lundi 10 février 2014

Global Competitiveness Report : la place de la Belgique (04/09/2013)


WEF0L'édition 2013 du Rapport sur la Compétitivité Mondial du Forum Economique Mondial (Global Competitiveness Report from the World Economic Forum) est sortie. Surprenant de n'en trouver aucune trace dans les journaux belges de qualité, sans doute trop préoccupés à commenter les histoires de filiation monarchique et les confidences de l'ex-maîtresse supposée de l'ex-roi de Belgique.
Je me suis donc plié à l'exercice moi-même.
Globalement bon mais en baisse
Cette année la Belgique occupe la 17ème place du podium (sur 144 pays), en baisse de deux places comparé au classement précédent. Cette 17ème place reflète des situations relativement contrastée selon les indicateurs distincts pris en compte.
Ainsi, notre système de soin de santé et d'éducation de base sont parmi les meilleurs au monde. Pour ces critères, la Belgique se classe 2ème, justifiant partiellement son titre de "paradis social envié par le monde entier". Pour ce qui est de l'enseignement supérieur, le classement se confirme avec une honorable 4ème position. La traduction littérale vous apprendra que "la Belgique performe particulièrement dans l'enseignement des mathématiques et des sciences, dispose d'école de management de pointe et une forte propension à la formation sur le terrain. Ceci contribue à une excellente capacité d'innovation (11ème place)". Je poserai tout de même un bémol à ce classement en matière d'enseignement tellement ces points diffèrent des constats posés par les études PISA ou par la désaffections des inscriptions dans les secteurs des sciences.
Notre marché se caractériserait, selon le rapport, par un haut niveau de concurrence et un environnement qui contribuerait à la création de nouvelles entreprises (surprenant quand vous lirez les indicateurs et je ne peux être d'accord personnellement). De même, le niveau de management est qualifié de "hautement sophistiqué".
On peut donc se féliciter de ces aspects extrêmement positifs de notre pays, aspects qui touchent aussi bien le privé que le public. Seulement voilà, après les fleurs, malheureusement, quelques pots...
Peut (beaucoup) mieux faire.
On ne peut se contenter de s'auto-congratuler de ce qui va bien, nous devons aussi tirer les enseignements de ce que les autres indicateurs nous apprennent...
Par exemple, sur 144 pays, la Belgique se classe...140ème pour son système d'imposition et de taxation, confirmant ainsi son statut d'enfer fiscal déjà consacré par la Commission Européenne dans son dernier rapport et dans les rapports successifs de l'OCDE. Quand à "l'environnement qui contribue à la création d'entreprise", je reste très surpris de cette phrase dans le rapport, d'abord à cause de l'enfer fiscal, mais aussi parce qu'en terme d'environnement macro-économique, la Belgique n'atteint que la 66ème place !
Et ce n'est pas la régulation gouvernementale qui nous aide car celle-ci nous renvoie à la 133ème place!
Bien trop bas pour dynamiser le secteur privé et l'emploi. Ce qui se confirme par une mauvaise 50ème place pour le dynamisme de notre marché du travail.
Outre son déplorable niveau de taxation, son environnement macro-économique et un dynamisme du marché du travail pour le moins mitigé, en terme d'efficacité gouvernementale, tout se tient, la Belgique est reléguée à la 55ème position.
L'analyse de notre environnement économique est contrastée, si globalement la situation de nos entreprises et de notre marché est bonne, on remarque ici, dans la finesse, l'impact que la (sur-)régulation gouvernementale a sur notre environnement économique, pointons ainsi 140ème pour la rage taxatoire, 121ème sur le poids de l'impôt, 132ème pour la rigidité des politiques salariales, 132ème aussi pour la flexibilité de l'emploi, 90ème sur le rapport salaire/productivité. Les autres éléments (voir plus bas dans la section "si vous avez le temps") sont corrects. 
