lundi 10 février 2014

Chômage bruxellois : communiquer positivement sur une catastrophe. (03/06/2013)

C'est mal de dire du mal des confrères de la profession mais là, vraiment, je ne peux pas faire autrement. Ce n'est pas du journalisme ce que Belga a écrit et que La Libre (et sûrement d'autres) a bêtement repris dans ses pages, sans relire, sans perspective. 
Je me demande seulement si Belga a écrit cette dépèche. Ils ont du copier-coller un communiqué officiel écrit par des spin-doctors. Rien, nada, quedalle. Aucune distance, aucune critique, aucune analyse digne de ce qu'on ose nommer la "presse de qualité". Mais, plutôt que vomir ici la hargne qui m'étreint à cette seule évocation, au Waldorfington, on pose les faits. Je vais donc copier-coller l'article litigieux et vous le commenter au fur et à mesure. Contrairement au reste de la presse, au Waldorfington, on pense que le lecteur est capable d'analyse et d'intelligence, capable de juger par lui même.

LE CHÔMAGE REPASSE SOUR LES 20% À BRUXELLES

Le titre. Il sonne comme une bonne nouvelle. Oui, le chômage repasse sous les 20% ! Le chômage BAISSE !
Ils sont 107.023 demandeurs d'emploi inoccupés dans la capitale.
Le nombre de demandeurs d'emploi inoccupés est repassé, pour le première fois depuis un an, sous la barre des 20% à Bruxelles, atteignant 19,9%, soit 107.023 demandeurs d'emploi inoccupés (DEI), en augmentation de 2.611 unités par rapport à l'année précédente (+2,5%).
Première nouvelle, le chômage baisse mais uniquement en pourcentage. Parce qu'en valeur absolue, il augmente. Donc, proportionnellement à la population active il diminue (un peu) mais en réalité, il augmente. Vous savez, un peu comme l'histoire de la dette qui diminue (par rapport au PIB si le PIB monte) mais qui en réalité ne cesse d'augmenter, et explose (en pourcentage PIB) à la première récession. 
Ah...ce merveilleux phrasé, je vous coupe les froufrous du texte et ça donne "le nombre de DEI est passé sous la barre des 20%, en augmentation de..." En bref, le journaleux mélange relatif et absolu dans une même phrase et donne même l'impression de parvenir à se contredire.
Deuxième originalité qui m'a fait pouffer de rire : le DEI, demandeur d'emploi inoccupé... parce que voyez-vous, il doit donc exister des demandeurs d'emploi occupé... occupé à pondre les articles Belga I presume...
En variation mensuelle, on constate une diminution de 623 unités (-0,6%). En mai 2012, le taux de chômage était de 19,8%, ressort-il de chiffres diffusés lundi par Actiris, et par la nouvelle ministre bruxelloise de l'Emploi, Céline Fremault (cdH), pour qui ce retour sous les 20% démontre que les bruxellois deviennent de plus en plus compétitifs sur le marché de l'emploi bruxellois, tandis que les améliorations apportées par Actiris dans sa gestion deviennent de plus en plus effectives.
Merveilleux, la Pravda, en mode lavage de cerveaux, sert d'agence gouvernementale pour la Ministre de l'Emploi. Je résume : le nombre de chômeur augmente et la Ministre se réjouit. Mieux, elle tire des conclusions qu'on ne peut en aucun cas tirer sur base d'une variation relative mensuelle. Mais elle le fait dans toute sa splendide méconnaissance des mécanismes du chômage ou des modes de calcul. YES ! Le travailleur bruxellois est devenu COM-PE-TI-TIF ! Non, il n'est pas plus compétent ou formé ou... il est juste plus compétitif parce que par rapport au mois passé... bullshit ! Attendez venir le mois de juin et les diplômés qui sortiront des écoles et quoi ? Là, vous verrez, la communication sera plus discrète, on parlera de variation saisonnière (ce qui est correct au demeurant). En attendant, il y a quand même 2.611 chômeurs EN PLUS !
Selon Actiris, et la ministre bruxelloise de l'Emploi, on constate, dans le contexte de l'explosion démographique à Bruxelles, un accroissement important des nouveaux arrivants sur le marché du travail bruxellois.
On peut aussi imaginer simplement que tous n'ont pas encore eu le temps de s'inscrire à l'agence de l'emploi la plus proche... On pourrait nous expliquer qu'ils ont créé leur emploi, ou nous dire quels sont les secteurs si porteurs qu'ils résorbent le chômage. Naaaan, on enfume...
Au cours du mois de mai écoulé, on a compté 9.466 entrées dans le chômage (7.709 réinscriptions et 1.757 nouvelles inscriptions) contre 10.089 sorties, soit une diminution du nombre de DEI de 623 personnes (-0,6%).
Le taux de chômage des jeunes s'élevait à 28,8% en mai 2013, affichant une hausse de 0,4% par rapport à l'année passée.
Et re-paf dans la comm' ... le chomeur compétitif bruxellois, en tout cas, il n'est pas jeune. On atteint même un taux digne du taux de chômage espagnol dont l'économie est, elle, vraiment dans la merde. Mais on se gargarise avec "le-taux-de-chomage-qui-passe-sous-les-vingt-pourcent". Bordel ! C'est une génération entière qu'on assassine à Bruxelles ! C'est quoi la politique pour changer ça ? ... silence pesant plutot que pensant malheureusement
On constate encore une augmentation de 0,8% sur base annuelle du nombre de demandeurs d'emploi indemnisés (DEDA), et une stabilisation annuelle du nombre de jeunes en stage d'insertion professionnelle (+12 unités, +0,2%).
'putain, elle a du plomb dans l'aile la communication hein. Le chômage diminue mais paragraphe après paragraphe, on vous explique qu'en fait : il augmente. C'est top hein. Mais comme les gens d'aujourd'hui s'arrêtent aux titres de journaux, la lobotomie aura fonctionné et quand vous expliquerez que le nombre de chômeurs à Bruxelles n'a jamais été aussi haut, la galerie vous huera car elle aura lu la presse de qualité.
Quant aux autres DEI, leur nombre a augmenté de +9,2% sur base annuelle. Enfin, au cours du mois de mai 2013, Actiris a reçu un total de 9.763 offres d'emploi en ce compris celles qui ont été reçues par l'intermédiaire du Forem et du VDAB.
Et là... vous l'avez vu ? Le petit entrefilet d'une demi-ligne que vous ne verrez pas en lisant en diagonale. En diagonale, vous lisez les fin de phrase plus que les débuts... Je vous le répète donc en gras : Quand aux autres DEI, leur nombre a augmenté de 9,2%. COM-PE-TI-TIF le chômeur bruxellois !
On comptabilise par ailleurs 1.396 offres d'emploi satisfaites au cours de ce mois, ce qui correspond à une augmentation de 230 unités par rapport aux offres satisfaites l'année précédente.
"En daar is de werk" aurait dit feu Manu Thoreau. C'est quoi ce journalisme ? Où sont les analystes ? La presse n'est-elle plus qu'un agence de communication gouvernementale?
Vous noterez tout de même, ils ne mentent jamais. Les chiffres sont rigoureusement exacts. Mais la façon de communiquer... ça empêche de prendre la mesure de la catastrophe des chercheurs d'emploi bruxellois. Si on ne tire pas de conclusions, si on ne fait pas de constat...aucun espoir qu'on imagine des pistes de résolution et d'espoir pour cette génération qu'on assassine.

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