements pour ces projets ambitieux.
La priorité c'était pas la fraude?
Je le répète car il faut le lire plusieurs fois pour le croire... "promouvoir un climat favorable au développement de l’entreprenariat et favoriser la simplification administrative."
La réalité vécue par les entrepreneurs belges est toute autre. Je vous ai déjà parlé de la vindicte que le gouvernement actuel porte contre les entrepreneurs, contre les indépendants et contre les PME. 
En bref, nous sommes tous des fraudeurs en puissance. Le gouvernement actuel a fait de la lutte contre la fraude la priorité de son mandat. La priorité aurait peut-être du être le désendettement, la diminution de la pléthore de fonctionnaires (on est quand même recordman européen du nombre de fonctionnaires par mètre carré). Mais non...on va "lutter contre la fraude". C'est bien la fraude, ça permet de lancer n'importe quel chiffre et dire n'importe quoi vu que ce ne seront jamais que de mauvaises estimations. Les chiffres les plus fantaisistes sont cités de 7 à 30 milliards d'euros. Comme si de telles estimations pouvaient être fiables. Mais soit, l'objectif est honorable. 
Lutter contre la fraude, c'est créer des rentrées pour l'Etat, équilibrer les comptes, diminuer la concurrence déloyale de ceux qui ne paient pas la TVA, diminuer les allocations indûment perçues (ah oui mais non...la fraude sociale, ça n'existe pas, c'est sur), le tout pouvant peut être même résulter en baisse d'impôts.
La réalité: imposer le travail, l'effort et le succès
La réalité que nous vivons, nous entrepreneurs, indépendants, patrons de petites et moyennes entreprises est tout autre. Quand Elio Di Rupo nous dit "promouvoir un climat favorable au développement de l’entreprenariat et favoriser la simplification administrative.". 
Quand il dit vouloir "Lutter contre la fraude"... La réalité est qu'il décide de taxer plus les revenus déjà connus. 
Elio Di Rupo n'attaque pas les fraudeurs, il attaque les entrepreneurs honnêtes qui déclarent leurs revenus de manière transparente. Il veut "favoriser l'entrepreunariat"? Alors qu'il vienne m'expliquer.
Ma réalité
Ma réalité est que loin de l'image d'Epinal, la toute grande majorité des entrepreneurs et indépendants ne sont pas des fraudeurs. Diable, même que du contraire, ils sont un peu naïfs et déclarent gentiment leurs revenus.Mon revenu, je l'ai fixé il y a 6 ans déjà. Je ne l'ai jamais ni augmenté, ni indexé. Il devait m'assurer à l'époque le remboursement de mes dettes (et il y en avait beaucoup), le remboursement de la banque qui avait accepté de m'avancer le capital pour créer mon entreprise (à du 10% et en mettant ma maison en garantie) et me permettre de vivre et faire vivre ma famille.
Comparé à mon dernier salaire d'employé, j'ai fixé mon salaire en y rajoutant 400€ net. Et mon salaire d'employé n'était pas vraiment élevé. Est-ce du vol? Ce n'est que le fruit de mon travail.
Ces six dernières années, mon IPP (impôts des personnes physique) n'a cessé d'augmenter pendant que Didier Reynders nous serinait sa réforme fiscale. Sa réforme fiscale, tout le monde en a profité, pas les indépendants dont le niveau de taxation n'a jamais cessé d'augmenter.Aujourd'hui, en fin de premier trimestre 2012, vient le moment de vérité, les versements du PRP (Précompte Professionnel, soit l’acompte trimestriel sur les IPP de l'année) est arrivé. 
100% de PRP en plus, mes impôts doublent!
Le nouveau calcul de ce gouvernement double les ATN (Avantages de Toute Nature) et leurs taxations. Logement de l'indépendant (qui abrite souvent aussi ses bureaux), sa voiture (utilisée légitimement pour se rendre chez ses clients et prospects), dépenses propres à l'employeur...tout y passe. 
On arguera que ce "salopard d'indépendant" (terme communément admis par un grand nombre de personnes si j'en crois les différents forum) a pu se permettre une jolie maison, il est normal qu'il paie pour ça! Petit détail, le "salopard d'indépendant" a payé sa maison. Il a payé les droits d'enregistrement, payé la TVA, il paiera son précompte immobilier. Il a acheté sa maison avec de l'argent honnêtement gagné. Oui, il a utilisé en partie sa société pour le faire. Sinon jamais il n'aurait pu acheter cette maison, c'est vrai. Mais n'a-t-il pas contribué en ce faisant à la prospérité? Au maintien de l'emploi? L'argent utilisé est réinjecté directement dans l'économie réelle. L'argent utilisé est le fruit d'un travail, pas d'un vol, ni d'une fraude, ni de quelconque activité répréhensible!
Il n'en reste pas moins que le gouvernement ne va pas chercher l'argent de la fraude, il va chercher l'argent chez les gens qui ont déclaré leurs revenus... 
Le résultat des courses: 
  • Mon PRP fait plus que doubler! Vous avez bien lu, x2, +100%!
  • Mes cotisations sociales font +52% [mais je n'ai pas le droit de les payer! je dois attendre 3 ans pour ça! Au XXIème siècle! Mais ma société survivra-t-elle encore 3 ans avec de telles taxes?]
Dans quel pays démocratique peut-on se permettre de doubler les impôts sans que personne ne bouge?
Dans quel pays démocratique, aucune voix ne s'élève quand ceux qui créent la prospérité du pays sont traités d'abord en criminel, ensuite en pompe à fric? 