Le rapport mentionne donc que "l'environnement macro-économique est pénalisé par des dépenses publiques persistantes et une dette publique élevée."
Tout se tient
Une remarque ici aussi sur ces quelques mots "dépenses publiques persistantes"... oui, sans doute, mais il faut aussi y voir qu'elles sont dans certaines mesures très efficaces (à voir si elles ne sont pas disproportionnées pour autant) étant donné l'excellente place que nous occupons dans les soins de santé et l'éducation. Il s'agit ici de choix de sociétés qui ont été posés. La question est alors de se pencher sur l'efficacité de la dépense publique. Et selon les indicateurs (toujours à prendre avec des pincettes), à ce niveau là on peut réellement mieux faire. Ceci suppose que l'on pourra obtenir les mêmes positions dans le classement en dépensant moins et mieux l'argent public.
Le rapport se penche aussi sur diverses statistiques de notre marché, ainsi, notre PIB est composé à 78% de services, 14% de manufacturier, 8% d'industrie non-manufacturières, et 1 petit pour cent d'agriculture. Plus marquant est le profil dressé pour la Belgique et qui nous donne de vraies pistes d'amélioration. 
Les facteurs les plus problématiques pour faire des affaires en Belgique ? Taxes et inefficacité gouvernementale.
WEF1
Il faut aussi prendre ce rapport  en sachant qui l'écrit. Le World Economic Forum, ce n'est pas le Forum Social, il y a donc un biais dont il faut tenir compte. Mais il n'en reste pas moins, que successivement, la Commission Européenne, Eurostat, l'OCDE pointent les mêmes problèmes récurrents en Belgique. La hauteur et l'étendue de l'imposition sont de réels obstacles à la prospérité du pays et de ces habitants.
La Belgique se trouve sur tous les podiums en matière de taxation. Impôts sur le revenu, impôts des sociétés, TVA, impôts sur la fortune (pour la Commission Européenne, cet impôt existe bel et bien mais est déguisé sous d'autres formes et la Belgique serait même première devant la France). Alors oui, nous avons un système de santé performant, mais ne peut on faire aussi bien avec moins d'impôts. Quelle part réelle des prélèvements est consacré au bien-être et au social ? Pourquoi ne pas comprendre que le niveau de taxation est devenu pénalisant pour la création de prospérité de notre pays et que, ce faisant, le nombre d'entreprises et de contributeurs diminue et mènera à l'impossibilité de financer un système devenu vampirique?
Que faire de ce rapport ?
Il ne faudrait donc pas se limiter à un indicateur pour faire de grands titres mais il est évident que ce classement reflète aussi des choix de société. Je souhaiterais que les politiciens belges se penchent très sérieusement sur ce rapport (et ceux de l'OCDE, d'Eurostat ou de la Commission Européenne), intègrent les différentes dimensions de leurs contenus et viennent en 2014 avec des choix de société comme programme électoral. Qu'ils prennent le temps de la pédagogie, d'expliquer que tout le monde veut "moins d'impôts mais plus de services publics" mais que ça, ça ne fonctionne pas et qu'il faut choisir.
J'aimerais que nos politiciens nous lâchent avec leurs petits problèmes communautaires de merde et leurs baronnies où l'on saupoudre des subsides. J'aimerais qu'ils me proposent de vrais choix, de vraies alternatives, qu'ils les expliquent et traitent la population en adultes responsables. Nous sommes à la croisée des chemins, "tout" n'est pas un programme. L "anti" n'est pas un programme.
Aujourd'hui, moi, et d'autres surement, je ne sais pas pour qui je voterai cette fois. Mais je refuse de voter par élimination, par anti ou par démagogie. J'aimerais un programme auquel je peux adhérer. La Belgique est à la croisée des chemins. Je me fous de BHV. Par contre, l'avenir économique, social, sociétal de mon pays, futur de nos enfants, j'aimerais pouvoir le choisir et non le subir

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire