lundi 10 février 2014

"Démocrassie" locale (24/06/2013)

Nombre de citoyens pestent contre les systèmes statutaires de fonctionnaires ou d'enseignants. Ces systèmes, hérités d'un autre âge, offrent un certain nombre de garanties à ces travailleurs dont, entre autre, un système de nomination. Ce système permet qu'un fonctionnaire ou un enseignant qui a envie de faire autre chose puisse quitter sa fonction, et, le cas échéant, revenir à son poste plus tard. Bien sur, par ce fait même, il évincera la personne qui a repris son poste, compétente ou non. De plus, la personne ayant repris son poste, et elle peut le reprendre des années, ne peut être "nommée" pendant ce temps, conservant ainsi un statut précaire, peu importe ses compétences et la satisfaction qu'il apporte dans son travail.
Mais pourquoi changerait-on ce système ? [je ne me prononce ici ni pour, ni contre car ce n'est pas le sujet et que ça devrait faire l'objet de bien plus que ces quelques lignes.] En effet, quand le politique lui-même montre un exemple peu honorable, il serait malvenu qu'il impose à ceux-là ce qu'il se refuse à lui-même. 
Il en est ainsi de ces élus qui, se servant de la démocratie (et de l'amoindrissement intellectuel de nos concitoyens) comme d'une assurance chômage, se présentent à toutes les élections. Ils se font élire puis siègent où le mandat sera le plus rémunérateur. Les élections des différents niveaux étant découplées, s'ils ne sont pas ré-élus leur "poste", ils éjecteront sans sourciller le suppléant ou le faisant-fonction qui les remplace à un autre siège et continueront ainsi leur petite vie de mandataire. Outre les mandats électifs, ils se plaisent aussi à s'auto-distribuer des mandats dans les différentes intercommunales et associations (sans buts lucratifs souvent).
Pour éviter un certain nombre de situations malsaines et embarrassantes, devant l'agacement citoyen de ces pratiques dignes de l'avant Révolution française, la Wallonie avait donc voté un "Code de la Démocratie Locale". 
C'est ainsi que nous retrouvons Philippe Mettens après les élections communales, élu en tant que Bourgmestre. Ce qui ne l'empêchait nullement d'être en même temps Top-Manager dans la fonction publique. Sachant déjà que l'administration est au service de l'Etat et se devrait d'être a-partisane, on peut s'interroger sur le fait d'avoir une carte de parti, d'être même membre actif d'un parti et élu sur des listes politiques et la nécessaire neutralité que se doit d'avoir la fonction publique.
Il serait sain que tout fonctionnaire qui se présente à une élection démissione de son poste. Mais las, tout fonctionnaire qui se présente à une élection peut, de par sa nomination, récupérer automatiquement son poste après son mandat ou sa non-élection... Anyway...toujours est-il donc que le 06 juin, le Gouvernement Wallon a donc fini par révoquer Philippe Mettens pour avoir cumulé le mayorat avec son mandat de haut fonctionnaire dans l'administration fédérale. "Dès le moment où M. Mettens se met en opposition au prescrit du Code de la démocratie locale, il n'y a pas d'autre solution que la révocation", a-t-on commenté au cabinet du ministre socialiste. 
Mais, petit padawan, ne sous-estime pas la force de la Loi... 
Notre ami Philippe Mettens a immédiatement contesté la décision devant le Conseil d'Etat en mettant en avant l’inconstitutionnalité de la décision. Et le Conseil d'Etat, pour une fois relativement rapide, a rendu son arrêt... Il rend l'écharpe mayorale à notre élu-fonctionnaire... "Il parlait d'un risque de préjudice grave et difficilement réparable pour le bourgmestre révoqué [tu parles, on dirait un chômeur en fin de droit qui se retrouverait à la rue...].Il estimait également que Philippe Mettens n'avait pas commis de négligence grave."
Bref, à quoi bon ces décrets de "démocratie locale" quand la "démocrassie" est défendue finalement jusque dans la Constitution. On fait aujourd'hui une chasse aux chômeurs pendant que d'autres continuent leurs pratiques d'un autre âge se garantissant moultes avantages et protections.
Et toi pauvre citoyen, tu continueras quand même à voter pour ces cumulards, ou pour des élus condamnés. En le faisant, tu condamnes cette démocratie à n'être jamais qu'une démocrassie.

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