lundi 10 février 2014

Une taxe n'est pas une mesure d'économie (17/07/2013)


Cocorico, le coq wallon a chanté : le budget est ficelé... Enfin, il aurait aussi bien pu chanter trois fois vu la manière dont il nie les mesures taxatoires supplémentaires qu'il a prises.
Une fois de plus, ce qui me choque énormément outre ces mesures, c'est le traitement médiatique dont elles font l'objet. Je suis très surpris de voir les journalistes contemporains se contenter d'un communiqué du Gouvernement Wallon et le recopier quasiment sans correction, sans analyse, sans questionnement. Je ne suis pas complotiste mais j'aimerais que la presse "de qualité" qui alimente le citoyen en information retrouve quelque peu ses lignes de noblesse. Pour le moment, à part nous saouler de Place Royale à répétition, à part s'indigner sur des sujets dont on se fiche les trois quart du temps pas mal ou s'indigner en surfant sur une vague populiste, à part se contenter de copier-coller de dépêches d'agence comportant la même faute d'orthographe dans chacune des gazettes... que fait encore cette presse de qualité ? Elle doit cesser de s'interroger sur la perte de son lectorat et se pencher sur ce qu'elle produit...
Mais revenons à nos moutons budgétaires...
1. On ne bombe pas le torse quand on trouve moins de 50% des mesures nécessaires !
Relisez les gazettes et différents communiqués, nous sommes encore loin du compte, le Gouvernement Wallon a pêché 300 millions... il en faut 700.
2. "l'accord sur le second ajustement de 2013 et s'entendant sur 286 millions d'euros d'économies pour 2014, dont recettes nouvelles.
Il faut être journaliste stagiaire pour accepter de retaper une phrase pareille... 
D'abord, une recette (taxe / impôt / accises / cotisation...)  n'est pas une mesure d'économie !!! Ça peut paraître bête comme ça, mais cette phrase n'est pas française. C'est comme dire "j'ai pris 20 litres d'essence dont des bonbons". Aucun rapport... Ce n'est pas la même chose.
Ensuite, insister sur les économies sans que personne ne sache ce que représente lesdites économies ou la proportion économie / nouvelles recettes. Parce qu'on pourrait faire 1 euro d'économie pour 10 euros de recettes nouvelles... Alors voyons les chiffres.
Et le Gouvernement de communiquer sur "2% de réduction de dépenses primaires". Impressionnant ! Époustouflant ! Sauf que 99,99% des citoyens 
- ne savent pas ce que ça veut dire
- n'ont aucune idée de ce que ça représente en chiffre
- comptent pas sur les journalistes pour le chercher et l'expliquer (c'est pas gagné).
Le Waldorfington s'est donc donné la peine de chercher ce que représente cette réduction qui est en réalité la seule mesure d'économie de ce budget. Les éléments cités à côté par la presse font partie des dépenses primaires. Ce n'est donc pas "2% de réduction de dépenses primaires et ..." mais "2% de réduction de dépenses primaires DONT..."
Et c'est au détour d'un rapport de la Banque Nationale, à la page 185 que je finis par trouver le chiffre des dépenses primaires de la Wallonie. Si je me base sur le chiffre 2012, communautés et régions, on est à 1,3 milliard d'euros. Si on prend la moyenne 2000-2012, on est à 2,8 milliards. La part de la Wallonie / Fédération Wallonie - Bruxelles n'est pas précisée, mais soyons généreux, laissons leur l'intégralité, l'économie n'en paraîtra que plus impressionnante
On a donc une hypothèse basse et une hypothèse haute des mesures d'économies (les 2% de réduction) : 
- hypothèse basse : 26 millions d'euros
- hypothèse haute : 56 millions d'euros
Donc, des 286 millions "d'économies" trouvés, la réalité est :
- entre 26 et 56 millions d'économies
- entre 230 et 260 millions de recettes nouvelles.
Quand la répartition "nouvelles recettes" - "économie" se compose à 80-90% de nouvelles recettes, on a l'élégance et l'honnêteté de ne pas parler de mesures d'économie!
Et quand on est journaliste, on farfouille les chiffres, on les analyse et on les communique.
Une taxe n'est pas une mesure d'économie. Encore que dans un pays où une Ministre en exercice explique sans rougir que c'est l'Etat qui crée la richesse et qu'aucun journaliste ne la reprend, au final, tout est possible.
Et avec tout ça... on doit encore trouver 400 millions.

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