Dans quel pays démocratique assassine-t-on une classe de travailleurs dans le plus grand silence! Si nous étions de tels fraudeurs, serait-il possible de nous taxer ainsi? Réfléchissez à cela! Serait-il possible de doubler nos impôts si nous étions de tels fraudeurs?

Pendant ce temps, les syndicats, organisés, parviennent à obtenir pour plusieurs autres catégories de travailleurs des exemptions aux réformes. Tous ces efforts non consentis, il faudra les récupérer ailleurs!

Comment se présente la suite?

Mal, très mal... Notre gouvernement doit partir à la recherche de 5 nouveaux milliards. Où va-t-il encore pouvoir puiser? Il refuse d'économiser. Il taxera donc encore plus.
Qui va-t-il pouvoir encore taxer? Les survivants? 
Quels indépendants vont réussir à conserver leur affaire dans une telle rage taxatoire?


Et pourtant, vous ne nous entendez pas, vous ne nous voyez pas. Nous travaillons tous les jours, nous sommes fiers de notre travail, fiers de contribuer à la prospérité. Fiers aussi de payer nos taxes. Enfin, nous étions fiers. C'était pour nous un signe de réussite. Et un partage en direction de la solidarité.


Demain...demain les faillites vont probablement s'accumuler, ces indépendants n'auront plus rien à offrir, la taxation les aura tués. D'autres s'envoleront vers des cieux plus cléments ou le travail et la réussite ne sont pas poursuivis jalousement par l'avidité d'un gouvernement cupide. 


Le doublement de l'impôt, ce n'est pas lutter contre la fraude, c'est l'encourager. Le doublement d'impôt par la modification de règles crée l'incertitude juridique complète. Comment planifier dignement et convenablement sa carrière et son épargne quand, en étant honnête, votre situation change du jour au lendemain par les caprices d'un gouvernement. Nous sommes piégés pour avoir respecter les règles en place, sans tricher, sans frauder.


Comment ce gouvernement qui dit vouloir promouvoir l'entrepreunariat peut-il doubler l'impôts de ces citoyens? Les tuer, les achever entre indexation et taxation? 
[Je vous recommande chaudement de lire aussi "Si tu mange la vache, tu n'auras pas le lait", une intéressante analyse de Fred Wauters sur les effets pervers et les conséquences des mesures, chiffres étayés à l'appui
Le gouvernement use là d'une courte vue, tactique, aucune stratégie. Il va percevoir aujourd'hui des revenus, mais contrairement à nous, ne les mettra pas en réserve. Il va les dépenser. Mais il oublie que sa source de revenu se tarit... les indépendants et PME vont disparaître, les emplois aussi. Au plus nous disparaîtrons,au moins il y aura des situations imposables, au plus l'impôt dépendra d'une base réduite, au plus les contribuables souffriront. Et nous finirons tous par dépendre de la charité alors que nous pourrions offrir tant.


Et vous...vous vous n'entendrez toujours rien de nous...
Car les indépendants aussi se cachent pour mourir.

2 commentaires:

  1. « La toute grande majorité des entrepreneurs ne sont pas des fraudeurs »

    Là j'ai quand même un doute. Ca fait plus de 10 que je bosse, je ne sais pas trop si c'est du au hasard, mais pour les 2/3 des entrepreneurs que j'ai côtoyé c'était magouille, magouille et re-magouille. « Allez créons vite une deuxième sprl bidon pour engager un employé et bénéficier des pleins d'aides » « Et vas-y que je te déclare mes vacances à la côte d'Azur en voyage d'affaire », « et si on payait nos 5 ans d’arriérés onss avec le plan d'aide de la région ? » etc, etc.

    Il y a sûrement des gens qui sont super réglos. Mais ce n'est pas ceux-là qui gagnent bien leur vie.

    Après c'est le système qui veut ça. Les entrepreneurs ne sont pas du tout aidés, donc s'ils ne se "débrouillent" pas, ils crèvent.

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  2. Ced > par définition, pour frauder, pas besoin de statut.
    Au contraire, un indépendant déclaré comme tel a bien plus de chances de se faire contrôler que le chômeur ou l'employé qui arrondit ses fins de mois avec un peu de black.

    Après, je ne connais pas les cas que tu dénonces, mais ta réaction m'inspire 2 choses:

    1. C'est un peu facile de jeter l'opprobre comme ça, faire de cas particuliers dont on ne connait pas grand chose, des généralités, pire encore, des "magouilles".
    2. Je crois que je ne connais pas un seul entrepreneur qui n'échangerait pas toutes ces aides/machins/brols contre une baisse des charges. Si tes amis ont du créer une seconde SPRL pour pouvoir engager, où est le problème et à qui la faute? A l'entrepreneur qui se débrouille, en toute légalité, pour pouvoir développer son activité et créer de l'emploi, ou à l'état qui engendre ce genre de situations?

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